Interview, Cédric Ouanekpone "En tant que jeune, donner l’exemple est la première chose à faire"

Publié 27 juillet 2014 no picture Baba

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- Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Cédric Patrick Le Grand OUANEKPONE, Je suis né le 08 mars 1986 à Bangui, j’ai actuellement 28 ans. Je réside à Fatima dans le 6ème arrondissement de Bangui. Je suis étudiant en 7ème année de médecine à la faculté des sciences de la santé (FACSS) de l’université de Bangui. Je suis également le président du Club RFI Bangui FONONON qui est une association culturelle et éducative en milieu jeune. J’ai fondé également en 2007 l’UASCA (Union des Anciens Séminaristes Carmes) qui est une association réunissant des jeunes anciens séminaristes autour des valeurs humaines. Je suis enfin co-fondateur et vice président des ONG JFDDH (Jeunes et Femmes pour le Développement et les Droits de l’Homme) et FEED (Femmes et Enfants pour l’Environnement et le Développement).

- La République centrafricaine traverse depuis plusieurs mois, exactement le 12 décembre 2012, une tragédie. Quelles sont, selon vous, les causes profondes de cette crise qui est loin d’être terminée ?

Permettez-moi tout d’abord de saluer la mémoire de tous ceux et celles qui ont perdu la vie dans cette indescriptible tragédie. Les causes profondes de cette tragédie sont légion et réelles, même les experts ne sauraient donner une liste exhaustive. A mon humble avis, tout cela est parti d’un conflit structurel. En effet, une partie du territoire a été pendant longtemps délaissée, abandonnée à la merci des prédateurs de tout genre par les pouvoirs qui se sont succédés à la tête du pays avec en toile de fond la pauvreté et le sous-développement. Manque d’écoles, d’infrastructures routières, de cadres (enseignants, médecins…) dans certaines parties du pays sont une bien triste réalité que personne ne peut nier, tout comme la gestion clanique auréolée de népotisme, de corruption et de gabegie des régimes antérieurs.

-Toi qui es chrétien, que dis-tu aux personnes qui continuent de clamer haut et fort qu’il s’agit d’un conflit intercommunautaire en Centrafrique?

C’est archi faux. J’ai beaucoup de respect pour les médias car j’ai toujours considéré cela comme le meilleur métier du monde. Malheureusement, j’ai été horriblement choqué par cette campagne médiatique autour d’un prétendu conflit interreligieux qui a fini par devenir un endoctrinement pour la majorité analphabète du pays. Je comprends que la RCA a toujours été méconnue du reste du monde depuis l’empereur BOKASSA, méconnue même de la plupart des journalistes qui sont arrivés pendant la crise et je sais aussi que parler de la crise de cette manière tout comme parler du pré-génocide est peut être l’un des moyens forts pour attirer l’attention et obtenir des résolutions.

-En tant que jeune, qu’est-ce que tu as fait ou que tu comptes faire pour participer à la résolution de cette crise ?

En tant que jeune, donner l’exemple est la première chose à faire. Dans notre situation actuelle, il n’y a plus de temps pour hésiter ou épiloguer, il faut agir concrètement à chaque minute de chaque jour. Ne pas s’investir dans les manigances qui tendent à élargir le fossé et à éloigner la paix. Ne pas céder à la manipulation et à la corruption de l’innocence. Diffuser des ondes de paix autour de soi. J’ai d’abord mis ma connaissance médicale au service des patients dans les sites de déplacées sans discrimination, même à la mosquée du KM5 (où j’ai accompagné à deux reprises une ONG musulmane, Miséricorde, pour consulter des malades et leur administrer des soins) et vous savez qu’en soignant vous écoutez et vous communiquez aussi, une occasion souvent idéale d’envoyer des ondes de paix. Ensuite, au niveau du Club RFI, j’ai organisé une session de formation sur « la participation de la jeunesse à la résolution pacifique des conflits » où une cinquantaine de jeunes responsables dans leur lycées et facultés ont bénéficié d’une formation sur la communication pacifique, la non violence, la vérité, la justice, le pardon et la réconciliation avec une phase pratique sur un site de déplacés internes.

-Lors de la journée Internationale des Refugiés le 20 juin dernier, votre association le Club RFI Bangui FONONON a organisé en collaboration avec ses partenaires, une manifestation culturelle qui a vu la participation de centaines d’élèves et d’étudiants. Quels ont été les partenaires ? Et quels messages voulais-tu passer à travers cette activité ?

