Existe-t-il une formule magique?

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Sena Ciss
Inscrit le 14 août 2017
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Photo: Smokefish / Pixabay

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Peut être au cours de votre enfance vous est-il arrivé d'avoir un ami, un camarade de classe, un voisin ou même un partenaire de jeu au parc, qui du jour au lendemain a disparu. "Il a déménagé”, “il est partit en voyage” ou plus subtilement “il est dorénavant au ciel." En fait, c'est ce que nous disaient les adultes pour nous faire comprendre qu'il s'en était allé simplement...

En grandissant on comprenait ce qui s'était passé, on comprenait que les humiliations l'avaient étouffé, que les moqueries en récréation lui étaient pénibles, que les coups de sa " gentille" tante lui étaient douloureux, que les disputes conjugales de ses parents, insurmontables. Et on se demandait pourquoi?


Pourquoi nous n'avions pas remarqué? Pourquoi nous n'avions rien vu?

Je pensais naïvement qu'il existait une formule magique pour savoir si quelqu'un est triste. Et parce qu'on était des enfants, notre innocence nous empêchait de faire face à la cruelle réalité du monde: tout n’était pas beau, tout n’était pas bien. Sans doute que les adultes savaient la formule. Et qu'il doit exister une potion quelque part qui effacerait toute la souffrance du monde, une jolie phrase qui une fois prononcée allait arrêter les violences faites aux enfants.

Et si seulement je le savais j'aurais fait sourire beaucoup d'amis, beaucoup de personnes. J'aurais retrouvé Aissata pour qu'elle puisse continuer avec nous.

Aissata était une camarade de classe en primaire qui a finalement abandonné les études, car elle n'en pouvait plus. Oui elle n'en pouvait plus : c'est la seule explication plausible que j'ai trouvé. Maltraitée chez elle, elle n'a pas pu trouver assez de réconfort parmi ses partenaires à l'école. Au contraire, elle a été montrée du doigt car ne s'intégrant pas au groupe. On n’a pas pu voir sa souffrance. Pourtant elle nous parlait à travers son comportement mais on ne comprenait pas les signes. Que pouvais je faire? J'étais une petite fille et je n'avais pas cette formule. Il me fallait grandir.

Et j'ai grandi........

Et je n'ai pas encore la formule magique. Car il y a quelques jours j'ai enterré un ami, un confident. Il s'en est allé sur la pointe des pieds me laissant les mêmes questions. POURQUOI? Pourquoi je n'ai rien décelé? ET ironiquement, depuis lors, comme une loque humaine, je me balade entre les gens en essayant de répondre à cette question. Et personne, non plus, n'a vu. J'ai compris que ce n'était ni une question d'adulte, ni d'enfant.

Ils n'ont même pas remarqué la page blanche devant moi, que les mots refusaient de sortir, que ce billet refusait de voir le jour. En cet instant, j'ai réalisé, moi qui allait me résigner à accepter que cette formule magique n'existait pas, que c'était l'indifférence.

La triste réalité est que nous sommes devenu indifférents à tout et que nous transmettons malheureusement cela à nos enfants. Si nous apprenions à nous soucier de tout un chacun, à plus être sensibles et plus concernés sur la chose humaine, on remarquerait cette fille qui est harcelée, cet enfant battu, cet autre humilié. Si on ne se limitait plus qu'à notre petite personne et si notre indignation n'était plus que sur les réseaux sociaux, on pourrait mettre fin à tout ceci, on pourrait mettre fin à temps à la violence faite aux enfants.






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