Le Sénégal à l'épreuve de ses homosexuels

Publié 7 mai 2013 no picture

Inscrit le 7 mai 2013
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« Réunion des présidences d’alliances: criminalisation des populations cibles ». Voici l’énoncé du thème qui a fait couler beaucoup d’encre et suscité une intense polémique au Sénégal ces derniers temps. Pour la presse sénégalaise et pour beaucoup d’autres, ceux qui avaient participé à cette rencontre n’avaient qu’un seul objectif : Dépénaliser l’homosexualité. Leur méthode serait de convaincre par n’importe quel moyen les députés afin qu’une loi soit votée dans ce sens.

Si c’était vraiment leur objectif, je pense qu’ils étaient dans les bras de Morphée à bien rêver. Ils n’étaient pas dans un sommeil profond parce que ce but est inatteignable, mais plutôt parce qu’une question de ce genre ne se règle pas à huit clos. Encore moins dans ce chic hôtel situé sur la côte dakaroise où tous sont acquis à la même cause.

La problématique de l’homosexualité est souvent considérée comme une revendication de libertés individuelles, inhérente à la démocratie. Si c’est le cas, aucune acquisition de libertés, individuelles ou collectives, dans le monde ne s’est produite dans des bureaux feutrés. L’histoire nous a montré que les libertés se sont acquises à la suite de combats menés. Souvent, elles se sont arrachées après d’intenses luttes. J’en veux pour exemple, la lutte pour les indépendances, qui dans certains pays s’est faite au prix de vies humaines.

Mais au Sénégal, les « goordjigens » continuent de se cacher. Ils veulent passer comme inaperçu dans une société qualifiée d’homophobe. Ils agissent comme s’ils étaient vaincus avant le combat. Ce qu’ils doivent comprendre, c’est que dans tous les pays où cette question a connu des évolutions de conceptions, il y a avait des organisations bien structurées qui défendaient cette cause.

Mais les « djigengoors » (néologisme que j’utilise ici pour parler de femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes) comme les « goordjigens » du « ndakarrou » préfèrent se cloitrer dans des appartements de quartiers huppés espérant leur salut de supposés lobbies. Aucune association ou organisation homosexuelle, du moins pas à ce que je ne sache, ne milite pour défendre cette cause au Sénégal. On a peur, me dira-t-on. En même temps, on veut être libre. Ce paradoxe, je me défends de l’expliquer. Je ne veux pas fournir d’effort pour des gens qui n’en font pas autant.

A l’échelle mondiale, il y a le LGBT. On se demande s’il y a des sénégalais qui en font partie. Bon là n’est pas le débat. Le combat ne sera pas facile, s’ils comptent le mener bien sûr, loin s’en faut. Même dans les pays développés, cela n’a pas été de tout repos. Dans ces démocraties dites avancées, l’homosexualité a été considérée pour longtemps comme un dysfonctionnement psychique, c’est-à-dire une maladie mentale, avant que les experts ne reconsidèrent leur position. En France, ce n’est qu’en 1982 qu’une loi a été votée afin de dépénaliser l’homosexualité. Si aujourd’hui, ils envisagent le mariage pour tous, c’est parce que les idées ont beaucoup évolué sur la question. Les homosexuels qui défendent ce projet sont sortis dans la rue pour revendiquer ce qu’ils considèrent comme un droit. Preuve que les grandes thématiques de ce genre ne se règlent pas entre quatre murs. C’est le fruit de combats acharnés de ceux qui sont concernés et ceux qui y militent. Le Sénégal se targue d’être une démocratie avancée en Afrique, à cause des scrutins toujours organisés sans violence et du vote des femmes avant même celles de la métropole. Hélas, la démocratie ne se conjugue pas seulement au vote. C’est bien plus que cela.

L’évocation de la démocratie réveille dans les esprits l’ivresse des droits et libertés de l’homme. L’histoire de la démocratie c’est l’histoire de la conquête de ces libertés, pour ces homos qui continuent de dormir. La dépénalisation de l’homosexualité serait bien une bonne épreuve pour la démocratie à la sénégalaise, voire une équation à plusieurs inconnues. Un régime que ce pays a choisi pour accompagner sa destinée.

Rémy MALLET (http://dakaroiseries.wordpress.com)




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