"C’est à nous les jeunes de prouver que l’on peut faire quelque chose pour sauver notre planète"

Avatar Malalatiana
Inscrit le 24 novembre 2011
  • 16 Articles
  • Age 24

© MCK

© MCK

« Madagascar est le 5e pays le plus vulnérable face aux changements climatiques et il n’y a pas assez de jeunes qui s’en rendent compte. J’aimerais montrer que l’on peut faire quelque chose pour agir concrètement. », a confié Marie Christina Kolo lorsque je lui ai demandé pourquoi elle se dévoue autant à la protection de l’environnement. « Le changement climatique est une thématique incontournable. À mon avis, le développement de Madagascar passe par une meilleure inclusion des questions environnementales dans tous les secteurs de l’économie. », poursuit-elle.


Mais qui est Marie Christina Kolo?

Originaire de Nosy-Be, Madagascar, Marie Christina Kolo (28 ans) est avant tout un fort engagement social. Dès l’âge de huit ans, elle a commencé avec quelques amis à créer une association qui revendaient des autocollants au profit aux enfants dans le besoin. « Il est normal pour moi d’agir dans ma communauté, sans que quelqu’un me dise de le faire. », confie-t-elle. Plus tard, Christina poursuit sa passion en entreprenant des études en gestion de projet humanitaire et développement. Après avoir obtenu son diplôme de master, elle a travaillé avec quelques ONG dans le monde sur plusieurs thématiques, dont l’agriculture (au Sénégal), le transport vert (en Chine), et l’insertion des enfants de rue (en Inde).

De retour à Madagascar, elle a été volontaire des Nations Unies dans le cadre d’un programme du PNUD pour la mobilisation sociale et culturelle des jeunes dans la région d’Androy et de Vatovavy-Fitovinany (au sud de Madagascar). Présentement, elle est conseillère technique permanente auprès de l’Assemblée nationale pour traiter des objectifs de développement durable et de l’inclusion de la jeunesse. « J’ai accepté ce poste, car l’inclusion de la jeunesse est pour moi une thématique majeure. Les jeunes peuvent faire partie de ceux qui prennent les décisions. J’aimerais qu’on donne plus la voix à la jeunesse, qu’elle ne soit pas instrumentalisée. », affirme-t-elle.

Marie Christina Kolo est d’un dévouement exemplaire en matière de protection de l’environnement. En 2016, elle a lancé le Green N Kool, une entreprise sociale à vocation environnementale et culturelle. Nous en parlerons plus en détail un peu plus tard. Elle est également à l’origine de la création du Réseau Climat Océan Indien, dont elle est présentement la principale ambassadrice. Lancé en 2015 à l’occasion du COY11, le réseau regroupe des associations de jeunes de l’océan indien (Madagascar, Maurice, La Réunion et Comores) qui luttent contre le changement climatique. Le réseau vise à promouvoir les initiatives de jeunes en faveur de la protection de l’environnement. Il les aide également à faire du plaidoyer.

Actuellement, le réseau travaille avec la fondation FES pour un programme de leadership qui vise à former des jeunes dans tout Madagascar sur les enjeux environnementaux. Christina déclare : « Les jeunes Malgaches sont souvent intimidés sur la scène mondiale. L’objectif est d’appuyer les jeunes pour que leurs voix soient entendues sur le plan international. On veut surtout montrer qu’ils sont des acteurs incontournables. »

Le début de Green N Kool

Tout a commencé dans sa maison à Nosy-Be. Elle l’a transformée en un centre culturel afin de rivaliser avec les structures déjà en place qui n’ont aucune vocation sociale. En réalité, il y a très peu d’opportunités pour les jeunes dans la petite île bien qu’elle soit une destination touristique très prisée. Le projet a pu démarrer grâce à ses fervents collaborateurs passionnés d’éco-designs, à une mobilisation des jeunes de la région, et à l’appui d’Incubons (incubateur d’entreprise sociale à Antananarivo).

Entièrement meublé et décoré à partir de matériaux récupérés, le centre veut être un leader en matière de développement durable à Nosy-Be. Il offre aussi des formations gratuites pour les jeunes, des animations régulières sur le thème de l’écologie ainsi que des ateliers de recyclage. Capable d’accueillir plus de deux cents personnes, le centre est bien plus qu’un lieu culturel, il est devenu une boutique écologique, un restaurant 100% biologique, et un fabricateur d’accessoires écologiques.

« Malheureusement, il y a encore des chemins à faire pour promouvoir l’entrepreneuriat social à Madagascar. Il n’y a pas encore de cadre juridique qui le régit dans le pays. De ce fait, Green N Kool a dû s’enregistrer en tant qu’association. », affirme Christina.

Une part éducative importante

Green N Kool consacre une partie importante de son temps à la formation. Il se distingue des autres associations par le fait qu’il apprend aux gens à recycler eux-mêmes, au lieu de proposer de faire le recyclage pour eux. Il aide également les gens à adopter des éco-gestes du quotidien. « Il est important pour nous de former le public qui n’est pas forcément sensible aux questions environnementales. », déclare Christina.

C’est pourquoi, durant le Earth Hour de cette année, ils ont offert un atelier de recyclage en plein air pour partager cette philosophie du « do it yourself ». L’association donne aussi des cours payants aux associations et entreprises désireux de faire du recyclage, mais qui ne savent pas forcément comment s’y prendre. Ces formations payantes servent à financiers les ateliers gratuits pour les écoles publiques et les enfants de rues.

Actuellement, Green N Kool effectue une levée de fonds afin de continuer à financer l’école qu’il a construite à Antsatrabevoha, un village de pêcheurs à Nosy-Be. Auparavant, les enfants du village devaient marcher une dizaine de kilomètres pour pouvoir aller à l'école.

Les projets à venir de l’association

Green N Kool continue le lancement de sa gamme de produits écologiques. Après la fameuse pipette en bambou, il sortira très prochainement sa dernière innovation : la brosse à dents en bambou. Cela fera de Green N Kool la première entreprise sociale en Afrique à en fabriquer.

À la fin de ce mois, le centre lance un livre sur les gestes écologiques au quotidien. Le livre va aborder également la thématique du « zero-waste », une manière de vivre sans créer de déchets. Le livre donne aussi des astuces pour valoriser les déchets et pour fabriquer son propre liquide vaisselle. Le deuxième volet du livre se consacrera sur comment être écolo en milieu rural.

Ses conseils aux jeunes qui veulent devenir des entrepreneurs sociaux

« Se lancer seulement si on est passionné. Il y a souvent des moments où on a des échecs, où des trucs ne marchent pas. Il faut être passionné pour pouvoir continuer. »

« Il faut trouver un équilibre entre le social et la rentabilité. Pas trop de social, car on risque de se ruiner trop vite. Pas trop de rentabilité, car sinon on oublie notre objectif principal. »

« Il faut être fort psychologiquement et rester toujours positif, puisqu’il faut être en permanence un soutien moral pour ses collaborateurs. Il faut rassurer son équipe en cas d’échec pour lui permettre d’avancer. »

Son bref message pour tous les jeunes du monde entier

Elle appelle à une nouvelle solidarité entre les jeunes du monde entier qui dépasse le cadre institutionnel de coopération internationale classique. « La solidarité entre les jeunes apporte énormément d’idées. Il faut créer des ponts entre tous les jeunes acteurs du monde entier pour favoriser le partage d’idées. Que les solutions locales pour adresser une problématique globale soient partagées et applicables dans d’autres pays. »






comments powered by Disqus