Internet : les enfants pris dans la toile ?

no picture rodrigueVOY
Inscrit le 9 mai 2011
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Internet. Voici un mot qui provoque rarement aujourd’hui un silence admirateur des amis quand on le prononce. Il y’a encore quelque années son accès semblait faire référence au luxe, à un signe extérieur de réussite sociale sous le soleil africain. Mais depuis peu, internet est devenu, comme la possession d’un téléphone mobile, un service auquel ont accès ou sont susceptibles de l’être un nombre non négligeable de personnes. Les cybercafés pullulent dans les différents quartiers, non plus seulement dans les grandes agglomérations, mais aussi dans les villes de la province et bien souvent dans des sous-préfectures. Ajouté à cela, le coût a été considérablement réduit au point qu’on paye généralement moins pour trente minutes de connexion internet que pour deux minutes d’appel téléphone local sur un réseau donné dans une cabine.

Ceux qui animent ces cybercafés, lorsqu’ils n’ont pas la connexion à la maison, sont essentiellement des jeunes et des enfants. Pouvait-il en être autrement ? Nous ne pensons que non car utiliser internet suppose maîtriser un peu l’ordinateur lui-même. Et ce sont les jeunes et les enfants d’aujourd’hui, la génération des nouvelles technologies, celle qui a eu un meilleur accès à l’école, celle qui n’a pas vraiment connu la seule chaîne à la télévision mais plutôt les chaînes câblées, celle donc qui a eu un accès plus facile à l’ouverture sur le monde et ses différents démembrements, qui peuvent réellement conduire la dynamique de l’accès à internet. L’avènement des réseaux sociaux (Facebook, Badoo, Hi5, … pour ne citer que quelques exemples) est venu encore booster le nombre de "pratiquants" de la religion "internet".

Ils sont nombreux ces adolescents et ces enfants qui ont créés des profils sur ces différents réseaux, certains en ont un sur au moins deux ou trois différents, pour normalement partager leur photos, se faire des "amis" ou des correspondants, exprimer leurs humeurs, …. Tout le monde se plonge dans cette aventure, et même les enfants et jeunes des classes sociales les moins favorisées ne se font pas prier. Cet intérêt pour internet est si poussé que nous sommes certainement nombreux à avoir assisté à ces scènes de jeunes, généralement des filles, analphabètes qui se sont fait créer des profils et qui, lorsqu’elles viennent consulter avec leur "aide internet", posent en permanence cette importante question : « il doit quoi ? ».

Pour beaucoup de ces enfants et adolescents, il était difficile de ne pas y être. Comment résister à l’idée de ne pas créer son profil sur un réseau social lorsque quasiment toute la classe, tous les amis du quartier y sont, participent à une véritable lutte pour être celui ou celle qui aura le plus d’amis où les photos les plus attirantes et qui sont fiers d’en parler ? Ne pas s’y inscrire c’est comme se mettre en marge de la société, s’isoler. Mieux, l’inscription sur les réseaux sociaux est devenue un effet de mode, voire une nécessité dans cette époque où le m’as-tu-vu et l’apparence comptent, et où les jeunes africains, à force de copier et de vouloir vivre la vie de leurs pairs européens ont fini, de notre point de vue, par dépasser ceux-ci en la matière.

Et pourtant, comme la toile tissée par l’araignée, internet est un véritable piège, un nid de dangers pour ceux qui l’utilisent sans être conscients de ce fait, ou en n’étant pas suffisamment encadrés lorsqu’ils sont plus jeunes. Le site e-enfance relève un certains nombres de risques auxquels s’exposent principalement les plus jeunes. On a par exemple l’exposition involontaire à des images choquantes, la divulgation des données personnelles (nom, prénoms, adresse, école, …) et les pressions psychologiques de la part de personnes malintentionnées. Malheureusement, la mesure prise par les gestionnaires des réseaux sociaux d’autoriser l’inscription de toute personne à leur plateforme généralement à partir de 13 ans n’est pas efficace.

