Libre circulation dans l'espace CEDEAO : Le voyage qui m'a tiré de mes illusions

Publicado 12 de julio de 2013 no picture Amon Remy Mallet

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Se registró el día 12 de julio de 2013
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Prendre l’avion est génial. Mais la route est encore mieux. De toute manière, le pauvre que je suis n’a pas le choix. Et puis, c’est plus économique de voyager avec les cars. Des véhicules que j’ai utilisés pour me rendre au pays du cacao, en provenance de celui de la « Téranga », en passant chez les fournisseurs de coton à la société Nike. Certains me comprennent, d’autres le sauront vers la fin de l’aventure.

Voyager avec un visa européen dans la zone euro est plus facile que disposer d’un passeport signée « CEDEAO », en Afrique de l’Ouest. La différence est qu’en Afrique, après avoir payé les frais de visa pour le vieux continent on est plus emmerdé parce qu’on est «avec papiers». Mais ici, même quand vous êtes légal, « il faut passer à la caisse ».

Premier constat à Kidira. Cette localité sénégalaise est la dernière avant de pénétrer au Mali. Arrivé aux environs de 4 heures du matin dans cette zone au sol rouge et poussiéreux, nous sommes accueillis par la police des frontières. A la descente du véhicule, il faut présenter sa pièce d’identité à un policier qui porte des sandales en caoutchouc. Il demande à faire sa prière avant de nous remettre nos papiers administratifs.

Les sénégalais sont appelés à retirer leur pièces en premier. Sans problème. Aux autres, il est demandé de payer la somme de 1000 francs CFA (environ 2 dollars) pour franchir la frontière. Moussa, un jeune malien, ne sait pas pourquoi il a donné cette somme, donc ne me le demandez pas. « C’est comme ça que ça se passe ici », m’a-t-il répondu.

Mais je comprendrai plus tard que c’est comme cela que ça se passe partout. Nous avons franchi la frontière. Tous ceux qui ne sont pas Sénégalais ont payé la modique somme de 2 dollars. Un compatriote de Youssou Ndour me fait savoir que chez lui c’est encore mieux car on ne demande de l’argent qu’à la frontière.

Nous arrivons maintenant à Diboli. La première ville du Mali en venant du Sénégal. Le même scénario de Kidira se reproduit. Seuls les rôles changent. Les Sénégalais et autre étrangers deviennent des « donneurs », les maliens eux reçoivent leur pièces d’identité sans problème. Tout sourire, il me lance : « C’est chez nous maintenant ». Moussa est heureux. Moi pas. Je ne suis pas malien.

Je suis plutôt serein parce qu’au moins, je suis de la CEDEAO, une communauté que je partage avec le Mali et où il est permis de circuler librement (personnes et marchandises). « C’est 1000 frs CFA ». L’intonation du chef de poste de la police frontalière me fit sortir de mon sommeil dogmatique.

« Pourquoi », lui lancai-je. Surpris par ma question, il prit mon carnet de vaccination et avec l’air de chercher la faille. Puis : « Les vaccins ne sont pas espacés de 15 jours ». Afin d’éviter toute polémique, je sacrifiai mes pauvres francs CFA. Mon voisin de voyage a aussi payé la même somme. Sa pièce d’identité n’est pas en cours de validité.

Pour arriver à Bamako, j’ai dénombré plus de 8 postes de police pour lesquels, le péché est de ne pas être ressortissant malien. A chaque poste de contrôle, la somme de 1000frs CFA est exigée aux étrangers. La plus part des passagers ne cherchent pas à savoir les raisons. Quand vous présentez la pièce d’identité, le carnet de vaccination vous est exigé.

On vous fait payer pour le même motif que les précédents pour lesquels vous avez déjà payé.

« Chef, je n’ai que 500 frs avec moi », a plaidé un nigérien à un énième poste. Il va à Bamako et il a déjà dépensé près de 5000frs CFA (environ 7 euros). Après plusieurs insistances, celui qui se dit appartenir à la « police judiciaire » finit par accepter l’agent. « Ce qu’ils font n’est pas normal. Pourtant, la force de la CEDEAO fait tout pour les aider au Nord mais ils nous prennent notre argent en retour », murmura-t-il.

Le calvaire sera plus compliqué pour ceux qui continuent vers la Côte d’Ivoire. Arrivés à Bamako, ils devront parcourir quelques centaines de kilomètres pour atteindre la frontière ivoirienne. Au cours de cette distance, il va falloir laisser quelques billets de banques aux check point pour permettre aux militaires d’ arrondir leur fin du mois. Comme s’ils ne percevaient pas de salaire, ils ne laissent aucune occasion à ces citoyens « ouest africains » de circuler librement. Des citoyens qui ont pour péché de traverser un territoire auxquels ils n’appartiennent pas.

Zégoua est la dernière ville malienne avant d’entrer en Côte-d’Ivoire. Là, Badji, un Sénégalais quinquagénaire descend pour emprunter un moto-taxi qui doit le rendre l’autre côté de la frontière où il va attendre le car. Dépouillé, cet originaire de la Casamance (Sud du Sénégal) finit par user de cette ruse pour éviter de passer à la caisse aux agents de la douane ivoirienne installée à Pogo.

Les non-ivoiriens sont obligés de mettre la main à la poche. Encore 1000 frs de plus. Face à ces scènes d’abus des citoyens appartenant à une même communauté, je repense à une conversation entretenue avec un actif militant de la cause de la CEDEAO. Le jeune responsable de l’organisation au Sénégal m’a fait savoir que le problème est la carence en information, en me confiant que la simple carte d’identité suffit à un ressortissant de la CEDEAO pour voyager librement dans l’espace.

En effet, le protocole sur la libre circulation des personnes et des biens a été signé depuis 1979 par les différents chefs d’états de la communauté.

Je compris par la suite que philosopher sur les textes est une chose, se battre pour changer la donne sur le terrain en est une autre et beaucoup moins aisée.


Rémy MALLET

Journaliste-Bloggeur




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