Contre l’écriture dite « inclusive »

Avatar Étudiant .
Thierry Santime
Inscrit le 10 août 2017
  • 4 Articles
  • Age 23

Ces dernières semaines, il est beaucoup question dans l’Hexagone de débats vifs et corsés entre partisans et pourfendeurs de l’écriture dite « inclusive ». Les premiers revendiquent, au nom d’un certain égalitarisme et par-dessus le marché d’un féminisme exalté, l’application d’une écriture qui serait purifiée des derniers relents d’une soi-disant domination ou primauté masculine. Face à ces « défenseuses et défenseurs » de cette forme d’écriture, se dressent les tenants du statu quo. Pour ma part, je m’inscris plutôt dans la voie de ces derniers. Je pense, toutes proportions gardées, que notre belle langue française ne devrait pas être prise en otage par des intérêts idéologiques marqués.

À mon humble avis, l’écriture dite « inclusive » rend la langue inesthétique, complexe, s’il en est et finalement indigeste. Je partage ainsi la position de l’académie française lorsqu’elle soutient : « La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité ». [1] Considérant que la langue française est déjà bousculée ou menacée -c’est selon- par l’anglicisation croissante de la société avec comme corollaire une baisse relative de son influence, la complexité que ce type d’écriture engendre risquerait de faire le lit d’une désaffection encore plus poussée envers la Langue de Molière, aussi bien par ses locuteurs que par ceux qui auraient voulu l’apprendre. Pour en avoir un aperçu concret, je reprends des exemples évoqués par la présidente de l’association SOS Éducation Claire Polin[2] :

« Vous aimez Proust ? Vous allez adorer ça : « En réalité, chaque lecteur·rice est quand il·elle lit, le·la propre lecteur·rice de soi-même. » (Le temps retrouvé) »

« Vous admirez Molière ? Vous allez être séduits par :« Un·e sot·tte savant·e est sot·te plus qu’un·e sot·te ignorant·e. » (Les femmes savantes)»

« Vous admirez Victor Hugo ? Vous allez apprécier : « La moitié d’un·e ami·e, c’est la moitié d’un·e traitre·esse. » (La légende des siècles) »

Je respecte amplement les idées défendues par les partisans du langage inclusif, même si je ne les partage pas. Je pense sincèrement que beaucoup aspirent à et veulent défendre l’égalité des genres et jeter aux orties ce qu’ils considèrent comme les derniers vestiges de la domination masculine d’antan. Seulement, je pense qu’ils ne mesurent pas le préjudice qui serait porté à la langue et font je dirais un mélange de genre entre militantisme citoyen, féministe ou autre et l’échafaudage d’une sorte de tentative d’OPA sur la langue française. Je suis et je demeurerai sans l’ombre d’un doute un défenseur acharné de l’égalité homme/femme et les poncifs de certains partisans de l’écriture inclusive n’y feront rien. « Qui veut noyer son chien l’accuse de rage » dit-on.

Aujourd’hui, ceux qui veulent ériger en norme l’écriture inclusive voient le mal partout, accusent la langue en sa forme actuelle d’être un élément renforçant une prétendue primauté du « mâle » et considèrent ainsi qu’il faut l’aseptiser, la purifier de ses « antiquités » qu’on ne supporte plus. Pourtant, dans l’esprit des gens, lorsqu’on dit : « il fait beau » ou « il fait chaud », ces expressions ont toujours eu une connotation ou un genre neutre. Pourquoi tout d’un coup crier haro et réclamer sans ménagement de nouvelles normes, soi-disant plus inclusives? On ne devrait pas donner une acception tronquée à des mots ou expressions pour servir des fins extrêmement idéologiques et susceptibles d’émousser l’attrait de la langue.

On devrait tous s’employer à l’avènement d’une société où femmes et hommes ont les mêmes droits et les mêmes chances de réussir, de décider, de diriger et combattre les préjugés et pratiques rétrogrades et avilissantes, aux dépens de jeunes filles et de femmes qui fort malheureusement persistent encore à l’échelle du monde. Cela demande un engagement et des actes concrets comme le soutien à la vague actuelle de dénonciation du harcèlement et des violences sexuelles, des politiques (et la mise en œuvre effective de celles-ci!) visant l’émancipation des femmes dans des régions où elles vivent encore dans des conditions de dépendance/soumission et d’arriération et veiller à ce que l’égalitarisme tant professé ne reste pas lettre morte, mais devienne une réalité. La promotion de telles initiatives permet d’améliorer concrètement le sort des femmes. Je doute que l’écriture inclusive en soit capable, sinon de brouiller la belle langue de Voltaire, Senghor et Césaire, entre autres.


[1] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1063606/academie-francaise-ecriture-inclusive-peril-mortel-langue-francaise

[2] http://soseducation.org/nos-actions/nos-petitions/non-a-lecriture-inclusive




comments powered by Disqus