"La mise en scène est un métier qui s'apprend sur le tas"

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nzihindura
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Marshal MPINGA RUGANO exerce le métier de metteur en scène depuis maintenant 5ans, et il est déjà parmi les meilleurs metteurs en scène de la ville de Bujumbura. Avec sa compagnie théâtrale <<l’enfoiré de la sanolandante>> ils organisent chaque année une soirée théâtrale à l’institut français de Bujumbura… Dans cet entretien, il nous raconte son parcours et son point de vue sur différents aspects de l’art théâtral.

Quel est votre parcours?

J’ai un parcours plutôt atypique. Généralement, ailleurs, la plupart des metteurs en scène ou d'acteurs viennent d’une école de théâtre où ils ont suivi une formation d’acteur. Pour ma part, et pour la plupart de mes collègues ici au Burundi, je n’ai pas fait d’école de théâtre mais j’ai plutôt fait du droit à l'Université … Je pense que cette faculté a toujours eu des répercussions très positives sur le théâtre, car le théâtre c'est l'expression, la domination de l'acteur à son public, attirer son attention, et quand on est avocat et qu'on a pas cet art, comment arriverions-nous à défendre notre client devant un autre avocat plutôt éloquent ?

Auriez-vous adhéré à des troupes théâtrales?

J’ai approché un tout petit peu les groupes de théâtre Lampyre et Pilipili, puis j’ai crée ma compagnie théâtrale" Les enfoirés de Sanoladante". De cette compagnie est née une grande compagnie dont le ferment aujourd'hui est faire du théâtre une réalité dans notre pays. Nous nous sommes faits connaitre grâce à une pièce dont je suis l'auteur "La vie mesquine". C’est cette pièce qui a, en quelque sorte, donné naissance et succès à la Compagnie. On avait la volonté de faire des choses différentes, en autodidactes et sans le sous ! Cinq ans après, nous sommes toujours là.

Comment expliquez-vous ce métier ?

En tant que metteur en scène, je pense que c’est un métier qui s’apprend « sur le tas ». Il y a une part d’inné mais cela reste avant tout beaucoup de travail. On a beau avoir du talent, il faut travailler et je ne crois pas qu’il y ait de recette particulière. Chaque metteur en scène a sa propre démarche. Il doit d’abord se découvrir lui-même. Pour ma part, et loin de moi l'idée de me vanter, je suis très perfectionniste. J’explique beaucoup afin de mieux comprendre. Chaque mise en scène est différente en fonction de la personne, des acteurs. Mais même si j’ai choisi ce métier, ce n’est pas une profession facile car il faut sans cesse essayer de dépasser sa propre vision des choses. De plus, il est délicat de s’attaquer à des auteurs, de s’attaquer aux autres. On se met en danger. On doit pouvoir prendre du recul, de la distance par rapport à l’œuvre mais ce n’est pas toujours facile.

Quels sont vos mécanismes lors de la rédaction d’une pièce théâtrale ?

Lorsque je décide de monter une pièce, tout d’abord, en ce qui me concerne, je fais rarement des adaptations. Je monte rarement des oeuvres littéraires, j'écris mes propres pièces ou alors je monte des oeuvres de théâtre. Car avec l'adaptation il y a vraiment un travail d’adaptation à réaliser pour que l’œuvre littéraire devienne un objet théâtral. Dès la réécriture – ou l’écriture, puisqu’il s’agit d’une autre forme d’écriture - il y a une pensée, une direction qui va vers l’acteur. Pour le choix d’une piéce, il n’y a aucune volonté délibérée. C’est l’intuition qui me guide et me fait découvrir l’œuvre et la volonté de la monter. Je pense qu’il faut être extrêmement modeste, humble dans ce travail. Dans tous les cas, c’est l’auteur qui prime, c’est lui qu’il faut mettre en avant. Il faut avoir la pertinence de ne pas vouloir s’imposer, ce qui n’est pas évident puiqu’il faut faire preuve d’autonomie et d’originalité. En d’autres termes, donner sa propre vision de l’œuvre. Le théâtre, la littérature, c’est toujours une rencontre vers les autres et donc, la première impulsion chez le metteur en scène c’est d’avoir ce respect vis-à-vis de l’autre. Etre perspicace, lire, découvrir…

Pourquoi ne faites-vous pas du classique?

Je crois que quelqu’un comme moi, qui est un rebelle (ce qui veut dire que j’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire), doit assumer le fait de ne pas être trop reconnu, ni carriériste.
Je pourrais très bien décider de monter des classiques, qui me rapporteraient plus d’argent, mais ça ne m’intéresse pas. Il y a un manque de richesse matérielle à assumer. Ce sont des choix de vie. Cependant, le théâtre a un aspect collectif qu’il ne faut pas négliger et qui implique des contraintes. Il me semble en effet qu’il est plus facile pour un peintre ou un écrivain de vivre de leur art, à partir du moment où ils peuvent peindre et écrire sur n’importe quel support pour que leur œuvre existe, je l'ai remarqué à mon ami peintre Clovis. Rien n’empêche ces artistes d’exercer leur art. Pour le théâtre, c’est différent. Il s’agit d’une coopération entre différentes personnes, de l’implication de différents intervenants, et donc il y a l’aspect financier qui entre en jeu puisqu’il faut payer ces personnes. Tout projet culturel demande de l’argent et même le rebelle en a besoin !

Comment jugiez-vous la scène théâtrale et que devrait être son rôle ?


Ce qui est bon c'est que cet art évolue jour après jour, il y a des acteurs qui naissent, de la volonté, du courage. Pendant tout un temps, le théâtre n‘était réservé qu’à une certaine caste de personnes. Aujourd’hui, le théâtre jouit quand même d’une certaine reconnaissance.
Le théâtre a, comme l’école, une mission de distribution de savoir, et il offre des clés de réflexion au spectateur afin de développer son esprit critique. C’est un « éveilleur d’intelligence ». Cependant, depuis quelques temps, je trouve qu’il évolue vers une grande forme de divertissement. Il faut à mon avis se poser la question de savoir si le théâtre remplit toujours son rôle de service public ou si cette intention tend à être oubliée par notre société très conservatrice de ses mœurs et coutumes...Dorénavant, les théâtres est là pour combattre ces tabous, même si je ne généralise pas, je dis pas que toutes nos mœurs et coutumes sont des tabous.

Quel est l’aspect théâtral que aimez le plus ?

J'aime ce métier, surtout ces relations humaines et le caractère social du théâtre, entre acteurs, metteur en scène, c'est une histoire de famille. Mais pour faire ce métier, il faut bien être conscient qu’il s’agit d’un choix de vie. Il ne faut pas hésiter à s’écarter du chemin, à suivre sa propre voie et c’est pourquoi il faut de la volonté, de l'abnégation, le courage de travailler sans rien espérer de retour, faire sa passion avec espoir que le lendemain pourrait être meilleur qu'aujourd'hui, c'est un conseil à tout artiste. Pourquoi lui et pas un autre ? Cette impression que certains sont « destinés », « nommés » pour être artistes ne s’explique pas. Il faut seulement être éveillé, prendre le temps de se poser, de réfléchir et de créer sa place. Il faut savoir si on est véritablement prêt à le faire, car ce n’est pas évident. Il y a toujours un prix à payer...

Par Branly NZIHINDURA





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