Je suis témoin de la violence

Publié 27 mai 2014 no picture saadia_connecte_maroc

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Inscrit le 2 février 2014
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Je m’appelle Saadia JABOUNE j’ai 21 ans je suis mes études à l’école Normale supérieure à Tétouan Nord du Maroc ; comme tout enfant marocaine j’ai étudié dans des écoles publiques, 6 ans à l’école primaire ANASR à Agadir, 3 ans au collège "20 août", 3 ans au lycée Mohamed ZERKTOUNI à Agadir; durant cette période j’ai subi beaucoup de violence parfois physiques et souvent psychiques.
Aujourd’hui, j’ose écrire ces lignes pour rendre l’invisible visible et lutter contre ces violations illégales qui étaient pratiquées sur moi et sur les générations précédentes et qui seront sans doute pratiquées sur la génération suivante si nous ne mettons pas fin à ce phénomène.

Mes parents m’inscrirent dans un M’SID pour apprendre le Coran à l’âge de 5 ans, le FAKIH m’a donné un panneau de bois qui comportait quelques versets du Coran écrits à l’encre naturelle et un stylo fait de roseaux. Avant de quitter le M’SID et après la révision de versets chaque enfant devait aller devant lui pour lui montrer ce qu’il a appris et ceux qui faisaient des erreurs étaient pincés sans pitié par l’enseignant des cours Coraniques.

Au primaire les maîtres et les maîtresses quittaient la classe pendant une longue durée pour discuter sirotant des tasses de thé, pendant qu’un élève nommé le responsable de la classe nous gardait jusqu’à l’arrivée du professeur, il lui préparait une liste des prénoms des élèves qui avait parlé durant son absence. Le professeur prenez son batton OU un morceau de tuyau et frappait tous les élèves qui étaient dans la liste, pas mal de fois j’étais parmi eux. L’une des maîtresses qui nous enseignait à la 3ème année utilisait même le courroie de moteur mouillé avec de l'eau salée pour torturer les élèves et parfois elle mettait les papiers de la poubelle dans leurs bouches.

Nous avons subi plusieurs types de violences psychiques aussi, quand l’un d’entre nous commettait une faute le maître lui ordonnait de se mettre debout devant le tableau et demandait aux élèves de se moquer de lui ou bien de se mettre debout jusqu’à la fin de la séance sur un seul pied en mettant ses mains sur sa tête. À la 3ème année primaire un maître mettait tout élève qui commettait une faute soit sous son bureau soit dedans l’armoire des livres pendant une longue durée avant de le le libérer quand cela lui plaisait.

Quand j’étais à la dernière année du primaire j’ai vécu une peur terrible à cause d’un maître de la langue arabe qui harcelait toutes les filles surtout celles qui apparaissaient plus mûres physiquement, il mettait ses mains dans des endroits de leur corps peu appropriés et si elles montraient tout signe de resistance il cherchait une simple prétexte pour la frapper avec son baton.
Il contrôlait les devoirs chaque matin après avoir rassemblé les élèves qui n’avaient pas fait leurs devoirs devant le tableau, il ouvrait toutes les fenêtres de la classe car les violences reçues empiraient avec le froid et le vent.
Puis il leur administrait la «FALAKA » c’est des coups avec le tuyau ou un baton sur les mains et sous les pieds et parfois dans tout le corps avec l’aide de quatre élèves qui retiennent le victime dans ses mains et ses pieds pour bien viser la cible et parfois le maitre fait le « FALAKA » à la victime sans l’aide des élèves mais il utilise une table qui est placée spécialement au milieu de la classe à cet effet.

Un jour, il me demanda de garder la classe pendant son absence et il prévint que s'il n’a pas trouvé aucun nom d’un élève sur le tableau il allait me frapper à leur place, et comme je n’avais aucune solution, la seule chose que j’ai trouvée était d’écrire le nom de son fils qui n’a jamais été puni devant la classe. A son retour , quand il trouva le nom de son fils sur le tableau, il n’avait pas d’autre choix que de frapper son fils.
Après la séance, j’ai été obligée de m’enfuir à toute vitesse de peur d’etre agressée par le fils.

Au lycée la violence physique a diminué et nous n’avons subi que les insultes et la répression des professeurs, et s’il existait des violations du droit interne de l’école commises par les élèves, le conseil de discipline de l'école les punissait avec des sanctions sévères qui pouvaient aller jusqu’à l’exclusion de l’élève. Pendant la période du lycée les élèves devenaient plus agressif entre eux. les séances se terminaient à chaque fois par des combats hors de l’enceinte du lycée. Ces disputes qui commençaient très petit avaient la propension de s’agrandir et des groupes se formaient empirant la situation.

D’ailleurs les élèves pratiquaient juste ce qu’ils ont appris de leurs professeurs depuis leurs enfance, ainsi l’accumulation de la violence chez eux finira par sortir et se manifester à chaque seconde de leur vie quotidienne.

Comme vous l'avez lu dans mon article, j’ai subi plusieurs types de violence ; les conséquences de ces comportements ont eu des effets négatifs sur ma personnalité, de temps en temps je pratique de la violence dans mon entourage, ainsi j’étais devenue plus nerveuse et stressée, je me querellais avec mes amies, mes frères, mes sœurs et je n’obéissais pas aux ordres de mes parents.
Les arabes utilisent un proverbe qui explique ma situation: « Le trop de quelque chose est un manque de quelque chose », c’est normal car trop de violence est un manque de la tolérance que nous n’avons pas étudiée à l’école à travers les comportements de nos leaders (les professeurs, les maitres…)? A un certain moment, comprenant que j’avais une personnalité nerveuse qui me provoquait toujours des problèmes ; j’ai pratiqué beaucoup de sport et je me suis inscrite à plusieurs clubs comme celui de football, le basketball, les course de mini-marathon, le full-contact, j'ai aussi pratiqué le théâtre et j’ai intégré le travail associatif, sans oublier le côté religieux car je suis musulmane et je respecte toutes les pratiques de l’Islam telles que la prière, le jeûn des jours de mois de Ramadan, faire l’aumône aux plus démunis.Tous ces actes m’ont rendus normale et calme ; et à travers eux j’ai étudié la culture du partage et de la tolérance.

Aujourd’hui, à chaque instant de ma vie quotidienne et virtuelle, je n’hésite pas à lutter contre la violence envers les enfants et les élèves, car elle a des mauvais effets sur la personnalité de ces derniers.

Je voudrais enfin faire passer un message à travers ce témoignage: la violence est un moyen des professeurs échoués qui n’ont pas la capacité et la pédagogie de raccorder les informations aux cerveaux de leurs élèves. L’enseignement est une profession honorable plus forte que la violence, ne gâchez pas l’esprit des futures générations, et aidez nous à lutter contre ce crime fatal.

Avec d'autres jeunes, nous avons créé un groupe Facebook contre la violence à l'école, rejoignez-nous !


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