Une nuit avec le Samu Social à Dakar

Publicado 3 de agosto de 2013 no picture

Se registró el día 27 de marzo de 2013
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Jeune française installée à Dakar depuis quelques mois, je suis allée à la rencontre du Samu Social du Sénégal, une association créée par Isabelle, une française dynamique. Le Samu Social organise des "maraudes" dans les rues qui consistent à aller à la rencontre des enfants des rues la nuit tombée, pour leur apporter des soins médicaux, un peu de compagnie, et s'ils le demandent, de les ramener au centre pour les héberger.On m'a proposé de me joindre à l'une de ces maraudes. Récit d'une soirée passé en compagnie du Samu Social dans les rues de Dakar.

A l’arrivée au centre, je rencontre Jean-Charles, travailleur social. Ce soir c’est lui qui est de maraude, en compagnie du chauffeur-animateur Assan et du médecin Fall. Entre deux parties d’osselets avec les jeunes, il m'explique le fonctionnement du centre. Le centre a une capacité d’accueil maximale de 30 enfants. Le Samu Social cherche à ramener ces enfants trouvés dans la rue dans leurs familles, et les héberge le temps de faire la médiation familiale. S'ils parviennent à les réintégrer chez un membre de leur famille, ils font ensuite un suivi régulier pour voir si tout se passe bien. Il arrive aussi que l’enfant re-fugue et que le Samu Social le retrouve dans la rue quelques temps après. Ensuite, je discute avec Fall, le médecin, qui travaille à l’hôpital le matin puis au Samu Social l’après-midi, parce que "quand tu commences avec les enfants tu ne peux plus t’arrêter". En ce moment, un de leurs soucis c’est le palud, qui arrive avec la saison des pluies.

20h30, on embarque dans le camion. Au premier arrêt, il y a des femmes et des enfants dehors, et quelques personnes viennent au camion du Samu pour obtenir des traitements contre les parasites, et des bout’chous viennent chercher un verre de lait qu’offre le Samu Social. Le médecin m'explique qu’en période de ramadan, beaucoup de femmes qui ne mendient pas d’habitude en profitent pour le faire car les gens sont beaucoup plus généreux à cette période.

Deuxième arrêt. Cette fois, ce sont trois adolescents, 15 à 18 ans. On nous explique que l’un d’entre eux est très connu du Samu Social, il souffre d’une maladie qui lui ronge les os (il a la jambe complètement tordue et se déplace en boitant), ils ont essayé de l’héberger mais ont renoncé devant la violence de ce jeune, qui terrorisait tout le monde.

Troisième arrêt. Une quinzaine de jeunes garçons, de 13 à 17 ans. "Eux, ils sniffent souvent du diluant" me dit Jean-Charles. Effectivement, ils ont l’air de planer un peu. Ils ont envie de faire la conversation, alors je fais ce que je peux avec mon wolof (langue locale) de débutant, on parle foot, petites amies, et musique. La journée, ils volent et mendient, le soir ils se retrouvent et se droguent souvent. Grands gaillards ou pas, ils accepteront le verre de lait et me salueront d’un "Ba beneen yoon" (A bientôt!).

Nous rentrons alors, avec un petit récupéré sur le lieu du dernier arrêt. Mokthar dormira au Samu Social ce soir. Agé tout au plus de 10 ans, il est connu des services du Samu Social car cela fait plusieurs fois qu’il s’échappe de son Daara. Il voudrait retourner chez lui. Mais bon, chez lui c’est en Mauritanie….alors la médiation familiale, c’est pas gagné.

Les Daaras et les talibés, Rodrigue Koffi nous en parlait dans La Voix des Jeunes dans un autre article. Mais pour résumer, les talibés sont des enfants qui sont confiés à un marabout par leurs parents, parfois très très jeunes, qui parcourent souvent de longues distances avant d’arriver au Daara de leur marabout, où ils sont supposés apprendre le Coran. Traditionnellement, les talibés mendient quelques heures par jour pour payer leur éducation (ou s’ils sont en zone rurale, travaillent aux champs). Mais cette tradition a vu naître en parallèle des Daaras où les enfants sont tout simplement exploités, ils n’étudient pas ou tellement peu que ça revient au même, et ils mendient de l’aube au crépuscule. S’ils ne ramènent pas la somme quotidienne requise au Daara le soir, il arrive qu’ils se fassent battre. Le Samu social, dans son livre "Enfants et jeunes de la rue à Dakar" note que 60% des enfants qu’ils ont suivi ont atterri dans la rue en fuyant le Daara pour cause de maltraitance physique.

Je rentre après cette soirée avec les équipes dévouées du Samu avec plein de questions. Comment des parents, belles-mères (souvent la cause de beaucoup de problèmes dans les familles…), oncles, tantes, peuvent-ils laisser un enfant dans un Daara en sachant ce qu’il va leur arriver? Comment, s’ils fuguent de ce même Daara, peuvent-ils les chasser lors de la médiation? Il existe beaucoup d’enfants qui errent dans les rues à Dakar. Des enfants violentés, sans repères, qui se réfugient souvent dans la drogue, l’alcool ou la violence. Il faut continuer à soutenir les associations et tous les gens qui se battent au quotidien pour que ces enfants aient le droit à un avenir meilleur.





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