Bonne arrivée Madame la Présidente !

Publié 21 janvier 2014 no picture Rodrigue Koffi

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Une page d’histoire, pleine d’espoir, a commencé à s’écrire depuis le lundi 20 janvier 2014 pour la République centrafricaine. Et cette page commencé à s’écrire en rose. Oui, rose comme la couleur de la tenue portée par Madame Catherine Samba-Panza, Maire de Bangui, la capitale centrafricaine, juriste spécialisée en assurances, bientôt la soixantaine, qui a été portée à la tête de ce pays en décomposition, pour conduire la transition centrafricaine, certainement pour les dix-huit mois à venir. Une semaine environ après la démission ("encadrée") de Monsieur Michel Djotodia, cette dame qui semble faire une large unanimité tant au niveau local qu’auprès des partenaires extérieurs, entre autres pour sa neutralité, sa force de travail et sa bonne connaissance des arcanes politiques de son pays, a été élue ce lundi 20 janvier par le parlement transitoire de la Centrafrique.

Les défis qui attendent Madame Samba-Panza sont nombreux et grands. Mais le premier d’entre eux est incontestablement le défi de la sécurité et du désarmement dans un pays miné par les violences quotidiennes et les tensions (intercommunautaires). La nouvelle Présidente en a donné le ton dans sa première intervention juste après son élection : « je lance un appel vibrant à mes enfants anti-balaka [la milice chrétienne] qui m'écoutent. Manifestez votre adhésion à ma nomination en donnant un signal fort de dépôt des armes [...] à mes enfants ex-Séléka [la rébellion conduite par Monsieur Djotodia qui a renversé le Président Bozizé en mars 2013] qui m'écoutent aussi, déposez vos armes. »

Pour relever ce défi, Madame Samba-Panza va donc s’appuyer sur les forces internationales présentes dans le pays. Et les nouvelles sont bonnes car, en plus des soldats africains de la Mission d’Information et de soutien à la Centrafrique (MISCA) et de ceux de l’Opération française Sangaris, le Conseil de l’Union Européenne, réuni ce même lundi 20 janvier 2014 (, a décidé de l’envoi d’une force militaire (EUFOR) en Centrafrique dans les prochaines semaines. On parle de près de 500 militaires.

Les chefs de la diplomatie des vingt-huit Etats de la communauté européenne, tout en précisant que l’EUFOR devra s’inscrire dans le cadre d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies, précisent que « Cette opération contribuera par un appui temporaire, pour une période pouvant aller jusqu’à 6 mois, à fournir un environnement sécurisé, dans la région de Bangui, en vue de passer le relais à l’UA [Union Africaine]. »

« La force militaire contribuera ainsi, dans sa zone d’opération, aux efforts internationaux et régionaux de protection des populations les plus menacées et contribuera à la liberté de mouvements des civils. L’ensemble de ces efforts créera les conditions propices à la fourniture d’une aide humanitaire à ceux qui en ont besoin. »

Mais la Présidente ne devrait pas oublier que la sécurisation de la Centrafrique, et la protection des civils et de leurs biens demeurent de la responsabilité des autorités de transition et des forces centrafricaines. Elle devra donc travailler à (re)créer les bases d’une armée et de forces de police et de gendarmerie républicaines.

Pour réussir, la nouvelle Présidente devra contribuer à relancer l’économie nationale, et veiller à assoir son autorité de Chef de l’administration partout en Centrafrique. Ce qui impose de recréer l’administration centrafricaine que tous les observateurs et acteurs sur le terrain qualifient d’inexistante. Cela passera nécessairement par le paiement des quatre mois d’arriérés de salaires dus aux fonctionnaires et leur retour dans leurs zones d’affectation.

Et bien évidemment, le défi de l’aide humanitaire devra être l’un des dossiers d’importance pour Madame Catherine Samba-Panza. Sur son site, l’Unicef note que « dans le pays, 2,3 millions d’enfants sont touchés par le conflit avec près d’un demi-million d’enfants déplacés par les violences au cours de l’année dernière, beaucoup se cachant dans les forêts, sans accès ou presque à des prestations de base ou à une aide humanitaire. Les écoles du pays sont fermées, les dispensaires pillés et les systèmes d’approvisionnement en eau détruits. »

Quand à Monsieur Mike Penrose, Directeur Général d’Action Contre la Faim (ACF) il craint des infections respiratoires et diarrhées chez les enfants dans les deux prochains mois. « Dans 6 à 8 semaines, la saison des pluies va commencer : il sera alors impossible de se mettre au sec. Les eaux usées vont déborder des latrines, les enfants commenceront à tousser puis tomberont malade, souvent atteints de diarrhées aiguës. Sans oublier les risques certains de choléra dans de telles conditions, qui peut tuer un adulte en quelques jours, et un enfant en quelques heures. »

Et pour aider la Centrafrique à sauver des vies, 500 Millions de dollars US ont été mobilisés ce lundi 20 janvier 2014 à Bruxelles lors d’une réunion co-organisé par la Commission Européenne et le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unes (OCHA). Nous espérons, comme le notait Monsieur Vincent Taillandier (d’ACF) sur son profil Twitter, que ces ressources bénéficieront également aux ONG locales.

Bref, la nouvelle Présidente intérimaire de la Centrafrique doit faire face à de grands problèmes d’ici les élections présidentielles. L’état de grâce dont elle bénéficie depuis son élection le lundi 20 janvier 2014 risque de ne pas durer dans le temps car les attentes sont nombreuses et impatientes. Mais, comme le dit la chanson, elle devra « faire ce qu’elle doit avec ce qu’elle a ».

Pour notre part, nous disons tout simplement Bonne arrivée à Madame Catherine Samba-Panza… et bonne chance Madame la Présidente !

@Image importée d’un article publié sur sbs.com.au


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