SENEGAL : La polygamie, une question d'égalité des chances

Publicado 14 de junio de 2013 no picture

Se registró el día 7 de mayo de 2013
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Le pire cauchemar que pourrait vivre une femme serait d’avoir une autre avec qui elle partage son amour. Si cela est avéré, il viendrait à montrer que beaucoup de Sénégalaises vivent un cauchemar.

Celles qui ne connaissent pas l’effet que cela pourra faire de devoir se séparer de leurs maris pour quelques nuits, conjurent ce mauvais sort. Et certains marabouts véreux profitent de cette phobie des femmes de composer avec une coépouse, pour se faire de l’argent. La phase préventive sert à « cadenasser » son mari pour qu’il ne regarde pas ailleurs.

Quand la première partie de prévention échoue, elles se rendent alors compte que leurs billets de banques distribués au charlatan ainsi que leurs innombrables sacrifices ont été vains. Ici, il faut comprendre sacrifice au sens propre. Car souvent elles sont amenées à tuer plusieurs bêtes (poulets, chèvres, moutons etc.). Tous les moyens sont bons pour que les revenus de monsieur ne soient pas extravertis. L’échec de ses sacrifices consommé, elles vont devoir accepter désormais la « niarelle » (2ème femme) de leurs hommes.

« L’échec prépare la victoire », dit-on. Les Sénégalaises qui voient leur mari épouser une deuxième femme ne désespèrent pas. Quand le mal est déjà fait, on passe à la phase curative. L’idée est de pouvoir bouter l’arriviste et de la faire partir vers son lieu d’origine. Là encore, les marabouts peuvent se frotter les mains. Ils auront de quoi se mettre sous la langue. Mais souvent, les efforts de ses femmes désespérées s’avèrent vains. Il arrive parfois qu’une 3ème débarque dans la vie de leurs conjoints.

J’ai discuté avec une jeune sénégalaise, la vingtaine environ, et jeune mariée. Adja, étudiante, à qui j’ai demandé si elle se préparait à l’arrivée prochaine d’une coépouse m’a répondu froidement. Hésitant dans un premier lieu, elle m’a fait savoir qu’elle ferait tout pour que son mari n’en arrive pas là. Insistant, je lui explique que les femmes qui ont vu leurs maris épouser d’autres «driankés», n’ont pas lésiné sur les moyens.

« Ce n’est pas mon cas », me rétorque-t-elle. La discussion poussée, elle finit par admettre que cela pourrait se produire. Cependant, si on n’en arrivait à cette situation, le pire que son mari pourrait lui imposer, est de vivre avec une «Woudjou» (coépouse en wollof) sous un même toit. Si elle s’est mise à l’idée qu’un jour son mari pourrait en venir là, en revanche l’image de son homme dans les bras d’une autre envenimerait ses nuits.

Elle me lance : « Imagine toi que tu te maries à une femme et qu’elle a le droit de passer des nuits avec un autre homme ou plusieurs ». Le simple fait d’avoir cette image de la fille que j’aime dans les bras d’un autre a été un déclic. Je compris alors ce que ces femmes pouvaient endurer. Le pire cauchemar que pourrait vivre un homme, c’est aussi d’avoir un autre avec qui il partage son amour. Elle finit par me confier qu’elle aimerait bien avoir la possibilité d’avoir deux maris à l’image des hommes qui ont deux femmes.

Ce serait une bassesse si elle avait prononcé ses mots en public. Si ce désir découle de son indignation face à la probabilité de voir son mari dans les bras d’une autre, il n’est pas en soi insensé.

Pour prendre une deuxième femme, il est requis d’avoir les moyens pour s’en occuper. Au Sénégal, certains hommes vendeurs d’illusions, sont prêts à tout pour montrer qu’ils en ont plein les poches lorsqu’ils « démarchent » les filles.

Mais le plus intéressant est que certaines femmes, même mariées, font la cour à des jeunes hommes. Elles sont souvent appelés «gnangnis» en Côte-d’Ivoire. Au Sénégal, on ne leur connaît pas de noms particuliers. Mais elles sont beaucoup ces femmes-là, riches et mariées, dans le « ndakaruu », à aborder des jeunes pour satisfaire leur libido.

Les moyens financiers leur facilitent la tâche. Mais dans un pays comme le Sénégal, où la femme attend presque tout de l’homme, il va s’en dire que la tendance souhaitée à défaut par Adja a encore un long chemin pour voir le jour. Ici, le gap qui sépare l’égalité des chances entre l’homme et la femme est encore énorme. Dans certaines familles, donner sa fille en mariage, revient à espérer des retombées en retour de la part du beau-fils. Normal. Une femme annonce son mariage en ces termes : « Deyma mayé » (J’ai été offerte).

L’homme est considéré comme le chef de la famille, celui qui doit apporter les moyens de subsistance à la femme et aux enfants. L’épouse doit plutôt savoir préparer du bon « thèp » pour servir ensuite son mari au retour du « door warr » ( travail) .

Il n’est pas étonnant qu’après, elles soient chosifiées par ces hommes qui ne voient en elles qu’une manière d’assurer une progéniture. Loin de moi l’idée de m’ériger contre la pratique de polygamie, mais inconsciemment, les femmes sénégalaises acceptent la supériorité des hommes. Y’a –t-il un problème ? Ce n’est pas à moi de répondre. Ce que je sais par contre, c’est que ces derniers ont les moyens financiers. Une donne importante pour analyser ce phénomène.

Il n’est pas rare d’observer que les «goorguis» (sénégalais) dans leur majorité ont des réticences à se marier avec une femme intellectuelle et riche. Pourquoi ? D’autres diront qu’elles voudront porter la culotte. Ce qu’ils oublient est que le pagne s’attache aussi avec deux mains.

Le vrai problème est peut-être l’argent. Le nerf de la guerre. Peut-être que si les femmes sénégalaises avaient les mêmes opportunités d’accès aux ressources matérielles que les hommes, la tendance changerait. En attendant, le rêve d’Adja continue de rester qu’une simple illusion désespérée.

Rémy MALLET

Journaliste-Bloggeur






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