Les Réseaux Sociaux redonnent force au "quatrième pouvoir"

Publicado 24 de mayo de 2011 no picture Rodrigue Koffi

no picture Rodrigue Koffi Ver Perfil
Se registró el día 9 de mayo de 2011
  • 287 Artículos

En théorie, le pouvoir dans un Etat, si celui-ci adhère à l’idéal démocratique, est divisé en trois branches qui doivent normalement être détenues par trois organes ou institutions différentes : le pouvoir législatif (exercé par le Parlement qui est chargé d’élaborer et de voter les lois, puis d’assurer le contrôle du gouvernement dans ses activités), le pouvoir exécutif (détenu par le Gouvernement qui veille à l’application des lois dans la société, a son respect par les citoyens et qui s’occupe de la gestion quotidienne de l’Etat pour l’amélioration des conditions de vie des populations) et le pouvoir judiciaire (appartenant à la justice qui sanctionne les personnes qui ne respectent pas les lois et troublent l’ordre public). L’objectif de cette séparation des pouvoirs étant de garantir les libertés individuelles des citoyens à travers le rôle de contre-pouvoir, d’équilibre des pouvoirs, joués par ces différents pouvoirs les uns sur les autres.

Très vite, vers la fin du dix-huitième siècle, une autre force va s’imposer et être qualifiée de "quatrième pouvoir" : les médias (radio, télévision, presse écrite, internet, …). Du fait de l’influence qu’ils ont souvent sur les affaires publiques et les comportements des citoyens à travers la gestion de l’information, les médias se sont imposés comme un véritable acteur dans l’équilibre des différents pouvoirs et la garantie des libertés individuelles, mais jouant quelquefois un rôle néfaste de manipulation et de propagande. La reconnaissance de la liberté de la presse et de la dépénalisation des délits de presse (les journalistes n’étant plus jetés en prison pour leurs propos et écrits respectant les "règles et l’éthique" de leur métier) dans de nombreux pays ont fortement contribué à cette dynamique. Depuis plusieurs années, le "quatrième pouvoir" semblait avoir perdu un peu de son poids de départ sans toutefois s’effacer complètement. Mais ces derniers mois, il a retrouvé de la vigueur, non pas grâce aux "médias classiques", mais principalement à travers les Réseaux Sociaux et les personnes qui les utilisent.

Les Réseaux Sociaux (Facebook, Twitter et autres) ont joués et jouent encore un rôle très important dans le vent de changement qui frappe depuis quelques mois le Maghreb et le Moyen-Orient. En servant de support de mobilisation permanente des populations, d’organisation et de contrôle des mouvements, en garantissant la visibilité de ce combat et de son évolution quasiment heure après heure, les Réseaux Sociaux encadrent et constituent la principale force qui soutient les vagues de protestation et autres soulèvements dans le monde arabe. Ils encadrent donc la "Révolution du Jasmin", depuis l’auto-immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie le 19 décembre 2010. Les tentatives de censure de ces plateformes, comme ce fut le cas en Egypte avant la chute du Président Hosni Moubarak, ont plutôt eu tendance à renforcer la détermination des manifestants à conduire jusqu’au bout leur mouvement. En projetant au monde entier les violentes répressions dont fait l’objet les populations qui manifestent, comme ce qui se passe présentement en Syrie, ces plateformes, non seulement légitiment le combat des manifestants tout en assurant la mobilisation des populations, mais aussi maintiennent la pression sur les principaux acteurs mondiaux (ONU, Organisations de défense des Droits de l’Homme, puissances mondiales, autres médias, …) à ne pas oublier leur combat et à s’investir résolument à leur côté.

Ces Réseaux Sociaux ont encore facilité l’actuel mouvement de protestation de ces centaines de personnes, des jeunes pour l’essentiel, surnommés les "Indignés", qui campent depuis plus d’une semaine sur une célèbre place de la capitale de l’Espagne. Ces derniers manifestent contre les effets de la crise économique qui secoue leur pays depuis trois ans, contre les mesures budgétaires restrictives adoptées par le gouvernement espagnol qui pèsent beaucoup plus sur les plus pauvres et les classes moyennes et qui ne changent pas la situation des jeunes dont près du quart sont au chômage. Ce mécontentement s’est exprimé le week-end dernier où le Parti Socialiste, le parti au pouvoir, a largement perdu les élections municipales. Enfin les réseaux sociaux, après la réélection contestée du Président Mahmoud Ahmadinejad en Iran en juin 2009, ont contribué à montrer au monde la violente répression qui a suivi les mouvements de protestation du peuple à travers la "Révolution verte". Rappelons que cette répression a entraîné près de 200 morts et l’arrestation de centaines de personnes dont des militants politiques, des défenseurs des Droits de l’Homme, des étudiants et des journalistes.

