En Syrie, la "ligne rouge" ne devrait pas être que chimique !

Publié 5 octobre 2013 no picture

Inscrit le 27 mars 2013
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L’évènement était de taille pour ne pas passer inaperçu ! Les médias et les autorités politiques des grandes puissances (Etats-Unis, France et Russie en tête) ne se sont pas faits prier pour en parler largement et longuement. Les discours des grands jours, avec le ton solennel qui sied, les petites interventions à grands impacts se sont succédés pour communiquer sur cet évènement. Et bien évidemment, chacun y allait un qualificatif précis.

En effet, le Vendredi 27 septembre 2013, (juste ?) quelques semaines après l’attaque chimique du 21 août 2013, le Conseil de sécurité, organe des Nations Unies ayant la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, a adopté la Résolution 2118 sur la situation au Moyen-Orient, plus précisément sur la crise syrienne. C’est la première fois, depuis le début de la crise en mars 2011 que le cet organe cœur des Nations Unies adopte une résolution. L’évènement est donc de taille !

« Profondément indigné que des armes chimiques aient été utilisées le 21 août 2013 à Rif-Damas, comme l’a constaté la Mission dans son rapport, condamnant le fait que des civils ont été tués à cette occasion, affirmant que l’emploi d’armes chimiques constitue une violation grave du droit international et soulignant que ceux qui y ont recouru doivent répondre de leurs actes », comme le précise l’un des fondements inscrits dans le préambule de cette résolution, le Conseil de sécurité a décidé à l’unanimité de ses quinze membres d’encadrer la destruction de l'arsenal chimique du régime syrien de Bachar al-Assad.

A cet effet, « l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques […] prévoit des procédures spéciales pour la destruction rapide du programme d’armes chimiques de la République arabe syrienne, sous vérification rigoureuse … »

C’est clair, le Conseil de sécurité a tapé du point sur la table ! Mais pour nous autres, c’est l’arbre qu’on veut prendre pour cacher la forêt. Depuis mars 2011, ce sont 4,25 million de personnes qui sont déplacées dans le pays, plus de 2 millions d’autres, à moitié constituée d’enfants, ont fui pour se refugier dans les pays de la région (Egypte, Irak, Jordanie, Liban, Turquie surtout). Sans oublier que ce sont plus de 100 000 mille personnes qui ont perdu la vie, notamment des enfants. Depuis mars 2011, nous sommes nombreux à demander au Conseil de sécurité d’affirmer via une résolution son engagement pour une humanité solidaire et son statut de garant des Principes universels des Droits de l’Homme. Singulièrement en exigeant le respect du Droit International Humanitaire (DIH), cet ensemble de règles qui cherchent à limiter les effets des conflits armés en protégeant les personnes qui ne participent pas ou plus aux combats et restreint les moyens et méthodes de guerre. Dans la pratique, le DIH recouvre deux domaines : la protection des personnes qui ne participent pas, ou plus, aux combats (comme les civils et le personnel médical ou religieux) et les restrictions aux armes et tactiques de guerre (qui interdit notamment les moyens et les méthodes militaires qui ne font pas la distinction entre les combattants et les civils, de façon à épargner la population civile, les personnes civiles et les biens de caractère civil). Mais depuis mars 2011, à trois reprises, le Conseil de sécurité a été incapable d’adopter une résolution pour condamner le « niveau inacceptable » de la violence qui affecte les populations . Et pourtant des chars, des avions de combats, voire même des navires de guerre (comme à Lattaquié) sont déployés et pilonnent des zones habitables et habitées. Des récentes images satellitaires ont montré la destruction quasi-entière de certaines localités et zones de la capitale syrienne. Il a fallu l’attaque chimique du 21 août 2013 pour obtenir cette première résolution du Conseil de sécurité. Loin de nous l’idée d’opérer une comparaison de mauvais goût ou déplacée, surtout sur des sujets aussi sensibles. Juste constater que trop de personnes sont mortes du fait d’armes non chimiques, face à une indifférence du Conseil de Sécurité. Pire, depuis le 21 août 2013, le débat a été polarisé autour de la question des armes chimiques, pendant que des civils continuent d’être soumis à cette violence quotidienne.

Oui, la Résolution 2118 est un signe indéniablement fort. Mais en dehors de celles chimiques, les autres armes ont et continuent de tuer des enfants, des femmes et des hommes…sous les yeux du Conseil de sécurité et du monde. Alors, devant cette situation cette résolution ne nous suffit pas. Nous ne saurons nous en contenter !


© UNICEF/NYHQ2013-0695/Diffidenti - SYRIAN ARAB REPUBLIC, 2013

© UNICEF/NYHQ2013-0696/Diffidenti - SYRIAN ARAB REPUBLIC, 2013


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