La solidarité internationale également touchée par l’austérité, selon l’OCDE

Publié 5 avril 2013 no picture Rodrigue Koffi

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Le contexte économique et financier actuel joue également sur le respect des engagements de solidarité internationale pris par les pays-donateurs, nous dit l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) qui a pour mission de promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde. Dans une récente note de presse publiée sur son site, cette organisation note que l’aide aux pays pauvres diminue à mesure que les gouvernements serrent la vis budgétaire.

En effet, « en 2012, les apports nets d'aide publique au développement (APD) versés par les membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE se sont chiffrés à 125.6 milliards USD, ce qui représente 0.29 % de leur revenu national brut (RNB) cumulé, l'APD ayant reculé de -4.0 % en valeur réelle par rapport à 2011. » L’OCDE écrit que cette réduction constatée en 2012 est la plus marquée depuis 1997, et « c'est aussi la première fois depuis 1996-1997 que l'aide se contracte pendant deux années successives. »

Nous lisons que ce contexte de réduction de l’aide publique au développement s’expliquerait par la crise financière et les turbulences dans la zone euro qui ont amené les gouvernements de nombreux pays à appliquer des mesures d'austérité et à amputer les budgets alloués à l'aide.

Mais, il serait important d’ajouter, selon nous, la relativisation postérieure des engagements pris par les politiques et autres dirigeants. C’est le cas notamment de la France qui a décidé de consacrer à peine 3,75% des revenus de la taxe française sur les transactions financières à la solidarité internationale en 2013. Ce qui est vraiment loin de l’engagement du Président français, François Hollande, d’affecter « une grande partie » de cette taxe au développement. Rappelons que la taxe sur les transactions financières (TTF) est une taxe dont les revenus devraient être dédiés au développement et à la lutte contre le changement climatique, tout en permettant de générer des revenus complémentaires pour venir en aide aux pays les plus pauvres.

Se prononçant sur cette situation, le Secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, n’a pas manqué d’exprimer son inquiétude : « il est inquiétant de constater que les contraintes budgétaires des pays membres ont entraîné un deuxième mouvement consécutif de repli du montant total de l'aide, mais je me réjouis qu'en dépit de la crise, neuf pays aient tout de même réussi à accroître leurs apports d'aide. »

L’une des zones fortement touchées par cette réduction de l’aide publique au développement est le continent africain. « L'aide bilatérale à l'Afrique subsaharienne s'est chiffrée à 26.2 milliards USD, soit une chute de -7.9 % en termes réels par rapport à 2011. L'aide au continent africain a été réduite de -9.9 % et ramenée à 28.9 milliards USD après une année 2011 marquée par le soutien exceptionnel accordé à certains pays d'Afrique du Nord à la suite du "printemps arabe. »

L’OCDE ajoute dans cette note qu’une enquête du CAD permet d’entrevoir, comme perspective, une « réorientation de l'aide vers les pays à revenu intermédiaire de l'Extrême-Orient et d'Asie du Sud et de l'Est, principalement la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Pakistan, le Sri Lanka, l'Ouzbékistan et le Vietnam, et il semble très probable que l’aide vers ces pays prendra la forme de prêts assortis de conditions libérales. » De plus, « l'[aide publique au développement] devrait en revanche stagner à destination des pays les plus en retard sur la voie de la réalisation des OMD et affichant les niveaux de pauvreté les plus élevés, comprenant des pays d'Afrique subsaharienne comme le Burundi, le Tchad, Madagascar, le Malawi et le Niger. »

C’est certainement pour cela que le Secrétaire Général de l’OCDE ajoute qu’« à mesure que se rapproche l'échéance de 2015 fixée pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, [il] forme le vœu que la tendance au redéploiement de l'aide, qui se fait au détriment des pays les plus pauvres, va s'inverser. Cette inversion de tendance est en effet primordiale pour que l'aide puisse dûment contribuer à la concrétisation des OMD. »

© UNICEF/NYHQ2009-1017/SHEHZAD NOORANI - AFGHANISTAN, 2009 © Source OCDE




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