Enfants et forçats : deux mots qu’il faudrait dissocier

Posted May 30, 2012 User_image_bg Anne


Le 12 juin prochain, nous célèbrerons la journée mondiale contre le travail des enfants, journée instaurée il y a 10 ans par l’Organisation internationale du travail (OIT) "pour mettre en lumière le calvaire de centaines de millions de garçons et de filles" contraints de travailler pour survivre. La diffusion récente de l’excellent documentaire "Enfants forçats" sur la chaîne Arte est cependant la preuve que le travail des enfants reste un fléau de notre temps.

Le synopsis annonce la couleur : «Petits creuseurs des mines d’or burkinabaises ou des mines de mica indiennes, mendiants touaregs dans les rues de Ouagadougou, gamins des décharges en République dominicaine, petites mexicaines ouvrières agricoles dans les champs de tabac ou de piment aux Etats-Unis : dans le monde entier, des enfants sont réduits en esclavage».

Pas moins de 215 millions d’enfants (selon les estimations de l’OIT), aux quatre coins de la planète, sont forcés à travailler, un bon nombre (115 millions) dans des conditions épouvantables malgré le fait que la convention internationale des droits de l’enfant reconnaît bien entendu «le droit de l’enfant d’être protégé contre l’exploitation économique».

Hubert Dubois, le réalisateur de ce documentaire, sait de quoi il parle. Il y a 20 ans, il avait réalisé un documentaire sur le même sujet intitulé « l’Enfance enchaînée » et a souhaité, deux décennies plus tard, mesurer les progrès réalisés sur le terrain et montrer que le travail des enfants reste une réalité qu’il faut combattre.

En 2010, lors d’une conférence mondiale sur le travail des enfants, une feuille de route avait été adoptée dans le but d’éliminer les pires formes de travail des enfants d’ici à 2016. Le documentaire d’Hubert Dubois révèle qu’il reste bien du chemin à parcourir pour atteindre ce noble objectif.

Pourquoi le travail des enfants existe-t-il encore ?

Dans une interview diffusée sur le site d’Arte Hubert Dubois dresse la liste des responsables :

1) La pauvreté extrême qui conduit à l’esclavage ce qui est notamment le cas en Inde où 10% des 50 millions d’enfants qui travaillent exercent leurs «métiers » dans des conditions absolument atroces et où le commerce d’enfants existe encore (selon l’UNICEF, en Afrique occidentale et centrale près de 200 000 enfants sont également vendus chaque année).

2)La mondialisation: les multinationales qui s’implantent dans les pays en voie de développement font appel à d'autres sous-traitants qui eux-mêmes font appel à des sous-traitants qui n’ont parfois aucun scrupule à faire travailler des enfants. Des grandes marques comme Nike, Adidas, Reebok et Gap ont été contraintes, sous la pression de l’opinion publique et des ONG, à montrer patte blanche et lutter contre ce phénomène.

3) Le désengagement des gouvernements comme c’est par exemple le cas en République dominicaine où le gouvernement a conscience du problème mais déclare avoir d’autres priorités et pas assez de moyens pour lutter contre le phénomène

4) Les migrations de population liées aux guerres et autres catastrophes naturelles, les enfants figurant parmi les premières victimes de ces mouvements d'exode.

5) Les mentalités qui ont du mal à évoluer: Hubert Dubois note par exemple qu’au Burkina Faso, les petites filles domestiques (fillettes embauchées comme personnel domestique) font partie du paysage et qu’il est donc nécessaire de changer les mentalités.

Le travail des enfants n’est pas l’apanage des pays pauvres même si pauvreté et travail des enfants sont indissociables. Paradoxe suprême, aux Etats-Unis, pays qui lutte activement contre le travail des enfants, les enfants sont autorisés à travailler dans les fermes. Un documentaire baptisé «The Harvest» (coproduit par l’actrice Eva Longorio) estime ainsi que 400 000 mineurs sont employés en toute impunité dans des fermes américaines.

Que peut-on faire pour lutter contre le travail des enfants ?

Telle est la question importante posée par "Enfants forçats". Kailash Satyarthi, activiste indien dont l’ONG Global March Against Child Labor lutte sans relâche contre le travail des enfants, explique que la pauvreté n’est pas la cause du travail des enfants mais qu’elle crée en revanche l’analphabétisme et que ce dernier favorise quant à lui l’essor du travail des enfants. Il s’agit donc d’un cercle vicieux. Le meilleur moyen de lutter contre le travail des enfants est donc, selon lui, d’investir dans l’éducation, droit fondamental des enfants.

Quant à nous, nous avons également un rôle important à jouer : faisons en sorte d’exiger que les marques que nous achetons n’exploitent aucun enfant, exigeons des multinationales qu’elles effectuent régulièrement des contrôles dans leurs usines implantées dans des pays à risque, militons pour que le travail des enfants soit aboli au plus vite et documentons les cas d’exploitation d’enfants lorsque nous les voyons de nos yeux.

Le 12 juin prochain, nous pourrons consacrer 60 minutes au sujet en commençant par télécharger le kit d’activité « Une heure contre le travail des enfants » qui nous fournira les outils nécessaires pour participer à ce combat en sensibilisant nos proches.

© UNICEF/BANA2009-01092/Shafiqul Alam Kiron




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