Incivisme dakarois ou la théorie de la désobéissance organisée

Publié 21 janvier 2014 no picture Amon Remy Mallet

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Ces signes n'ont aucune signification pour la majeure partie des piétons dakarois

Ces signes n'ont aucune signification pour la majeure partie des piétons dakarois

Une femme courant sur un passage clouté finit par ralentir quand le chauffeur dans la voiture s’arrête en lui indiquant qu’elle peut traverser. Elle lui fait un signe de main en guise de remerciement. Le dernier hoche la tête. Pourquoi cette dame courait-elle et s’enfuyait-elle devant son droit ? Pourquoi a-t-elle remercié le chauffeur qui n’était pas dans ses droits ?

Ces questions, dont j’avoue ne pas avoir de réponses, méritent cependant d’être posées. Concernant la circulation dans la ville de Dakar, il semble que les codes qui la régissent seraient méconnus, donc pas respectés. Ou connaissant ces codes, on a réussi à trouver des consensus permettent de ne pas les respecter mais de continuer à rouler. Ce qui nous met dans une spirale de la désobéissance. Mais à la différence d’une désobéissance ignorée, celle-ci est organisée.

J’en veux pour preuve, les feux de signalisation. Dakar est une ville où il ne manque pas de feux de signalisation. Mais cette aussi une ville où on ignore, bien volontairement, leurs présences. Ainsi donc, il est fréquent de voir des chauffeurs de transports en commun, et bien d’autres d’ailleurs, griller le feu, de façon toute naturelle.

Dans le cas de de transports en commun, les passagers ne se plaignent pas souvent du manquement du chauffeur. Etant pressés, ils ne se soucient des conséquences d’un feu grillé sur leur propre sécurité.

Je continue toujours à me poser des questions sur la présence systématique de policiers dans certaines grandes artères de la capitale. Des artères qui pourtant regorgent des feux de signalisation. C’est moins la présence des policiers qui dérange que le rôle qui leur est assigné. Réguler la circulation pourtant l’automatisme des feux de signalisation devrait en principe tout régler est aberrant. Jouer les chiens de garde pour sanctionner les manquements de certains chauffeurs face aux feux de signalisation serait plus approprié comme méthode. Du moment on n’en ait pas encore à la responsabilité individuelle de chaque chauffeur dakarois, cette solution serait temporairement envisageable.

L’incivisme se retrouve aussi chez les piétons de la capitale sénégalaise. La mise sur pied des nouveaux feux de signalisations semblent ne pas les concerner. Où savent-ils qu’autant le chauffeur se doit de respecter les feux de signalisation, autant il y a des feux de signalisation les concernant.

C’est tout à fait marrant de voir que, pour traverser la route on regarde plus à côté que devant soi. La règle voudrait bien le contraire. En tant que piéton, le feu de signalisation nous indiquant le moment de traverser est placé bien en face. Est-ce de leur faute s’ils n’en connaissent pas l’usage ? Mais même ceux qui en connaissent préfèrent se référer à l’automobiliste pour pouvoir traverser. C’est bien la théorie de la désobéissance organisée qui revient.

Le dernier point qui me semble utile d’aborder est l’indiscipline vis-à-vis des ponts destinés aux piétons. Face au refus de nombreux passants de les emprunter, les autorités ont décidé une astuce contraignante. Mais, c’est sans compter sur l’incivisme des dakarois. En effet, des barres de fer ont été posées pour diviser les grandes artères avec la présence de passerelles pour piétons. Les dakarois semblent avoir vu d’un mauvais œil l’arrivée de cette nouvelle infrastructure visant à les empêcher de traverser directement la voie. Ainsi donc, ces barres de fers, pour la plupart ont été endommagées volontairement par certains piétons. Par exemple, c’est le cas devant le Cices où à quelques encablures d’un poste de gendarmerie, une énorme ouverture a été créée sur ces barres de fers, le pont étant à quelques mètres de là.

Les exemples de cas d’incivisme sont légions. Baignant dans une paresse généralisée, il faut toujours attendre le pire pour prendre des mesures adéquates. Même quand le pire se produit (exemple du bateau le Joola), on pêche dans phase de suivi. Personne ne viendra nous appendre le civisme à notre place. Le civisme commence par soi-même et non l’Etat. Sinon à quand l’heure du bâton ?


Rémy MALLET

Journaliste - Blogueur


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