TUERIES DE CHARLIE HEBDO : Réflexion sur l’Islam, l’éthique, la liberté d’expression et les minorités en France

no picture Amon Remy Mallet
Se registró el día 12 de julio de 2013
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Dans cet article, il ne s’agit pas d’une position binaire d’appartenance ou pas au journal satirique, qui prend son essence dans le slogan ‘’Je suis Charlie’’. Le danger de cette binarité nous réduirait à voir un axe du bien face à un axe du mal. Une idéologie qui a prévalu après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et qui régit depuis les relations internationales. Il s’agit plutôt, et avec beaucoup de recul, au-delà de l’émotion légitime qui a suivi les tueries de Charlie Hebdo, de questionner les notions complexes d’éthique, de liberté d’expression, d’Islam dans le contexte multiculturel français.

Le radicalisme religieux des frères Kouachi qui s’est traduit par le meurtre des journalistes de Charlie Hebdo ainsi que d’un agent de police à Paris, le 7 janvier, est regrettable. Comme tout radicalisme à finalité meurtrière, il requiert de la part de tous une ferme condamnation de principe. User d’une arme pour répondre à un crayon est un acte désuet. Avec l’indifférence dont ils ont fait montre à travers leurs agissements, il est difficile de croire que leur Prophète se sentirait ‘’vengé’, comme ils l’ont prétendu.

Mais cet argument de la force cacherait peut-être la limite des deux tueurs Français d’intervenir sur le champ des Idées, pour faire part de leurs ressentis.

Pourtant, les idées pour discuter de l’humour de Charlie Hebdo ne manquent pas. Les journalistes, comme tous les autres corps de métier, ont des rôles à jouer dans la société. Comprenons le rôle comme l’ensemble des comportements attendus d’un individu dans l’exercice d’un statut social. Maintenant on peut se poser la question suivante : En publiant les caricatures du prophète Mahomet, il y a quelques années, les journalistes de Charlie Hebdo se sont-ils comportés en adéquation des attentes des Français ?

La liberté d’expression : entre sensibilité et application d’un principe

Reformulée, la question pourrait s’intéresser à la nature de l’éthique qui a poussé le journal satirique à la publication de ces caricatures.

Cette éthique s’apparente à l’utilitarisme dans sa dimension seconde, c’est-à-dire, celle qui vise la plus grande satisfaction pour le plus grand nombre. Or en France l’islam ne constitue qu’une minorité. Cet état de fait a peut-être été une raison des publications des caricatures. Ce n’est, pour l’heure, qu’une hypothèse.

Mais l’éthique, puisque c’est de ce qu’il s’agit, n’a de sens que dans le relationnel. Elle tire toute sa substance dans le rapport du JE au NOUS. Le NOUS étant le fondement même de l’éthique dans ce jeu de l’altérité. L’autre est peut être différent mais semblable car on partage des sensibilités psychologiques communes telles que le bonheur, la joie, mais aussi la souffrance et la frustration.

Dans l’exemple des caricatures, on fait face à une confrontation entre l’exigence de l’absolutisme de la liberté d’expression dans la société Française et la sensibilité religieuse d’un groupe minoritaire.

Mais comment comprendre un type de sensibilité qui résiste à un des principes les plus fondamentaux en France, à savoir la liberté d’expression ?

La sensibilité dont il est question ici est religieuse. C’est la place importante qu’occupe le sacré pour une communauté qui fait partir des dernières à s’être branchée au tissu national Français. Cette place du sacré : c’est Dieu. Or ‘’Dieu est mort’’, en France depuis le 18e siècle, pour citer Nietzche, tout en tolérant l’anachronisme.

Cela ne veut pas dire, qu’il n’existe plus de croyants en France, mais plutôt qu’après la révolution de 1789, Dieu a cessé d’être le principe fondamental structurant l’existence des individus. L’acceptation d’une autorité transcendante régissant la société était donc devenue caduque.

‘’Justement, la caricature, en son principe même, est impertinence et irrévérence, à l’endroit de l’autorité qui voudrait se proposer, sans question, comme objet de révérence’’, souligne le professeur Souleymane Bachir Diagne dans une interview accordée au Point reprise par Dakaractu.

Mais l’absolutisme dans la liberté d’expression est même nuancé dans le contexte français. Il semble que la République ne défend pas foncièrement un absolutisme aveugle de dire, de penser et d’écrire. L’interdiction des spectacles de l’humoriste Dieudonné, jugés antisémites, montre bien la volonté du pays à préserver un climat social apaisé entre les communautés. Le licenciement du dessinateur Maurice Sinet par le journal Charlie Hebdo pour des propos tendancieux à l’égard les juifs en 2008, et sa condamnation par la justice française est une autre preuve des limites.

Ces limites peuvent être considérées par certains comme des violations de la liberté d’expression, certes, mais l’éthique du principe devrait être responsable et solidaire.

Cela dit comment repenser les principes fondamentaux de la France face son multicuturalisme ? Quelle place doit occuper l’Islam et les minorités de France ? Quelle réponse apporter pour prévenir le radicalisme de tous bords ? Peut-on rire de tout ? Comment repenser la notion d’identité nationale qui, elle-même, est dynamique ?

Si l’émotion qui a accompagné les derniers évènements est légitime et justifiée, en revanche, il apparait important aujourd’hui de se pencher sur ces questions pour tenter d’apporter une réponse pérenne.

Amon Rémy Mallet

Journaliste-Blogueur





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