Politique et Election, tourments de toute une génération .

Posted August 24, 2014 Avatar Nephtaly Andoney Pierre-Louis

Avatar Nephtaly Andoney Pierre-Louis View Profile
Member since June 18, 2014
  • 18 Posts

Urne elections
Image: hpnhaiti.com

Urne elections Image: hpnhaiti.com

Aura-t-on des élections cette année en Haïti? Voici une question qui est au cœur des débats politiques dans mon pays.

L’organisation de joutes électorales a toujours fait objet de grands défis et de casse-tête pour notre société. La soif du pouvoir a toujours marqué l’histoire de notre pays et nous plonge souvent dans des luttes intestines qui ralentissent encore de nos jours notre marche vers le développement.

Après une longue période de dictature Duvaliériste durement éprouvée, à la fin des années 80, la communauté haïtienne avait affiché la volonté de prendre le train de la démocratie qui nous conduirait au progrès. Nous avons, par exemple, décidé d’instaurer une nouvelle constitution en 1987 qui nous éviterait de faire face à ce genre de périodes difficiles à nouveau. Cependant, nous nous sommes perdus dès le départ dans le labyrinthe électoral et politique, truffé de pièges, comme la main manipulatrice de la communauté internationale.

Ma génération est victime depuis plus de 25 ans de ces gabegies électorales et politiques, sources des crises sociales et économiques que confronte notre pays. Je suis né en 1993, en pleine période d’embargo commercial des États-Unis sur Haïti, après le premier coup d’état du président Jean Bertrand Aristide perpétré par l’armée en 1991. Cet embargo fut un coup bas à notre économie, après que le commerce avec les américains a induit en erreur les autorités et hommes d’affaires Haïtiens qui se sont complètement fiés aux activités d’importation plutôt de supporter la production nationale.

En 1994, 20000 soldats américains débarquèrent en Haïti dans le but de renverser la dictature qu’avait instaurée l’armée 3 ans plus tôt et de « restaurer la démocratie » en remettant au pouvoir M. Aristide. Ce fut la deuxième occupation militaire de son genre des États-Unis en Haïti avec les mêmes justifications. Cette intervention n’avait encore une fois rien apporté pour le pays, le poussant plutôt un peu plus dans l’impasse politique. Une grande partie de la population vivait au-dessous du seuil de pauvreté. De plus en plus d’haïtiens prenaient la mer sur des petits voiliers, au péril de leur vie, pour atteindre illégalement les côtes des États-Unis ou d’un autre petit pays des caraïbes.

Plus tard en 1996, après beaucoup de réticences et sa volonté de boucler deux mandats de suite (ce qui est contraire à l’article 134.3 de la constitution haïtienne), le président Aristide décida d’organiser des élections qui eurent comme résultat l’avènement de M. René Préval au pouvoir. Ce dernier est parvenu à terminer son mandat mais pas sans le moindre trouble. En 1999, à cause de beaucoup de retard dans les organisations de scrutins pour renouveler des sièges au sénat et à la chambre basse, le président Préval déclara la caducité du parlement Haïtien. Les mandats de la majorité des parlementaires ayant été terminés ou prenant fin, le pouvoir législatif ne trouvait plus de quorum dans ses assemblées pour exercer pleinement sa tache de supervision de l’exécutif et du pouvoir judiciaire. Heureusement, le pire que l’on pouvait imaginer ne s'est pas produit. Dans la douleur et sous la pression de l’international, toujours présent, le président organisa des élections en novembre 2000. M. Aristide fut encore une fois élu président d’Haïti.

Quatorze ans plus tard, le bing bang politique et électoral continue de détruire notre société. On parle de parti au pouvoir, d’oppositions, de gauche, de droite… Mais il n’y pas de dialogue. De plus, aucun des partis ne présentent pas quelque chose de sérieux au peuple. L’exécutif ne dispose d’aucune politique gouvernementale efficace, ne peut sur aucun point présenter un bon bilan. De l’autre côté, l’opposition ne fait que « S’opposer » mais ne propose rien de constructif. Ce qui fait que tout marche au pas de tortue en Haïti.

