Jeunes béninois, ce qu'ils veulent changer dans leur pays

Publié 28 juillet 2014 no picture Djossè Tessy

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Comme j’ai pris l’habitude le faire depuis un certain temps, j’ai encore ouvert mon mur Facebook aux jeunes béninois. La question sur laquelle j’ai demandé leurs avis est : « Tu es un jeune béninois, si tu devrais changer quelque chose dans ton pays, que changerais-tu ? ». Je trouve plusieurs motivations aux réponses qui me sont parvenues. D’abord, elles expriment qu’il y a malaise et que les jeunes ne trouvent pas encore satisfaction dans la manière dont les affaires publiques sont gérées. Aussi, ces réponses confirment que cette jeunesse a sa petite idée du goulot d’étranglement. Elle a conscience qu’elle peut agir pour changer la donne. Elle exclut le fatalisme et même si pour le moment, la place est au verbe, c’est tant mieux ! A mon avis, ces diverses réflexions ne se contredisent pas. Elles donnent des idées sur ce qui peut paraître important aux yeux de jeunes béninois.

Changer de mentalité. Pour Camus, 28 ans, comptable dans un cabinet privé, s’il y a quelque chose à changer au Bénin, c’est la mentalité. Pour lui, le changement de mentalité « serait le socle à un éventuel changement». Tout comme Camus, Jean-Claude, agent de bibliothèque, trouve que le changement est une priorité. Quant à Hyacinthe, étudiant lui-même, il précise que c’est aux étudiants qu’il faut faire changer de mentalité. Les béninois auraient-ils une mauvaise manière de penser ? La façon de penser du béninois et son caractère seraient contre-productif et anti-développement ?

Pour moi également, la mentalité constitue un élément important pour le développement d’un pays. Dans le contexte béninois, elle est à la base de plusieurs autres maux qui nourrissent le cercle vicieux de notre sous-développement : la corruption, le clientélisme, la bureaucratie, le fatalisme, la pauvreté sans que la liste ne soit limitative. Il reste à cultiver d’autres valeurs tels que la responsabilité, l’amour du travail et du travail bien fait, l’objectivité et le sérieux afin d’envisager des pistes sérieuses pour en sortir. Le changement de mentalité serait un long processus pour déconstruire des manières de faire d’antan, manières de faire qui aujourd’hui encore prouvent toutes leurs limites. Même si ce chantier n’est pas impossible, Fortuné, guide de musée, reconnaît qu’il sera quand même « difficile » de changer les mentalités.

Lutter contre le fatalisme. Nadia, juriste, lutterait contre le fatalisme car, pour elle, « il n'y a pas pire que de penser que l'on ne peut rien changer. On peut tous à notre échelle faire quelque chose... » Elle remet en cause la conception de certaines personnes, selon laquelle leur vie se réalise par le hasard, le destin, et que tout n’est possible, tout arrive et tout sera que parce que le destin l’a voulu ainsi. Dans cette manière de concevoir la vie, l’existence, aucun changement ne serait possible. On fermerait les universités, les centres de recherches et on assumerait ce qui nous arrive…par le destin. Heureusement que rien ne se passe comme cela.

Changer l’éducation et le système éducatif. S’il y a une chose que Christian, 33 ans, gestionnaire de projets, souhaite changer, c’est l’éducation. C’est la même ambition qu’a Folashadé, 21 ans, étudiant en agronomie. Dans son intervention, ce dernier n’hésite pas à indiquer le modus operandi pour y arriver. Selon lui, le cercle familial constituant le maillon le plus petit de la société, il est un fleuron pour « inculquer aux enfants, un nouveau système de pensée, basé sur la culture des valeurs morales telles que le travail bien fait, le respect, l’engagement pour des causes nobles ». Ces valeurs me semblent effectivement avoir aujourd’hui désertés les pratiques. Si Folashadé met l’accent sur la culture des valeurs, Carhel, quant à lui, insiste sur l’amélioration du système éducatif béninois. Ce système dont lui et moi sommes l’un des fruits, tout comme plusieurs jeunes, qui aujourd’hui sont confrontés aux problèmes de chômage connaît ses limites… Il faut reprocher à ce système éducatif, la vétusté des curricula de formations. Aujourd’hui, ceux-ci ne correspondent pas aux défis de développement que le Bénin doit relever. Des mesures ont été prises notamment pour aller vers la gratuité de l’école. Elles apparaissent comme une goutte d’eau dans la mer avec leur insuffisance et parfois, l’impertinence avec laquelle elles sont compatibles

Changer la classe politique. C’est que changerait Djidjoho. Il estime que depuis les indépendances, cette classe politique n’a que peu apporté au développement du pays, privilégiant ses propres intérêts. Hyacinthe préconise de la remplacer. Mais par quoi ? Cette classe politique, en manque d’inspiration, ne profiterait-elle pas des mentalités à changer ? Pour l’instant, je sais que la plupart des élections au Bénin ne sont pas gagnées sur les projets de société, mais sur la fascination de l’argent. Certains jeunes suffisamment complices de ces hommes politiques, entre dans leur égérie pour s’ériger en héros, selon l’expression totalement bidon : « être à côté de la marmite….».

Et toi, jeune du monde, que souhaites-tu changer dans ton pays ?

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