Il s’agit d’un concours de création artistique (dessins, textes, poèmes…) que nous avions organisé le 20 juin dernier en partenariat avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés autour du thème : « Une seule famille déchirée par la guerre, c’est déjà trop ». Les messages étaient simples. D’abord, permettre aux jeunes élèves et étudiants de compatir et de témoigner leur soutien aux réfugiés et déplacés prouvant ainsi que la jeunesse n’est pas insensible à leur douleur. Ce qui n’est pas faux car 2 participants sur 3 des 212 candidats étaient eux aussi des déplacés ou des réfugiés, du moins ils l’ont été quelques mois plus tôt…

-En tant que jeune qui a beaucoup milité dans les associations, penses-tu que la jeunesse centrafricaine est manipulée dans ce conflit? Si oui, quels conseils donnes-tu à ces jeunes?

Oui, il est clair, net et limpide que la jeunesse a été manipulée, instrumentalisée au service des intérêts égoïstes. J’ai été très malheureux de voir combien les gens ont osé profiter de l’ignorance et de la misère d’une jeunesse sans défense et abandonnée à elle-même, sans repère ni modèle à suivre. Il ne faut pas aussi minimiser la colère et la haine de ces jeunes qui ont voulu coûte que coûte venger parce qu’ils ne savaient pas pourquoi on leur en voulait tant alors qu’ils n'étaient aussi que des victimes. Je dirai à la jeunesse centrafricaine de se ressaisir, d’identifier ses forces et de recenser ses faiblesses pour y travailler et aller de l’avant car l’avenir du pays ne dépend que de nous. Ne soyons pas candides car personne ne nous sauvera de cette situation si ce n’est nous-mêmes et nous avons déjà expérimenté combien les forces manipulatrices sont incapables de sécréter le bonheur. La faiblesse patente des forces internationales présentes dans le pays nous le confirme suffisamment.

-Quelles sont les critères pour être un bon leader ?

Je ne saurais le dire avec exactitude. De mon humble expérience en milieu jeune, je crois qu’il faut tout d’abord être exemplaire. Les jeunes ont besoin de croire et de suivre celui qui fait ce qu’il dit, qui donne l’exemple, qui est crédible, qui prend des initiatives lorsque tout est bloqué et qui agit là où beaucoup préféreraient s’abstenir. Il y a dans cet « être exemplaire » un mélange d’honnêteté, de créativité, de détermination et de renoncement. Ensuite, un bon leader doit savoir être proche des autres, les comprendre et surtout les écouter notamment lorsque son point de vue diverge du leurs.

-Qu’est-ce que les jeunes peuvent faire pour changer le monde actuel caractérisé par les tueries, les guerres, la mauvaise gouvernance, la dictature, l’analphabétisme, le chômage endémique, …

La première chose c’est de prendre conscience et de bien se former car sans formation ni professionnalisme, rien ne peut changer. En effet, l’amateurisme est pour beaucoup dans la plupart des échecs du moment surtout dans les pays en voie de développement. Ensuite, les jeunes doivent se réapproprier la valeur de l’être humain qui doit être au centre de toute décision et de toute action. Le déclin du monde d’aujourd’hui est dû aux calculs d’intérêts, géostratégiques et à l’appât du gain. La dignité, le respect de la personne ainsi que le développement humain intégral sont sacrifiés au profit des avancées économiques et des intérêts lugubres quitte à bouleverser la quiétude de la planète. C’est là où nous les jeunes d’aujourd’hui devons proposer des alternatives concrètes.

- Quel est le dirigeant du monde pour lequel tu veux ressembler ?

Nelson MANDELA sans aucun doute ! En effet, Madiba est pour moi le meilleur dirigeant que le monde en général et l’Afrique en particulier, aient connu. En effet, il a su transcender les considérations personnelles, égoïstes, claniques et vindicatives que tout le monde aurait jugé légitimes pour ne faire valoir que l’intérêt national même si en le faisant il a dû consentir encore plus de sacrifices au-delà de ce qu’il a déjà subi. Il a prouvé à suffisance que tout le monde n’a toujours pas raison et qu’on a le droit de voir les choses différemment pourvu que l’intérêt d’un plus grand nombre possible compte.


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