Un jeune, Une voix! Rodrigue, le combat contre le SIDA et un partage d'idées sur LVDJ

Publicado 24 de julio de 2013 no picture

Se registró el día 27 de marzo de 2013
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Je me nomme Koffi Kolou Rodrigue. Je suis Ivoirien, et actuellement étudiant en Master 1 Droit privé fondamental - option recherche. Je suis engagé dans la lutte contre le sida et également blogueur de "La Voix des Jeunes".

Quels sont les attentes de la jeunesse de ton pays, de ta communauté ?

Dans un pays comme la Côte d’Ivoire qui sort d’une décennie de guerre (qui s’est "achevée" par une douloureuse crise postélectorale en 2011), tout semble urgent ! Et donc chez les jeunes aussi.

Mais je pense que certaines attentes particulières sont plus visibles. En premier, un meilleur et équitable accès à une éducation et une formation de qualité. En plus d’acquérir des connaissances, compétences et aptitudes, il se pose également la question de l’accès à un emploi (décent et rémunérateur) pour que ces jeunes puissent se réaliser professionnellement, socialement et humainement, et être utile à leurs communautés et à tout le pays. Un immense défi quand le taux de chômage, selon les dernières estimations officielles, frôle les 10%.

Mais en filigrane, je pense que le besoin de paix, d’un meilleur sentiment de sécurité, et le retour d’une cohésion sociale conditionnent fortement ces principales attentes. Beaucoup a été fait ces deux dernières années, mais les défis restent. Mais je reste confiant quoique chacun doit y contribuer.

As-tu un engagement citoyen ? Si oui, quel est-il ?

Tout à commencé en mai - juin 1999 à Bouaké, située au centre de la Côte-d’Ivoire. J’avais juste 13 ans. Je suis devenu pair-éducateur du « Projet Miwa » (Signifiant « Mon enfant » en baoulé, une langue locale) de l’ONG Renaissance Santé Bouaké (RSB). Il s’agissait d’un projet de sensibilisation de collégiens et lycéens, par leurs pairs formés, pour l’adoption de comportements à moindre risque de contamination et/ou de transmission des Maladies Sexuellement Transmissibles (MST – devenu "IST", "Maladies" ayant été remplacé par "Infections"-), du VIH/sida, et de lutte contre les grossesses précoces et à risque en milieu scolaire. Au même moment, et jusqu’en octobre 2002, j’ai été 2ème Vice-président de la section du Parlement des Enfants de Côte-d’Ivoire à Bouaké.

Mais assurément mon grand engagement citoyen a commencé en Mars 2000 lorsque j’ai participé, avec une poignée d’autres jeunes, à la création de l’Association N’ZRAMA de Bouaké. Signifiant « étoile », N’ZRAMA est une association d’enfants et jeunes affectés et/ou infectés par le VIH/sida qui ont décidé de retourner le stigmate social de ce fléau pour en faire une arme contre la discrimination, la stigmatisation, le soutien de nos pairs et de leurs familles, mais aussi pour agir au sein de notre communauté, en ciblant en priorité les jeunes, dans le domaine de la prévention (et bientôt la santé sexuelle et reproductive).

En septembre 2002, débute une guerre socio-politico-militaire en Côte d’Ivoire qui durera une dizaine d’années et qui se matérialisera par une partition de fait du pays. La partie Centre-Nord-Ouest sera occupée par la rébellion, qui installa son Quartier-général à Bouaké.

Malgré la peur, le risque évident de danger avec les attaques et autres moments de combats ou d’échange de tirs, l’incertitude du lendemain, et dans un contexte où les structures publiques (et même privées) nécessaires pour un meilleur accès des populations aux services sociaux de base étaient fermées ou non opérationnelles, comme des membres de ma famille et autres acteurs associatifs, je suis resté à Bouaké. Il fallait se rendre utile.

Ainsi, j’ai intégré une « équipe associative de crise » mise en place pour remplacer au mieux les structures sanitaires, renforcer et coordonner l’action sociale en direction des PVVIH et leurs familles ; mais aussi participer à l’aide humanitaire des populations dans leur ensemble restées à Bouaké. Initiative prise par la Directrice du Centre Solidarité Action Sociale (principale structure de prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et leurs familles dans cette partie du pays), a qui j’ai consacré sur ce blog un article pour son engagement.