Pendant cette intervalle de temps, beaucoup de choses se sont produites. Le deuxième coup d’état de M. Jean Bertrand Aristide en 2004 plongea le pays dans une guerre civile sans précédent; le déploiement militaire de la MINUSTAH (Mission des nations unies pour la stabilisation d’Haïti) sur notre territoire, avec des soldats provenant de pays que je ne connais pas, apportant le cholera en Haïti, violant nos filles et nos garçons; l’élection de 2005, tant bien même, mettra au pouvoir M. Préval pour un deuxième mandat suite à des scandales de votes blancs; Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 faisant 300000 morts et des millions de sans-abris qui vivent encore sous les tentes; L’avènement litigieux du président Michel au pouvoir Martelly, qui est de toute évidence le choix de la communauté internationale après des élections catastrophiques et meurtrières.

Nous nous retrouvons aujourd’hui en 2014 presque dans le même cas de figure qu’en 1999. L’équilibre institutionnel qui doit exister entre les trois pouvoirs qui fait de nous une république démocratique risque de se briser. Nous nous exposons à une dictature une nouvelle fois, car on parle aussi du contrôle du pouvoir judiciaire par l’exécutif.

Qu’est ce qui est si difficile? Instaurer la démocratie? Cela devrait pourtant être, tout simplement, le pouvoir et l’affaire du peuple. Non… certains d’entre nous ne le comprennent pas ainsi. Une petite oligarchie la prend pour une affaire personnelle. On assiste à l’exhibition depuis 25 ans des mêmes visages sur la scène politique, se croyant dans un film de « Far West », jouant au cowboy tous les jours. Par ailleurs, Alors que ce groupe roule sur l’or, la masse végète dans la misère.

Quelle est notre rôle, nous les jeunes, dans ce scénario? Ces tourments de toute une génération nous ont fait replier dans nos coquilles. Nous sommes tous considérés comme des figurants sur la scène. Du moins, les scénaristes n’ont jamais eu de partitions pour nous. Sauf parfois quand ils veulent utiliser quelques-uns d’entre nous à des fins personnelles, comme les manifestations et émeutes dans les rues. Je veux dire qu’aucun cadres légaux, aucun budget n’ont été établis pour nous les jeunes afin de nous permettre d’évoluer.

Cependant nous ne nous rendons pas compte encore de la force de changement que nous représentons. Je voudrais tant qu’arrive le jour où les jeunes seront conscients de leurs potentialités en Haïti. Moi j’en suis conscient mais je suis faible tout seul. Ainsi j’essaie de jouer, comme je peux, le rôle de stimulant et de catalyseur pour ce potentiel. Je blogue, partage sur ma page Facebook des choses inspirantes. Je fais du volontariat, où je vais partager mes connaissances et aptitudes avec des enfants et des jeunes.

Je discutais avec l’une de mes collègues stagiaire pour La Voix des Jeunes. Je lui ai demandé est-ce qu’on peut avoir l’impact que nous voulons sur notre communauté sans passer par la politique ? Car même en étant activiste vous n’atteindrez et influencerez que quelques centaines de jeunes. Alors qu’il y a des millions d’autres dans cette même communauté qui ont besoin de la même chose. Elle m’a répondu avec une grande sagesse que nous pouvons être efficaces, car chaque jeune de ces quelques centaines que j’ai influencé pourra aller à leur tour influencer des centaines d’autres et ainsi de suite. Mon action atteindra ainsi les millions d’autres que je voulais. C’est philosophique mais j’y crois et cela m’a donné la motivation de continuer sur le même chemin. Alors, les jeunes, passons à l’action. Aussi petite que soit l’initiative. Ma génération deviendra ainsi, en dépit de ces tourbillons politiques, la base du changement dans le monde.



Haiti jeunesse Election politique




comments powered by Disqus

Learn More

Share