« La source de la peur est dans l'avenir(…) »

Publicado 31 de julio de 2014 no picture Madina Sore

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Se registró el día 18 de junio de 2014
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Crédit Image:alphaspirit- Fotolia.com

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Milan Kundera affirmait dans son ouvrage La Lenteur, que « la source de la peur est dans l'avenir (…) ». En effet, c’est surement la préoccupation la plus communément partagée par les jeunes de par le monde. Pour ma part, je suis arrivée à un stade où je m’inquiète de quasiment tout. Quand je discute avec des jeunes burkinabés de mon âge, ou que je consulte des profils sur Facebook, deux préoccupations sont prédominantes.

D’abord, la question de trouver un emploi. Certains pour la plupart auront bientôt fini leurs études. Comment faire pour éviter le chômage ? Comment devenir indépendant ? Comment rentabiliser toute ces années passées dans des salles de classe à essayer d’acquérir un savoir-faire? Certains se retrouvent également devant des responsabilités familiales, à devoir prendre en charge les petits frères et sœurs, ou leurs propres enfants, à s’occuper de parents malades… Comment alors rentabiliser ce que ces derniers ont investi pour nous depuis des années, parfois au prix d’énormes sacrifices ?

Pendant que certains sont encore bloqués à la zone « trouver un stage pour pouvoir soutenir le mémoire d’obtention du diplôme », d’autres se lancent vaillamment à l’assaut du monde impitoyable du travail. D’abord, il faut s’inscrire à l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE), ou à l’Observatoire National de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (ONEF). Ensuite, il faut sillonner Ouagadougou pour déposer les demandes d’emploi dans les entreprises, en attendant les concours de la fonction publique. Là aussi, il faut un budget pour l’essence, sinon pas d’autre choix que de s’user les chaussures en marchant. Pour ceux qui tentent leur chance dans les entreprises, l’aventure se révèle compliquée. Si le postulant ne connait personne dans l’entreprise pour appuyer son dossier, ce dernier risque de terminer au fond d’une poubelle ou chez la vendeuse de beignets du coin de la rue (histoire véridique arrivée une amie). Certains néanmoins ont la chance d’être appelés pour un entretien et arrivent à décrocher le job. Moi ce qui m’a toujours indignée, c’est la manière dont sont rédigées les offres. Par exemple : «Qualification requise : BAC + 3 avec trois (03) ans minimum professionnelle dans une entreprise, de préférence dans un cabinet... » L’expérience n’est pas innée, comment voulez-vous que les étudiants puisent en avoir si aucune entreprise ne leur donne la chance de commencer?

Pour ceux qui tentent les concours de la fonction publique, l’aventure est encore plus « ambiguë». En 2013 par exemple, il y avait 523 000 candidats pour environ 11 000 postes à pourvoir[1]. Pour s’assurer de pouvoir déposer les dossiers de candidatures, les étudiants dorment carrément devant les bureaux dépôts, tellement ils sont nombreux. Des fois, certains n’ont même pas la possibilité de déposer, par manque de chance. En effet, on procède parfois à un tirage au sort pour déterminer ceux qui pourront déposer leurs dossiers et participer aux épreuves. Comme le dirait l’humoriste ivoirien Agalawal, « si tu tires un OUI, tu es sauvé ! ». Moi je dirai presque sauvé, parce que la route est encore longue pour arriver au job de ses rêves.

Enfin, ceux qui, ayant un projet, décident de se lancer et de créer leur propre entreprise, s’en sortent difficilement par manque de moyen financiers, d’expérience... Et là, je ne peux que déplorer un manque d’accompagnement de nos autorités.

Ce que j’appelle de tous mes vœux, c’est l’instauration de stages obligatoires dans les cursus universitaires, avec obligation pour les établissements d’appuyer les étudiants dans leurs recherches, l’instauration de formations obligatoires sur les techniques de recherche d’emploi, les manières de réussir un entretien d’embauche etc, pour les étudiants en fin de cycle. Aussi, l’obligation pour les étudiants de créer et de faire vivre un projet professionnel pendant une certaine durée, pour booster leur envie d’entreprendre, comme cela se fait là l’Institut Supérieur de Management Dakar… Des mesures qui nous prépareraient à nous rentrer avec plus d’assurance dans la vie active.

La deuxième préoccupation majeure des jeunes burkinabè est celle de la situation politique nationale. Chacun s’interroge sur les échéances de 2015 : « Partira-t-il ou ne partira-t-il pas ? Telle est la question », aurait dit Shakespeare. Chacun prend position pour ou contre la révision de l’article 37 et la tenue d’un référendum, les tensions montent, les spéculations vont bon train, les protagonistes se « clashent » par journaux et par « stades interposés», (Dixit Blaise Compaoré dans Jeune Afrique[2]). Il y a des trahisons, des mésalliances, des alliances, des menaces, des professions de foi et d’allégeance éternelle, bref, le Burkina Faso est actuellement un champ de bataille médiatique monstre.

Les populations se préoccupent surtout du maintien de la paix sociale, chacun craint les conséquences d’une éventuelle guerre civile, surtout au vu de l’expérience de nos voisins ivoiriens.


[1]http://fr.allafrica.com/stories/201306050002.html

[2] http://www.lefaso.net/spip.php?article60068



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