SENEGAL : Emigration ou course à l'illusion de la réussite

Publicado 2 de septiembre de 2013 no picture Amon Remy Mallet

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Se registró el día 12 de julio de 2013
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Le mot wollof « Tekki » est traduit en Français pour parler de réussite. Même si j’émets des doutes quant à la fidélité de cette traduction, mes connaissances limitées dans la langue de Kocc Barma ne me permettent pas de m’y attarder.

Ce qui m’intéresse ici, c’est ce que la société met derrière ce mot. Aujourd’hui, il faut avouer que la réussite est bien limitée à des apparences extérieures de richesse. Il suffit du jour au lendemain qu’une personne possède une voiture luxueuse ou encore qu’elle ait une jolie villa pour qu’on entende : « Kim mom dafa tekki » (Il a réussi).

Ces nouvelles représentations sociales de la réussite basées malheureusement sur les biens de consommation conditionnent la vie de nombreuses personnes. Elles sont nouvelles parce que je suis persuadé que « tekki » n’avait pas la même interprétation dans le Sénégal d’hier. Chez les mourides traditionnels par exemple, ce mot signifiait l’atteinte de la richesse spirituelle.

Ces représentations vont plus loin en établissant les termes de référence de la reconnaissance sociale. La dernière intimement rattachée au processus de socialisation.

Cela conduit donc à une course effrénée aux capitaux sans se soucier des voies pour y arriver. En négligeant parfois son bien-être personnel. Dans cette logique, la fin justifie les moyens. Il faut faire tout pour s’approprier ces biens de consommation pour avoir une certaine reconnaissance du milieu auquel on appartient.

Ce n’est pas donc pas banal le fait que certains jeunes empruntent le chemin de l’Europe au risque de leur vie. C’est moins le confort qu’ils recherchent dans le vieux continent que la possibilité de s’octroyer des propriétés qui vont frapper aux yeux de leurs concitoyens.

Il est donc habituel de voir que beaucoup de personnes qui vont poursuivre leurs études dans des pays développés font vite d’abandonner leur stylo. Un travail de serveur dans un restaurant ou encore de baby-sitter vaut, pour eux, parfois mieux que la brillante carrière d’ingénieur qui aurait pu s’offrir à eux.

Dans leur tête, réussir ne correspond pas à emmagasiner de la connaissance mais plutôt à tenter d’avoir les moyens pour construire un énorme domaine à l’image de celui que leur voisin du quartier a mis sur pied pour ses parents, après son aventure extérieure.

Comme énoncé plus haut, ce n’est pas le bien-être personnel qui s’impose au préalable aux déserteurs. Les émigrés pour la plupart vivent dans des conditions difficiles. Par exemple, dans leurs lieux d’habitation, ils sont obligés de cohabiter à plusieurs sans confort.

Certains ont abandonné de grandes maisons dans lesquelles seuls papa et maman demeurent. Ils deviennent alors nostalgiques du grand espace que constituait la maison familiale dans laquelle ils vivaient dans le « ndakaruu » (Dakar) ou dans une autre ville du Sénégal.

Une maison qu’ils ont en projet de démolir et de construire une encore plus belle. Chose qu’ils ont sans doute promis à leurs parents quand ils réussiront. Beaucoup hélas n’assistent pas aux deuils de leur géniteur. Pour ce faire, il faut être en règle dans le pays dans lequel on est allé prendre les ressources utiles pour « tekki » afin de retourner après les obsèques.

Je suis convaincu que beaucoup de parents souhaitent que leurs enfants restent auprès d’eux. C’est plus la reconnaissance sociale au sein de leur communauté, qui découlera de la ‘’réussite’’ de leurs rejetons, qui les incite à les laisser s’en aller.

Ceux qui n’auront pas la chance de ramasser l’argent au sol comme ils le croyaient n’auront que leurs yeux pour pleurer. Ils comprendront, à leur dépend que « Tukki taxuta tekki » (Emigrer n’est pas synonyme de réussite).

La vraie richesse que procure la chaleur familiale et le bonheur de se sentir appartenir à une communauté n’est pas vendable. Mais, il était important pour ces derniers de tout faire pour s’accorder au sens que société donne actuellement à la réussite.

De nos jours, « tekki’ » se résume à cette réflexion de Bourdieu : « Faute d’être, on se tourne vers l’avoir, que procure le paraître.»


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