La Voix des Jeunes t'inspire! "Le besoin d’identifier des modèles de réussite et de demander conseil est fondamental"

Publicado 4 de septiembre de 2013 no picture

Se registró el día 27 de marzo de 2013
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Nom: Carl-Henry PETIT-FRERE

Ville, Pays : Port-au-Prince, Haiti

D’où viens-tu et où vis-tu en ce moment ?

Je viens de l’Anse-a-Veau, un arrondissement au cœur du département des Nippes en Haiti. J’y ai vécu jusqu'à mes 19 ans j'ai fait mes études universitaires à Port-au-Prince, où je travaille actuellement.

Selon ta carte de visite, quel est ton titre ?

Je travaille comme Conseiller National en Protection de l’Enfant pour Plan International en Haiti.

Que voulais-tu faire dans la vie quand tu avais 10 ans ?

J’ai toujours eu plein de rêves. Le premier était celui d’être médecin comme tous les enfants d’environ 10 ans, vu la représentation sociale de ce titre qui lui confère une notoriété. En grandissant, j’ai perdu tout goût pour la biologie et je me suis dit bien vite que je devrais me diriger vers autre chose et éviter de devenir un médecin médiocre.

J’ai voulu par la suite être journaliste et ensuite professeur ; car, pour moi, dès mon très jeune âge, ces métiers constituaient la route vers la noblesse et le respect par rapport à ce que j’avais vécu dans mon environnement immédiat.

Donne-nous 10 mots décrivant ta journée de travail typique :

A- Motivant, excitant, productif, positif, joyeux, satisfaisant.

B- Stress, frustration, urgence, décontenançant, décevant.

J’en ai fait 2 groupes, car cela dépend du moment où de la période. Par moment, le travail peut être une source qui inspire. Cependant, suivant le paquet que je dois délivrer, je dois parfois faire face à des sentiments négatifs –pas au point de me rendre inefficace.

En quelques lignes, comment es-tu arrivé là où tu en es aujourd’hui ? Cite les étapes importantes de ton parcours.

D'abord, j’ai appris à faire des choix et à accorder la priorité aux priorités.

J’ai d’abord étudié les Sciences sociales à l’École Normale supérieure, puisque très jeune, j’ai commencé à enseigner –je n’avais pas encore mes 18 ans- dans une école primaire de ma ville natale. Ceci avait fini par développer chez moi de l’enthousiasme pour le métier d’enseignant. Parallèlement, j’ai voulu étudier la sociologie qui selon moi concorderait avec mes études en Histoire. Mais, arrivé à la Faculté des Sciences Humaines, je me suis réorienté pour satisfaire un désir d’enfance pour le journalisme et les sciences du langage, en choisissant le domaine de la Communication Sociale.

Parallèlement à mes études universitaires, j’ai intégrée l'ONG VDH à l’âge de 19 ans en tant que pair-éducateur. J’y ai grandi et devenu par la suite employé de ladite agence dans le cadre d’un projet. J’ai décroché un stage à Paris qui m’a renforcé pour revenir travailler avec d’autres jeunes engagés sur le projet« Ami des Jeunes » dont l’essence consistait en une série de formations, de partages d’informations et d’assistance-conseil avec les jeunes et adolescents sur des sujets de jeunesse très variés.

Par la suite, j’ai eu le temps d’acquérir des expériences enrichissantes avec différentes ONGs internationales. J’ai travaillé pour Action contre la Faim (ACF) en tant que Responsable d’équipes Eau Assainissement et Hygiène, à Oxfam Québec comme Superviseur en Équité de Genre, à HelpAge International comme Consultant en Protection, puis à Save de Children comme Coordinateur en Protection de l’Enfant, avant d’intégrer Plan comme Conseiller En Protection de l’Enfant. Je souhaitais devenir manager de programme, j’ai travaillé dur en cherchant à maîtriser mon champ de travail, en lisant beaucoup, et aussi en continuant à chercher des postes de développement de carrière. Je n’ai jamais eu peur quand je voyais que parfois mon CV ne comportait pas tous les éléments exigés dans les offres. Je sais que j’ai acquis de l’expérience et j'ai un bon niveau sur le plan intellectuel qui me permet de rivaliser sur le marché du travail. Je suis assez grand pour le dire sans m’enorgueillir et c’est cette assurance en moi, cette croyance à toujours aller de l’avant qui m’ont conduit là où je suis. Ceci ne s’est pas réalisé sans que je n’aie eu à faire face à des défis énormes que j’ai su surmonter avec l’aide de Dieu.

Quel est le plus gros obstacle que tu aies eu à surmonter pour atteindre ta situation actuelle ? Comment cela t'a-t-il permis de grandir en tant que personne ?

