Capacités d’accueil des universités publiques du Niger : y a-t-il de quoi s'inquiéter ?

Publié 6 novembre 2013 no picture Islaman Abdou

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Inscrit le 23 mai 2013
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A la faculté de médecine de l’université de Niamey, pour avoir la possibilité de suivre les cours assis et aussi entendre l’enseignant, il faut réserver sa place, dés 5 heures du matin. La plus grande salle de cours ne dépasse point 400 places pour 600 étudiants. Au même moment, 1300 nouveaux bacheliers ont été retenus pour continuer leurs études en droit, alors que le plus grand amphithéâtre de la faculté qui est d’ailleurs le seul à l’université de Niamey est de 1000 places. Pourtant, ces étudiants font parti des privilégies qui ont eu la chance d’être accepté pour cette année académique. Alors que toutes les 4 universités publiques de notre pays offrent 3000 places aux nouveaux bacheliers, ce sont plus 15 000 demandes d’inscriptions qui s’étaient présentées à elles annoncent plusieurs médias locaux (la majorité des bacheliers font des demandes d'inscription dans au moins 2 facultés). Si les résultats du bac 2013 ont été satisfaisant, ce diplôme risquerait d’être le dernier pour certains d’entre eux, ce, en dépit de leur désir de continuer les études. Car, les capacités d’accueil de nos universités ne permettent pas de les retenir tous. En effet, Niamey, qui est la grande université, a reçu 8763 demandes dans les 5 facultés que compte cet établissement (Faculté d’Agronomie, Faculté des Sciences de la Santé, Faculté des Sciences Économiques et Juridiques, Faculté des Sciences et Techniques, Faculté des Lettres et Sciences Humaines). 6143 ont été approuvées et 374 sont sur la liste d’attente a annoncé le ministre des enseignements supérieurs lors d'un point de presse. Mais, auparavant, des Chiffres plus alarmant ont circulé : A Maradi, pour les 440 places de disponibles, 1700 bacheliers ont formulé une demande. Tandis que à l’université de Tahoua, 600 places sont disponibles pour 1300 demandes. A 900 Km de la capitale, l’université de Damagaram ne peut retenir les 1200 demandes d’inscriptions car ne pouvant offrir que 500 places. Le ministre lui a annonce que « aucun problème ne se pose dans les régions sauf à Niamey ». A ces problèmes vient se greffer un manque d’enseignants, le nombre d’enseignant chercheurs ne peut couvrir les besoins de l’ensemble de nos universités. A Niamey, ce sont plus de 19 000 étudiants qui sont attendus pour 200 enseignants selon les étudiants. Il faut parfois faire appel aux enseignants des universités “amies” des autres pays, comme c’est le cas par exemple de l’université de Tahoua qui sollicite parfois des enseignants de l’Université Kalavi au Benin. Enseignants et étudiants tirent sur la sonnette d’alerte. Le 6 octobre dernier, les enseignants chercheurs ont rappelé que « le nombre de demandes d’inscriptions est largement supérieur aux offres des universités du pays ». Les étudiants eux estiment que « ces nouveaux étudiants ne sont pas à la base du manque d’infrastructures, ils ne doivent par conséquent pas être victimes de cette injustice » a martelé Younoussi Abdourahamane, Secrétaire General de l’Union des Étudiants Nigériens à l’Université de Niamey (UENUN). Afin de voir tous les nouveaux bacheliers obtenir une inscription, les étudiants comptent aller jusqu’au bout. Ce sont ceux de l’université de Niamey qui ont fait les premiers pas. Après un ultimatum de 72 heures, les camarades ont décidé d’effectuer un sit-in au rectorat avant de suspendre les cours pour 24 heures. Bien que le Président de la République ait demandé à ce que tous les bacheliers soient recrutés, il semble que cette requête peine à être concrétisée. Afin de remédier à ce problème d’infrastructures, les universités sont actuellement en chantier comme c’est le cas avec celle de Niamey où deux amphithéâtres de 1000 places sont en train d’être construits.

Mais que faire avec les nouveaux bacheliers n’ayant pas été retenus ?

Dans les années précédentes, les édifices publics servaient de salles de cours. C’est l’alternative que proposent les étudiants. « le palais des sports, le CCOG et autres édifices publics pourrons être réquisitionnés en attendant que les amphithéâtres en construction finissent » a conclu Younoussi Abdourahamane.

En 2010, le nombre d'étudiants à l'université de Niamey était de 11 266, trois ans après le nombre a grimpé en flèche. Très bonne chose, une preuve que les jeunes s'intéressent de plus en plus aux études universitaires. Mais seulement, il semble qu'au cours de la dernière décennie, les autorités qui se sont succédées à la tête de ce pays n'ont pas préparé l'arrivée de ces milliers d'étudiants. C'est vrai que celles de la septième République ont lancé des projets de construction à travers toutes les universités publiques, cependant, cela n'est pas suffisant. Surtout quand on sait qu'elles se sont fixées comme objectif d’atteindre 50 000 étudiants. Parmi les amphithéâtres en construction, aucun n'excède les 1000 places. Pourtant dans certaines facultés, les étudiants d'une même section dépassent déjà 1000. Au vu de l'affluence actuelle, combien seront-ils d'ici quelques années ?

La nécessité de faire de cette question une priorité, s'impose alors, car l'émergence du Niger en dépend.

Par Islamane Abdou

Photos : Ibou, Zaneidou, universités de Tahoua et Maradi.





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