Avec le conflit, nous avons réorganisé N’ZRAMA pour qu’elle soit une véritable association car nous nous sommes rendus compte de la place d’une association comme N’ZRAMA dans la lutte contre le sida. Et en décembre 2004, j’en suis devenu le Président, puis Coordinateur Général.

Ainsi, via le suivi communautaire, la pair-éducation et le plaidoyer, depuis un peu plus de dix ans, avec tous les autres membres actifs de N’ZRAMA, nous travaillons constamment non seulement pour que cette association demeure une référence en matière d’auto-engagement des jeunes affectés ou infectés par le VIH dans la lutte contre le sida, mais aussi aux fins de donner une voix représentative de ces enfants et jeunes, longtemps restés "face cachée" du sida. Notre engagement nous a permis de participer à des rencontres régionales et internationales. C’est le cas du Colloque « Enfance et sida, faire reculer la maladie dans les pays en développement » tenu à Paris en juin 2006, où j’ai eu l’honneur et la responsabilité de faire le discours de clôture (Voir les Actes du colloque).

En 2013, malgré les défis auxquels nous faisons face dans notre évolution, je pense savoir que N’ZRAMA, précurseur d’un nouveau type de mobilisation de la communauté, reste la seule association de ce genre en Afrique francophone.

Durant cette guerre ivoirienne, j’ai perdu quatre années dans mon cursus scolaire. Alors en octobre 2009, j’ai démissionné du poste de Coordinateur général (tout en maintenant intacts mes engagements associatifs). Je suis venu suivre des études de droit à Abidjan (capitale économique). L’école et la formation est ma principale priorité et me construire personnellement constitue le ciment qui me donne l’énergie d’avancer dans mon engagement associatif. Pour cette année académique 2012-2013 finissante, j’étais inscris en Master 1 Droit privé fondamental-option Recherche.

Entre temps, j’ai de nouveau été nommé Coordinateur Général de N’ZRAMA en mars 2012.

Depuis environ deux ans et pour le compte de N’ZRAMA, je suis membre du Bureau du C-ROS (Comité de Réflexion sur la problématique des Orphelins et autres Enfants rendus Vulnérables du fait du VIH/sida - OEV-) qui est un organe d’orientation et de plaidoyer chargé d’impulser la réflexion sur la problématique des OEV en Côte d’Ivoire et de proposer des stratégies en vue d’une meilleure intégration sociale de ces derniers.

Enfin, depuis avril 2011, je suis l’un des blogueurs officiels du site La Voix des Jeunes. En plus d’écrire des articles et autres contributions, j’entretiens un profil Twitter (@rodrigueVOY). Une aventure humaine très enrichissante, tant avec les membres de l’équipe sur ce programme, qu’avec ces autres blogueurs et jeunes que j’ai contactés pour entretien…et avec qui j’ai bien souvent gardé des liens.

En quoi la participation des jeunes est nécessaire pour nos sociétés d'aujourd'hui?

Peut-on prétendre construire le présent et le futur d’une société sans que le "groupe héritier" qu’est la jeunesse ne se l’approprie ou soit un piètre spectateur dans ce processus ? La réponse est "non".

La participation des jeunes est une nécessité, voire une condition pour préparer plus sereinement le passage de témoin entre générations et augmenter les conditions de pérennisation des acquis. Des jeunes qui participent à prendre des décisions, à les mettre en œuvre et à faire leur évaluation auront plus tendance à mieux sauvegarder ces acquis et seront plus responsables dans leur gestion. C’est regrettable qu’il faille souvent jouer des coudes pour que cette participation soit effective car, disons-le, il ne s’agit pas de faire venir des jeunes pour enjoliver des cérémonies, pour faire joli et tendance.

Quelle est ta devise ou ta phrase/expression préférée ?

J’en ai quelques unes. Mais ici je partagerai avec vous cette phrase de Joseph Wrésinski : « là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré ».

As-tu un conseil ou un message à faire passer aux autres jeunes?

Juste partager ma conviction de ce que chaque jeune, comme chaque personne, a en lui du potentiel pour contribuer à faire avancer sa communauté dans la bonne direction. Alors, il ne faut pas toujours attendre qu’une opportunité se présente avant de bouger. Il faut susciter, créer les conditions même si je suis d’avis qu’il est plus facile de le dire que d’y parvenir, que quelques fois nous avons besoin d’un coup de pouce. Nos sociétés font face à de grands défis de changement et d’évolution. Alors, soyons-nous même le changement que nous attendons des autres. C’est le premier pas.





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