Sénégal: Alternance politique et jeunesse, 3 axes à revoir pour une politique de jeunesse efficace

Posted April 17, 2012 Avatar Amadou Moctar DIALLO

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Le vent du changement qui a soufflé le 25 mars 2012 au Sénégal a été insufflé par une jeunesse désespérée vivant dans des conditions difficiles. Certes, le régime sortant a mis en œuvre beaucoup d’initiatives, cependant ces dernières ont la plupart échoué. Cet échec s’explique par l’absence de concertation avec les jeunes ; la forte politisation de ces initiatives et une incohérence des structures mises en place.

Ainsi, pour une politique de jeunesse efficace au Sénégal, il faut prendre en considération ces trois axes fondamentaux

1) Une nouvelle conception de la jeunesse :

Dans le langage des hommes politiques et des médias, la jeunesse est appréhendée comme un problème social du fait des difficultés socio-économiques auxquels les jeunes font face. Certes, cette conception –jeunesse-problème- est pertinente car elle permet d’apporter des réponses idoines aux difficultés des jeunes, cependant sa faiblesse réside dans le fait que les jeunes sont considérés comme sujets, des patients qui attendent un diagnostic de la part des «médecins », les pouvoirs publics.

Or, la conception –jeunesse-solution- est beaucoup plus pragmatique. Elle met les jeunes au cœur des politiques publiques de jeunesse. Elle considère ces jeunes, comme la solution à leurs propres problèmes. En effet, les jeunes sont des êtres créatifs, capables de fournir des solutions pratiques à leurs problèmes. Cette conception de la jeunesse doit amener les pouvoirs publics à associer les jeunes dans les processus de décision. Aucun programme de jeunesse ne peut réussir sans une effective participation des jeunes dès le début du processus, c'est-à-dire, dès la phase de conception.

Les jeunes et les organisations de jeunesse doivent être pleinement associés. Comme le mentionne le Programme d’action mondial pour la jeunesse adopté en 1995 par l’Assemblée Générale des Nations Unies (A/RES/50/81), «pour pouvoir progresser, nos sociétés doivent, entre autres éléments, être capables d’incorporer ce que les jeunes peuvent apporter à la construction et à la conception de l’avenir. Outre leur contribution intellectuelle et leur pouvoir de mobilisation, les jeunes ont un regard neuf, dont il faut tenir compte.» (paragraphe 104).

2) Un nouveau management non partisan:

Le Ministère de la Jeunesse a servi ces dernières années d’espace de promotion des jeunes du parti au pouvoir. Le constat est que le Ministre de la Jeunesse chargé de mettre en œuvre la politique de la nation en matière de jeunesse est en même temps le Chef de la Jeunesse du parti au pouvoir. Cette situation avait facilité la confusion entre le Ministère et le parti. C’est ainsi que nous avons constaté que les différents programmes de jeunesse avantagaient beaucoup les jeunes du parti au pouvoir surtout en termes de financements et de recrutements. De ce fait, une bonne partie de la jeunesse était exclue. Le Ministère de la jeunesse doit mener une politique de jeunesse inclusive qui associe toutes les compétences sans aucune discrimination et surtout assurer une grande transparence et une rigueur irréprochable dans le financement des projets de jeunesse et le recrutement des jeunes.

3) Une restructuration des agences de jeunesse :

La jeunesse n’a pas échappé à l’«agencisation» qui caractérisait le pouvoir sortant. En effet, trois grandes agences ont été mises en place pour piloter la politique de jeunesse. Il s’agit notamment du Fonds de promotion de la jeunesse (FNPJ), de l’Agence nationale pour l’emploi des jeunes (ANEJ) et de l’Office pour l’emploi des jeunes de la banlieue (OFESBAN). Le bilan de ces structures –d’ailleurs inconnues de la majorité des jeunes- reste en dessous des attentes des jeunes et même de leur initiateur, le Président de la République sortant. Ainsi, pour mieux mettre en œuvre la politique de la nation en matière de jeunesse, il est important de renforcer les capacités et les moyens du Ministère de la jeunesse avec une direction de la jeunesse puissante divisée en plusieurs pôles par exemple (Formation; Orientation ; Financement, Suivi-évaluation, Relation avec les organisations de jeunes, etc.).

Au niveau local, il faut associer les collectivités locales, mieux équiper les espaces jeunes et renforcer les capacités des organisations de jeunesse pour mieux face aux défis auxquels les jeunes font face. Cela exige un travail de coordination et une très grande ouverture et une disponibilité sans faille de la part du Ministre de la Jeunesse et de ses collaborateurs.

Par ailleurs, la maîtrise du cadre international en matière de jeunesse est très importante. Ainsi, le Programme d’action mondial pour la jeunesse des Nations Unies avec ses 15 domaines d’activités prioritaires offre un cadre théorique et des directives pratiques pour une meilleure politique de jeunesse.




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