C'EST LE CARNAVAL DES FLEURS EN HAITI!

Publié 29 juillet 2014 Avatar Nephtaly Andoney Pierre-Louis

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Le carnaval est la fête la plus populaire en Haïti. Depuis des décennies nous nous accordons nationalement trois jours de festivité chaque année durant lesquelles toutes les couches de notre société se mêlent pour se défouler, danser, chanter aux rythmes des plus grands ténors de la musique Haïtienne. Nous pouvons assister aussi durant cette période aux défilés de nos bandes masquées, de nos « bandes à pieds », de nos danseurs folkloriques. Cet évènement a toujours été une ouverture internationale sur notre culture et constitue une attraction touristique pour notre pays.

En 2011, le carnaval allait prendre une nouvelle tournure avec l’arrivée du président Michel Joseph Martelly au pouvoir. Notre chef d’état a pris deux décisions innovantes en ce qui a trait à la tenue de ces festivités pour le grand plaisir de beaucoup d’haïtiens. D’une part, jusque-là toujours tenu à Port-au-Prince, l’évènement est maintenant transféré chaque année vers une ville différente du pays. Et d’autre part, pour ne pas délaisser la capitale, notre président a eu l’idée de revenir avec une ancienne tradition très connue sur l’époque de la dictature des Duvalier, le carnaval des fleurs. Ainsi pour la troisième année consécutive, notre gouvernement nous accorde deux périodes carnavalesques. Une première qui se déroule au cours du mois de mars, dans une ville sélectionnée par le président et la deuxième au dernier week-end du mois de juillet, à Port-au-Prince.

Pendant que la majorité d’entre nous profitent actuellement de cette 3eme édition du carnaval des fleurs, certains s’interrogent sur l’apport réel du carnaval pour Haïti de nos jours et sur la nécessité d’en avoir deux par ans. Pour eux, le gouvernement aurait dû avoir d’autres priorités par rapport aux besoins de notre pays plutôt que de dépenser des millions dans des « bamboches populaires » pendant l’année qui ne seront en rien profitables pour le pays. Pour l’économiste Eddy Labossiere, tenant compte du volume de la consommation des produits importés en Haïti, l’investissement fait pour le carnaval n’aura aucun impact sur la croissance de notre économie.

A en croire la ministre de la culture en Haïti, Mme Monique Rocourt, le budget des festivités tournent autour de 90 millions de gourdes (prêt de 2 millions USD). Dans une lettre adressée au président de la République et signée par plusieurs de nos concitoyens, des opposants au carnaval des fleurs évoquent le fait que c’est la communauté internationale qui finance nos élections et que cet argent pourrait servir à financer nos prochains scrutins en octobre[i], afin de permettre au pays de jouir de sa souveraineté[ii]. Une souveraineté que, pour plusieurs universitaires, nous sommes en train de danser déçu car ce lundi 28 juillet nous rappelle le débarquement des marines sur le sol d’Haïti pour la première occupation américaine en 1915. Ils ne repartiront que 19 ans après soit en 1934 après le massacre de plusieurs milliers de résistants.

Le président du comité d’organisation du carnaval, M. Gregory Saba, a voulu notifier, comme par défense, que les dépenses de L’Etat ne sont que de 15% dans le budget et que le reste provenait de la grande contribution du secteur privé tout en les félicitant. Cependant les critiques reviennent à la charge pour évoquer à leur tour la réticence de ce même secteur privé à supporter des activités plus durables dans notre société comme le sport chez les jeunes. Cet investissement pourrait financer selon eux des championnats interrégionaux dans plusieurs disciplines sportives, ce qui permettrait aux jeunes de se sentir encadrer pendant l’été.

Cependant ce débat n’empêche pas que la ville de Port-au-Prince et ses 3 millions d’habitants vibrent sous les décibels des chars des groupes musicaux. La population a encore répondue présente en grande foule pour cette manifestation culturelle pour la journée de dimanche et de Lundi. Il n’y pas eu d’incident grave jusqu’à présent à part les encombrements d’habitude. La dernière journée est toujours la plus intense et la plus animée alors que la satisfaction se fait déjà sentir sur le visage des carnavaliers. Cet évènement constitue de toute manière une fierté culturelle nationale qui n’a rien à envier à celui de Rio au Brésil. Comme l’a si bien concilié M. Eddy Labossiere : «le défi majeur serait de faire du carnaval un produit-marketing standardisé qui permettrait à l’Etat et aux autres acteurs de la société de maximiser leurs revenus ».

Référence:

· http://www.alterpresse.org/spip.php?article16651

· http://www.alterpresse.org/spip.php?article16792

· http://www.alterpresse.org/spip.php?article16762

· http://www.alterpresse.org/spip.php?article16762


[i] Les acteurs politiques haïtiens engagés dans un dialogue à l'initiative de la conférence épiscopale de l'Église catholique, ont fixé au 26 octobre la tenue d'élections législatives et municipales partielles avec un retard de plus de deux ans.

[ii] Qui finance, commande. Aucun pays ne pourra organiser des élections libres et transparentes s’il ne peut pas financer ses élections. Haïti en est déjà victime.




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