AFRIQUE : Et si les femmes refusaient de s'émanciper?

Posted August 22, 2013 no picture Amon Remy Mallet

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 Photo : Samuel Gervais

Photo : Samuel Gervais

Les relations hommes-femmes au Sénégal sont régies par des rapports de capital, c’est-à-dire d’argent. Dans beaucoup de situations, les donneurs sont les hommes. Les femmes se transforment en éternelles receveuses. Imaginer le contraire serait nager à contre-courant de l’ordre traditionnel, c’est-à-dire celui préétabli.

On emploie le mot «mbaraan» au Sénégal pour désigner les filles qui s’attachent à plusieurs copains. Mais le concept rejoint beaucoup d’autres manières de vivre dans les pays africains.

Selon une jeune demoiselle avec qui j’ai discuté sur ce phénomène, les véritables causes sont à chercher chez les hommes. « Tu sais, les garçons ne sont pas sérieux, c’est la raison pour laquelle je préfère avoir plusieurs copains pour qu’ils s’occupent de moi », avoue-t-elle. Comprenons par occupation une prise en charge complète en mèches, habits, et souvent liquidité.

Cependant, à la différence des femmes «mbaraneuses», les hommes coureurs de jupons, eux, doivent s’occuper d’eux même. Si mon interlocutrice n’a pas précisé ce qu’elle donne en échange pour qu’un homme s’occupe d’elle, en revanche c’est un secret de polichinelle pour les avertis, de dire que le contrat se résume à la dualité sexe-argent.

Certains parleront de prostitution, mais il serait trop tôt d’aller en besogne, diraient ces filles qui considèrent cela plutôt comme une manière maline de vivre. Pour elles, la prostitution se résume au racolage dans les lieux connus de tous.

Il est certainement évident que des jeunes hommes engagent des relations avec des femmes, souvent plus âgées, dans le but de se faire de l’argent. Ils sont souvent recommandés dans certains milieux féminins très fermés, afin de s’adonner à cette pratique. Mais, évitons de poser notre thèse sur une exception qui ne viendrait que confirmer la règle.

La question qui mérite d’être abordée est le désir réel des femmes de s’émanciper. Aujourd’hui, il devient de plus en plus impensable dans une relation entre un homme et une femme que la dernière soutienne financièrement le premier au nom de l’amour. Il apparaît donc évident que ce sentiment, dans plusieurs cas, vient après le capital.

En Afrique, en grande majorité, le capital est détenu par les hommes. Les femmes qui se battent dans les médias pour une égalité de genre comprenant une égalité des chances, sont dans des situations économiques assez confortables. Elles sont vues par les consœurs qui tirent le diable par la queue comme des personnes ayant « réussi » et à l’opposé des difficultés du quotidien.

Aussi n’est -t-il pas rare d’observer que ce sont des dames qui se battent corps et âmes pour assurer le quotidien dans leurs familles. Mais combien sont-elles ? L’idéal dans la société sénégalaise, c’est l’homme qui doit tout faire. C’est aussi le souhait le plus ardent des mamans pour leurs filles. Il s’agit d’un homme « capable » (expression utilisé pour parler des hommes riches ayant la possibilité de subvenir à tous les besoins).

Peut-être que le début de réponse à la question de l’émancipation des femmes serait de trouver un moyen de les rendre capables de se prendre en charge au même titre que les hommes.

Mais comment résoudre cette équation si les filles n’ont pas les mêmes chances que les garçons d’aller à l’école ? Les religions révélées n’aident en rien pour faire avancer les choses, tant dans ces écritures saintes, la femme a toujours occupé le rôle de subordonnée face à l’homme.

La religion ne saurait être une excuse au mode de vie des femmes. Peut-être faudrait-t-il arriver à une exégèse des textes religieux dans le contexte de modernité et mondialisation qui prévaut.

Les femmes, elles-mêmes, seraient—telles prêtes à accepter un changement de statut ? Cette réflexion serait d’autant plus pertinente qu’elle pose la problématique de la responsabilité.

En Côte-d’Ivoire, où un nouveau code de la famille a été adopté donnant une égalité parfaite à la femme au sein du cercle familial, les avis sont mitigés chez les concernées. Beaucoup espèrent que cette nouvelle loi n’existera que dans les papiers. Elle ne sera ni la première, ni la dernière, à connaitre ce sort. Ces femmes n’ont pas tort quand on sait qu’en Afrique, c’est moins le dispositif juridique qui est absent que l’effectivité de sa mise en exécution qui est effective.

Mais ce qui demeure important à souligner est que sur la base de cette loi, un homme pourrait contraindre son épouse à contribuer aux frais du ménage par voie de justice. Je doute fort que ce dernier élément ne déplaise à beaucoup de femmes qui limitent leur responsabilité à l’allaitement et à l’éduction de leurs enfants. Sont-elles prêtes à accepter un changement de rôles au sein des couples ? La question reste posée.


Rémy MALLET

Journaliste-Bloggeur

www.dakaroiseries.wordpress.com

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