Je n’ai jamais eu des gens dans mon dos pour me pousser ou se montrer indulgent. Il est courant en Haïti, que pour travailler, il faut un soutien de la part d’une tierce personne. Je viens de loin, d’une famille modeste et vraiment personne ne me connait dans le coin où je vis. Jamais dans la vie je n’ai eu un père présent capable de me donner une lueur sur la voie de la réussite. Au premier abord, j’ai su regarder les bons modèles de réussite que j’ai côtoyés de près ou que j’ai vus de loin et me suis mis à travailler fort. Je m’habitue à faire dix fois plus que tout le monde pour être apprécié à ma juste valeur. Me battre contre les stéréotypes en rapport à mon milieu d’origine, l’acceptation difficile liée aussi à mon âge pour certaines choses que je peux faire ; sont autant de choses que je peux considérer comme des obstacles imminents ou non déclarés auxquels j’ai dû faire face. Ces choses m’ont fait grandir ; car, elles m’ont appris à être un mélange de modestie et de fermeté.

Qu’as-tu étudié? Quelle a été l'importance de ton choix d'études universitaires par rapport à ta profession aujourd’hui?

Comme je l’ai souligné un peu plus haut, j’ai étudié la Communication Sociale et les sciences Sociales à l’Université d’État d’Haïti. En fait, je pense qu’à travers les Sciences sociales, j’ai pu découvrir toute la largesse de l’importance de l’histoire et surtout j’ai fini par avoir les yeux ouverts sur ce qui constituait depuis les temps anciens, le moyen-âge et l’époque contemporaine l’assujettissement des êtres humains à des conditions dégradantes ; et vu aussi que j’ai vécu des histoires qui ont mis en péril mes droits pendant mon enfance, ma jeunesse ; ces questions ont fini par m’interpeller. Ensuite, je me suis orienté vers la communication sociale. Aujourd’hui, le travail que je fais est à cheval sur mes deux domaines en ce sens que certains éléments liés aux pratiques sont d’ordre historique et d’autres plus ou moins nouveaux se trouvent ancrés dans des pratiques culturelles. Pour les changer, j’ai besoin de les comprendre et de travailler sur la façon de les changer. Il n’y a donc pas de dissonance entre ce que je fais en tant que Responsable de Protection des enfants et mes études en sciences sociales et en Communication sociale.

Quelle est pour toi la chose la plus importante que les gouvernements et/ou les entreprises peuvent faire pour aider les jeunes à se lancer dans leur carrière?

Il faudrait développer ces 2 axes interdépendants :

1) Revoir d’abord le système d’éducation sélective, lequel oriente un peu vers le vide et l’exclusion, afin de permettre aux jeunes d’être mieux préparés pour le marché du travail qui doit être parallèlement renforcé avec de nouvelles initiatives et projets de l’État qui visent le développement durable du pays.

2) Mettre en place des écoles polytechniques et professionnelles accessibles et suivant une logique déconcentrée au niveau de chaque arrondissement et dans le meilleur des cas, dans chaque commune, avec pour finalité l’émancipation des jeunes sur le plan socio-économique par le développement de leur propre entreprise.

Quelques mots pour les jeunes? Quel est le meilleur conseil à leur donner dans leur recherche de leur vocation ou de leur métier idéal?

Aux jeunes, je leur dirais de bien prendre le soin de tracer leur voie. Au lieu de prendre le temps de développer des envies, des frustrations contre le voisin ou la voisine qui grandit, il est bien mieux de s’adonner à ses livres. Une chose que j’ai omis de mentionner et qui s’avère fondamentale est ce besoin d’identifier des modèles de réussite et de demander conseil. Les gens qui réussissent se feront toujours le plaisir de leur expliquer comment ils peuvent s’y prendre. Je ne parle pas des dealers de drogue, des gens qui se lancent dans des activités douteuses pour gagner leur vie ou de celles et ceux qui cherchent la vie facile en se passant du modèle social. On ne vit pas en dehors de la société même si elle n’a pas toujours raison sur tous les aspects.

Je dirais aux jeunes de ne pas laisser la vie leur tordre le cou et que c’est plutôt à eux de tordre le cou à la vie. Pour ce faire, il faut dire comme Martin Luther King « J’ai un rêve » et travailler effectivement à son plein accomplissement.

Moi, je me suis accroché aux livres et j'ai suivi les conseils ; mais, je ne laisse jamais à quelqu’un le soin de me dicter la dimension de mon rêve.

Au-delà de tout, le savoir en rapport à la carrière désirée peut n’être approfondi qu’en lisant des livres. Devenez amis des livres autant que vous êtes fans de Rap, de Hip Hop, de football ou des feuilletons télévisés ; lesquels deviennent futiles quand on s’y adonne sans créer le temps pour les choses qui peuvent nous permettre de développer une carrière.


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