On le voit, très loin de leur objectif de favoriser de nouvelles rencontres et la création de nouveaux liens avec des personnes dans le monde entier, les Réseaux Sociaux sont devenus une véritable arme de communication quasiment incontrôlable par les dirigeants. Ils redonnent aux médias leur valeur et poids de "quatrième pouvoir". Les Réseaux Sociaux ont aujourd’hui une grande place, beaucoup diront qu’ils ont pris le pouvoir, au sein des médias. La preuve en est que nombreux sont les hommes politiques qui ont créés ces dernières années des pages sur ces différents réseaux pour se faire connaître ou ne pas se faire oublier, sensibiliser et mobiliser des populations et électeurs potentiels autour de leurs idéaux, contribuer à leur campagne pour l’accession au pouvoir ou à des postes électifs, pour s’exprimer et faire entendre leur voix sur les défis mondiaux ou nationaux du moment que l’occasion leur soit donnée de le faire sur les médias classiques ou pas. Ces mêmes médias classiques (télévision, radio, presse écrite) entretiennent eux aussi des pages sur ces réseaux pour se rendre beaucoup plus visibles.

Il est donc clair et il n’y a plus besoin de le préciser, la communication est une véritable arme qu’il faut nécessairement posséder et maitriser lorsqu’on veut se lancer dans des combats ou assurer un plaidoyer sur des problèmes précis. Les questions de justice, de Droit de l’Homme, de pauvreté, de famine, de santé et autres causes ne peuvent jamais permettre un réel engagement des uns et des autres si elles ne sont pas rendues visibles, si elles ne sont pas suffisamment expliquées et valorisées pour que les personnes qu’on cherche à toucher comprennent le besoin de s’engager. Le premier pas, et sans doute le plus important, pour tout combat et toute lutte, c’est la circulation et une certaine maîtrise de l’information, c’est la communication et tous les moyens qui y contribuent.

Seulement la communication, aussi développée et organisée soit sa maitrise, ne constitue pas une arme si forte si elle ne s’inscrit pas dans un ensemble d’actions. Elle ne doit pas se limiter à porter l’information de l’existence d’un problème et de la nécessité d’agir. Elle doit permettre de montrer ce qui est faisable, ce qui est fait, avec quoi, comment chacun peut y contribuer. Il faut donc des actions concrètes autour de l’information qui est donnée pour que les combats prennent le chemin des résultats souhaités. Ainsi, avec le rôle très important que joue les Réseaux Sociaux dans les mouvements de protestations actuels (Révolution du Jasmin dans le monde arabe, et le mécontentement des jeunes en Espagne), il est très facile de penser que cette possibilité d’accéder à l’information sans trop de contrôle, et donc de possibilité de censure des autorités, peut contribuer fortement à la démocratisation de notre monde dans le court terme. Ce n’est pas si simple que cela. Il faut dire que l’accès à l’information encourageant et soutenant le changement a très vite des limites si cet idéal démocratique n’est pas partagé et accepté par tous. N’oublions pas que les révolutions en Tunisie, en Egypte et en Lybie n’ont pas été déclenchées, voire même menées, par la majorité de la population. Ce qui est le contraire du principe démocratique.

En plus, le besoin d’une préparation des esprits, d’une éducation sur la démocratie s’impose pour faciliter une douce transition et une implantation durable de cet idéal de gestion dans nos sociétés actuelles sans trop de difficultés. Cela est encore plus justifié dans les sociétés où l’appartenance à une tribu ou à un clan est plus important que le lien avec les autres dans l’ensemble que forment les habitants d’un pays, dans les sociétés où le Chef est encore considéré comme un Dieu et où le pouvoir ne se conçoit pas clairement de façon séparée avec la personne qui l’exerce. Il ne faut pas non plus négliger que tout pouvoir qui ne fait pas l’objet de contrôle tombe facilement dans l’abus.

Les Réseaux Sociaux, du fait de leur grande liberté et du fait du faible contrôle dont ils font l’objet, peuvent facilement jouer un rôle néfaste de manipulation et de propagande qui ne permettra pas à notre monde d’arriver avec assurance et sans risque de tomber dans le chaos au stade où le respect des libertés individuelles est l’une des denrées universellement partagées et appliquées partout, où l’idéal démocratique n’est plus discuté.

© UNICEF/NYHQ2010-2695/Roger LeMoyne, Une jeune fille prenant une photo durant un atelier photographique organisé par l'UNICEF, au Centre Espoir, dans la localité de Ganthier, dans les alentours de Port-Au-Prince (Haïti). L'atelier était dirigée par des photographes haïtiens.




comments powered by Disqus

Lee más

Share