L'engagement civique pour un développement durable - Ariel Djomakon (Bénin) répond à mes questions

Publié 19 janvier 2014 no picture David C.

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Ariel Djomakon (Bénin) & Betsy Leimbigler (Canada)
 © Jeerapong C.

Ariel Djomakon (Bénin) & Betsy Leimbigler (Canada) © Jeerapong C.

D.C.: Ariel Djomakon, tu étais Observateur au 8e forum des Jeunes de l'UNESCO tenu Octobre 2013 à Paris. Quelle organisation représentais-tu?
A.D.:
Avant tout j'apprécie ta mission, car ce qu'il faut effectivement c'est une jeunesse qui soutienne la jeunesse. Pour réponse, je représentais à cette rencontre internationale notre organisation YPA Development (entend Youth Partnership & Agricultural Development) qui au regard de ses efforts a obtenu l'année dernière le statut d'observateur auprès du forum.

D.C.: Quel était le thème du Forum , Et que retiens tu de ta participation?
A.D.: Le forum il avait pour grand thème "Jeunesse et inclusion sociale: engagement civique, dialogue et développement des compétences", lequel a été décliné en trois axes à savoir l'implication des jeunes dans les politiques, le renforcement de leurs capacités, et l'engagement civique. Ce dernier axe est celui sur lequel je me suis focalisé et ai activement travaillé dans le sens du forum car je pense que l'engagement civique peut-être une solution à un certain nombre de problèmes dans un pays où il n’y a pas beaucoup de leviers et de marge de manœuvre.

D.C.: Pourrais tu mieux t'expliquer sur ce rôle de l'engagement civique?
A.D.:Je considère que l’engagement est une sorte de gisement de ressources qui ne demande qu’à être mobilisé : il y a beaucoup de gens qui voudraient donner d’eux-mêmes pour contribuer à l’intérêt général qu’on peut faire engager pour un développement sans créer de problèmes à l’environnement. Donc dès qu’il s’agit d’un projet d’intérêt général, et qu’on manque de bras motivés, on peut utiliser ce filon de bonne volonté, d’heures à consacrer aux autres.

D.C.: Mais dans presque tous les pays, l’engagement civique existe normalement. Ne devrait-on pas s’en contenter ??
A.D.: Tout d’abord une confusion qui naît des compréhensions diverses est le fait qu’on mélange dans un même bol volontariat, bénévolat, engagement civique etc. Si, l’engagement civique à ton sens est le volontariat ou bénévolat au travers d’associations nationales alors oui, cela existe partout. Mais l’engagement civique dont nous parlons est le fait pour des citoyens, jeunes, en âge adulte ou retraités de contribuer à une cause d’intérêt général sous la coordination des acteurs étatiques. Maintenant, dans les pays où la chose existe, comme c’est le cas en France ou aux US, si les pouvoirs publics allaient un peu plus loin en n’en faisant un impératif pour l’ensemble de la population, cela augmenterait de 4% par an le nombre de personnes qui s’engagent ou le nombre d’heures qu’on en consacre. Et au bout de cinq ans, on aurait augmenté de 50% le volume de l’engagement mis à disposition de la collectivité. Et bien entendu ça, ça répond à un certain nombre de problèmes

D.C.: En clair, il faut faire du service civique une obligation au sein des États?
A.D.: Ah non ! Il faut faire la part des choses. Les jeunes feront du service civique parce que c’est un plaisir pour eux de le faire, donc les y contraindre ne servirait pas à donner à ce levier, sa valeur car alors il deviendrait plutôt une corvée qu’un plaisir. Et là n’est pas l’objectif. La citoyenneté telle que nous la connaissons déjà avec des droits des citoyens et des devoirs civiques doit inclure, à mon avis, une dimension supplémentaire qui serait de donner une partie de son temps pour les autres. Alors ! Vous me demanderez comment faire ? Comme il en est sorti de notre réunion avec au cabinet de Martin HIRSCH à la veille du Forum, deux manières sont envisageables. Quand on est jeune, il s’agira de choisir de faire pendant une période de six mois son service civique ; et quand on est moins jeune, de pouvoir alors justifier tous les cinq ou dix ans qu’on a consacré l’équivalent de six mois à une cause d’intérêt général ; cela peut être un certain nombre de Samedis, de semaines ou d’un mois sur ses vacances scolaires. Parallèlement, le défi sera de convaincre les entreprises qu’une ligne « service civique » figurant sur un CV est un gage de qualité.

D.C.: Mais cela pourrait friser l’abus à travers une émergence de structures ou secteur d’activités qui ne fonctionnent qu’avec ce contrat civique. Ne penses-tu pas ?
A.D.: Oui, je suis entièrement d’accord avec toi. D’où justement la nécessité de faire accompagner cette dimension citoyenne de la politique nationale dans tout son ensemble. Il faudra par exemple fixer le nombre de volontaires par année pour une structure en fonction d’un certain nombre de paramètres comme sa taille, son secteur d’intervention etc. Ou dans le même sens insister sur le fait que les structures d’accueil ne dépassent pas, d’une certaine marge à définir, le nombre moyen de volontaires ayant travaillé avec eux sur les 3 ou 5 dernières années. Et donc de là vous conveniez avec moi qu’il faille créer une agence nationale du service civique qui elle sera un groupement institutionnel d’utilité publique chargée de coordonner tout ceci avec des ministères de tutelle compétents en la matière.

D.C.: Intéressant! Alors, pour conclure quel message fort peux-tu envoyer à la jeunesse mondiale ?
A.D.: Ce n’est pas qu’à la jeunesse mondiale qu’il faut s’adresser mais à toute la communauté internationale, en l’occurrence les Etats. Aujourd’hui, mêmes nos économistes souvent trop bien critiqués reconnaissent qu’il faut sortir de la dictature du PIB pour rentrer dans d’autres indicateurs pouvant améliorer les choses. Je pense, et tous les jeunes présents ici l’admettent, qu’un levier sur lequel on peut agir c’est l’engagement citoyen. Je trouve que la citoyenneté aurait cette dimension supplémentaire là, qu’on s’en sortirait tous mieux. Parce que la leçon de l’engagement, ce qu’il y a de merveilleux dedans c’est que plus on donne, plus on reçoit ; plus on donne plus on contribue à quelque chose qui au finish nous rend épanoui.


jeunesse citoyenneté Bénin




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