Un article paru dans le Washington Port (article en anglais) montre qu’un récent sondage réalisé par un magazine a révélé qu’environ cinq millions d’utilisateurs de Facebook aux Etats Unis ont moins de dix ans et deux millions cinq cent mille autres inscrits ont entre onze et douze ans. Ces jeunes internautes sont inscrits sur d’autres réseaux où ils donnent des indications sur leur lieu d’habitation et deviennent amis avec des inconnus sur des sites de jeux. L’auteur de ce article notre que « cela fait beaucoup de liberté pour des enfants qui ne peuvent pas s’assoir à l’avant de la voiture ou aller à l’école avec un ami sans avoir obtenu la permission de leur parents ». C’est certainement trop de liberté du point de vue des défenseurs des enfants et de certains députés américains. Ceux-ci exercent d’énormes pression sur les différentes compagnies afin qu’elles travaillent à empêcher les enfants d’avoir accès à ces sites et souhaitent la création de règles fédérales qui pourraient limiter les capacités de collecte des données concernant les enfants par ces sites.

Une autre enquête, dont des résultats ont été publiés dans le journal Le monde a été réalisée en Europe et a ciblé plus de vingt-cinq mille enfants de neuf à seize ans. Elle montre que l’âge moyen d’accès à internet tend à diminuer dans les différents pays : sept ans en Suède, entre huit et neuf ans en France. Cette enquête montre que ces enfants sont exposés à des contenus choquants (message de haine ou traitant de la drogue, du suicide, de l’anorexie), ou au harcèlement en ligne. Les résultats de cette enquête montrent que si les parents ont tendance à surestimer le traumatisme que peut générer un contenu choquant, ils sous-estiment largement les types d'expérience qu'ont pu connaître leurs enfants. Ainsi, 40 % des parents dont les enfants ont vu des images sexuelles pensent que cela ne leur est pas arrivé, et ce chiffre monte à 56 % pour les destinataires de messages agressifs.

Les parents de ces internautes sont bien souvent dépassés par toute cette technologie qui leur semble venir d’un autre monde. Ce sont même souvent leurs propres enfants qui leur expliquent le fonctionnement de l’outil informatique, de ces réseaux sociaux et qui les assistent dans bien des cas dans la mise en place des systèmes de contrôle parental. Comment peuvent-ils réellement contrôler les opérations de ceux-ci lorsqu’ils sont connectés ? Quant est-il de la situation en Afrique ou dans les pays du tiers monde ? Peu d’informations sont disponibles alors qu’on sait que ce sont des zones où le contrôle et la traque des délinquants du net, particulièrement les délinquant sexuels, ne sont vraiment pas une préoccupation ou sont classées après le problème de l’accès à l’éducation de qualité des enfants et des jeunes, celui d’offrir des soins de santé primaires aux populations, celui de résoudre le problème de pauvreté et de sous-alimentation qui frappe souvent la moitié d’entre elles, de créer des opportunités d’emploi pour quasiment la moitié des jeunes diplômés ou en âge de travailler qui attendent au chômage, de régler les conflits intercommunautaires ou sources de protestation nées de l’injustice sociale, ….

Toutefois, il n’est plus à démontrer que certains cybercafés, pas nature incompatibles avec les systèmes de contrôle et de censure, sont de véritables clubs pornographiques et où des enfants jouent à des jeux d’une extrême violence sans le contrôle de qui que ce soit. Mieux, cette grande liberté pousse beaucoup à mettre sur leurs profils des photos osées et ne les empêche pas à visiter des sites de discussion ou de rencontres pour adultes.

Que faire ? Il apparait clairement que la solution n’est pas si simple. Et le porte-parole de Facebook, Andrew Noyes, dans l’article du Washington Post dont nous faisions mention plus haut, le dit si bien : « De récents rapports ont mis en avant la difficulté de la mise en œuvre de restrictions sur l’âge d’accès à internet et montré qu’il n’existe pas une seule solution qui pourrait permettre de s’assurer que les jeunes enfants ne contourneront pas ces restrictions ou qu’ils ne mentiront pas sur leur âge ».

Mais nous croyons qu’un début de solution, comme le note si bien e-enfance en plus de nous proposer quelques outils de protection, serait que les parents jouent un rôle plus grand : les enfants ont besoin d’être guidés et d’être accompagnés. Cela n’exclut les responsabilités des gestionnaires des réseaux sociaux et sites internet, les éducateurs et l’Etat, sans oublier les jeunes eux-mêmes. Une éducation sur les différents risques pourrait être pensée.

© UNICEF/NYHQ2009-1768/Susan Markisz




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