Cotonou comme je l’ai vécu

no picture Djossè Tessy
Inscrit le 19 juin 2014
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Des motocyclistes avec leur casque © Roméo Tessy

Des motocyclistes avec leur casque © Roméo Tessy

De passage à Cotonou cet été, je remarque que la ville n’est pas restée aussi statique que je le pensais. Une nouvelle dynamique, des mutations dans les pratiques, bref des nouvelles diverses (bonnes ou mauvaises ?). Je vous en propose quelques-unes qui n’ont pas laissé mes sens indifférents ; des sens auparavant quelque peu soudoyés par le beau de l’ailleurs…

Le port de casque obligatoire, ça a marché ! J’ai retrouvé avec beaucoup de soulagement les taxis motos de Cotonou. Les zémidjans, comme on les appelle, m’ont beaucoup manqué. Et pourtant, j’avais longtemps sous-estimé leur boulot ! C’est normal, non ? Comme le dit un proverbe populaire, on ne connaît l’utilisation des fesses que quand vient le moment de s’asseoir. J’avoue avoir appris cette leçon à mes dépens. Le port de casque est devenu obligatoire et les forces de sécurité publique ont été chargées d’appliquer à la lettre cette mesure.

Désormais, les zémidjans sont relookés par leur casque, tout comme ces milliers de motocyclistes qui empruntent les routes de Cotonou. M’étant attaché les services d’un zémidjan, j’essaye de lui demander ce qui le motive à porter son casque désormais. Il m’explique en fait que les réfractaires sont arrêtés et amendés à 15 000 FCFA par les policiers. Mais, plus loin dans notre discussion, je me suis rendu compte que mon taximan n’a pas compris que le port de casque est nécessaire pour sa protection et non pour la gloire du policier. Pour lui, c’est Dieu qui protège. J’ai pris dix minutes pour lui expliquer le rôle du casque…je ne sais pas s’il a été convaincu. En réfléchissant un peu, je me suis dit que les chefs de culte peuvent jouer leur partition en sensibilisant leurs fidèles sur le port du casque…ça peut avoir son effet. Il reste à appliquer la mesure aux non-conducteurs encore réticents.

Attention, n’oublie pas de prendre le trafic local. C’est une recommandation à prendre au sérieux. Les forces de sécurité ne rigolent pas avec les motocyclistes. Désormais, il est interdit à ces derniers de rivaliser avec les voitures sur la route. Ils doivent emprunter le trafic local, qui rappelons-le, ne couvre pas toute la ville et n’est jamais rentré dans les pratiques. A vrai dire ce trafic n’a jamais été réellement pensé dans le plan d’urbanisation de la ville. Et comme si les cadres du ministère en charge de la sécurité routière se sont réveillés en sursaut d’un long sommeil, ils font des réformes qui ne sont pas toujours à la hauteur des infrastructures disponibles. Mais c’est déjà salutaire que les Cotonois respectent ces nouvelles règles. Qui a dit que la peur du gendarme n’est pas le début de la sagesse ?

Ebola, l’épouvantail qui fait peur. Le spectre du virus Ebola qui est chez le Nigéria voisin effraie tout le monde. Plusieurs cas ont été suspectés au Bénin sans être déclarés infectés par ce virus. La sensibilisation y est allée très fort et par tous les moyens : radio, télévision, presse écrite et réseaux sociaux. Les populations ont récupéré le mot Ebola, qui revient constamment dans les discussions. Il est au bout des lèvres. Ecrit sur des murs dans la ville. Certains sont même convaincus que le virus est là. Il n’est pas bon de tousser ou d’avoir de la fièvre par ces temps-ci à Cotonou : ça peut paraître bizarre à votre entourage. Déjà, on prend des précautions partout. Même dimanche, à l’église catholique, le prêtre n’a plus mis l’hostie sur les lèvres de ses fidèles : il a préféré la mettre dans les mains…Ebola oblige.

L’essence n’a pas bougé ! Je savais qu’un combat sans merci avait commencé contre les vendeurs ambulants d’essence ; où les militaires ont été chargés de saisir systématiquement les bidons d’essence qu’ils trouveraient aux abords des routes. Surpris suis-je de constater qu’ils n’ont pas bougé d’un yota. J’ai pris l’essence aux mêmes endroits, comme il y a un an. J’ai même le sentiment qu’ils sont devenus encore plus nombreux, avec le prix de l’essence toujours en fluctuation. Maintenant, on dirait que Yayi a laissé tomber cette affaire.

Des routes aussi défoncées. Avant de quitter la maison pour rendre visite à des proches ou faire un tour, je fais ma petite prière et je présente mes excuses à mon corps, pour les sévices qui l’attendent. Sur les routes les nids de poules sont devenus aussi nombreux que les béninois (oui, je n’exagère pas !). Quand il pleut, il est conseillé de rester à la maison. Et ces préoccupations ne semblent être de personne, en tout cas pas des gouvernants.

Yayi Boni a fait des retouches. Comme il y a un an, le président Yayi retouche son équipe. Je ne sais pas s’il veut aussi la clarté et la cohérence ou même le combat. Mais une chose est sure, Yayi a voulu un gouvernement hautement politique. Les préoccupations des béninois ne transparaissent pas dans cette nouvelle tactique. Cependant, j’ai applaudit des pieds, le « carton rouge » (bien mérité) donné à Fatouma Djibril, ex ministre de l’agriculture, pour son "crime". Je rappelle que lors d’une émission télévisée elle a laissé entendre qu’il serait possible pour Yayi Boni de briguer un troisième mandat…(ce que la constitution béninoise ne permet pas). Ça n’a plu à personne, du moins pas ouvertement. Elle a payé quel prix ? Celui du secret dévoilé ? Ou celui de la mauvaise intention du siècle ? Quant aux autres ministres replacés ou déplacés, je n’attends pas le miracle.

Mais on prie toujours autant. C'est peut être une bonne nouvelle. Il semble que le nombre de lieux de culte n’ait pas diminué. C’est un signe. Les béninois sont dépassés par tout ce qui se passe dans leur pays. Et puisqu’il faut s’en remettre à quelqu’un, ils prient. De ce fait, on dirait que le nombre de lieux de culte n’a fait qu’augmenter. Qui dit Dieu, dit mode à la béninoise. Une mode dont les ministres béninois sont les stylistes et certains religieux, leurs mannequins. Bon, si c’est la forme de remerciement qui contente le plus le président de la république Yayi Boni, why not ? Il y a une comédie qui ne trompe personne. Finalement, entre religion et politique au Bénin, il n’y a qu’un pas. Après tout, le président lui même avait annoncé qu’il serait pasteur après 2016. Wait and see !





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