Libye et Syrie : enfants et adolescents en danger

Publié 14 juin 2011 no picture Rodrigue Koffi

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Voici déjà quelques mois que le vent de la Révolution du jasmin a touché la Syrie et la Libye. Mais dans ces deux pays, ces mouvements de populations, loin de prendre la tournure de ceux en Tunisie (point de départ de cette révolution) et en Egypte, ont conduit la Libye et la Syrie dans une sorte d’impasse aujourd’hui.

Après les violentes répressions à coup d’armes lourdes et mêmes d’avions et d’hélicoptères de combat en Libye, freiné par la Résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies (instauration d’une zone d’interdiction aérienne, destruction des armes lourdes, blocage de l’avancée de l’armée libyenne), le Colonel Kadhafi résiste et ses troupes, après un moment de silence, ont repris les combats ces derniers temps. Quant à la Syrie, les nombreuses condamnations dans le monde entier, les sanctions (gel des avoirs à l’étrangers, interdiction de voyage) prises par les autorités européennes et les Etats-Unis n’ont visiblement pas l’effet souhaité vu que la répression est de plus en violente malgré la soi-disant suppression de l’Etat d’urgence par le Président Assad. Il est clair que les populations civiles sont très affectées par ces conflits qui n’en finissent pas. Et s’il y a un groupe qui est le plus affecté, évidemment à côté de celui des femmes, c’est indéniablement celui des enfants et des adolescents.

En Libye, les mouvements de protestation sont devenus très vite des groupes d’insurgés armés qui combattent avec des armes de différents calibres. Il faut donc trouver des "éléments" afin de former les "troupes" combattantes. C’est ainsi que des adolescents, et certainement des enfants, sont entraînés au maniement des armes et sont transformés en soldats de la "dignité". Une vidéo publiée sur internet début avril donne la parfaite illustration que les rebelles libyens forment des adolescents dans ce sens. Bien avant la publication de cette vidéo, l’UNICEF va attirer l’attention des uns et des autres dès mars. Dans une note d’actualité publiée sur son site, cet organisme faisait cas de rapports alarmants selon lesquels des enfants et des adolescents prenaient part aux hostilités, y compris en Libye. Au-delà du cas d’engagement direct dans les troupes, les enfants et adolescents souffrent des effets du conflit libyen.

Rebecca Fordham, spécialiste de la communication dans l’équipe d’aide d’urgence de l’UNICEF dans le pays, notait dans un article paru dans le Washington post (article en anglais) que des dizaines de milliers d’enfants ont été traumatisés par une exposition directe à la violence pendant que beaucoup ont été soit tués, soit mutilés. « Beaucoup d’enfants libyens ont été piégés dans leurs maisons, sont incapables d’aller à l’école ou de jouer à l’air libre », ajoute-t-elle. En plus de tout cela, il faut noter que les enfants et les adolescents, singulièrement ceux du sexe féminin, ne sont pas à l’abri des viols perpétrés ces derniers temps par les troupes du colonel Kadhafi qui sont soupçonnés d’avoir transformé ces agressions sexuelles en arme de guerre.

La situation des enfants et des adolescents est aussi loin d’être reluisante en Syrie. Ici, nous n’avons pas vraiment d’éléments relatifs à l’implication ou non d’enfants et adolescents dans les conflits. Cela étant certainement dû au fait que, contrairement à la Libye, l’armée du Président Bachar Al-Assad a en face d’elle un mouvement de protestation qui reste globalement constitué de civils et non de combattants armés. Toutefois, les enfants et adolescents sont manipulés dans les deux camps (partisans des autorités et manifestants) dans le cadre des messages de propagande. Bien souvent, ils prennent part aux manifestations de protestation en défiant les forces de l’ordre aux côtés de leurs parents. Parmi les nombreux morts occasionnés par ces mouvements et la violente répression, la répression barbare que proposent les autorités syriennes comme réponse, figurent des enfants.

Début juin 2011, l’UNICEF faisait cas d’au moins trente tués lors de la répression des manifestations. Un journaliste de Associated Press notait quant à lui dans un article paru le 9 juin dernier que selon les Comités de coordination locale, une organisation syrienne qui réunit des documents concernant les manifestations, au moins 72 enfants et adolescents ont perdu la vie à cause de la répression qu'exercent les autorités contre les Syriens qui réclament la fin du régime de leur président. Le même article faisait cas d’une vidéo présentant le corps de Tamer Mohammed al-Sharei, un adolescent de 15 ans, qui aurait été torturé, selon les militants syriens ayant publié cette vidéo, par les autorités syriennes. Sur le corps de cet adolescent, note-t-il, il était possible de voir ce qui semble être « une blessure par balle dans le genou gauche du corps ainsi que le numéro 12 inscrit, à l'encre, sur la poitrine. Le garçon semble avoir perdu la plupart de ses dents ». Et le journaliste d’ajouter que « cette vidéo s'ajoute à d'autres images troublantes de jeunes qui auraient été tués par la répression des autorités syriennes, images qui sont diffusées sur YouTube, Facebook et sur le site Web de groupes d'opposants ». Cette vidéo vient certainement renforcer les accusations de crime contre l’humanité à Deraa, y compris contre plus d’une dizaine d’enfants et adolescents, formulées contre les forces syriennes.

Que ce soit en Libye ou en Syrie, les combats ont entrainé et continuent de pousser beaucoup de civils, des jeunes, femmes et enfants pour l’essentiel, à quitter leurs pays respectifs de résidence habituelle. Malgré les difficultés d’après révolution, la Tunisie fait des efforts pour accueillir ces populations venant de la Libye. D’autres, essentiellement des ressortissants d’Afrique subsaharienne, font le choix de revenir dans leurs pays respectifs, venant du coup agrandir le nombre de chômeurs et fragilisant les conditions de vie de leurs familles qui bénéficiaient de leurs transferts de fonds et leurs enfants seront, pour on ne sait combien de temps, confrontés aux difficultés d’accès aux services dont ils bénéficiaient certainement dans leur vie en Libye. Cependant, ils sont nombreux qui font le choix de s’orienter vers l’Europe tout en espérant pouvoir refaire leur vie et proposer un meilleur avenir à leurs enfants.

Pour la Syrie, ce sont des milliers de femmes d’enfants pour l’essentiel qui fuient les combats et qui s’orientent vers la Turquie voisine. Ce serait entre 4600 et 7000 qui sont déjà accueillis et près de 10 000 autres attendent à la frontière.

© UNICEF/NYHQ2008-0530/Kate Brooks - Syrian Arab Republic, 2008 - Safa stands outside her home in the Jaramana refugee camp, near Damascus, the capital. Parts of the Jaramana camp are being demolished by the government to make room for city development, and many residents are being relocated to al-Husseineh, a neighbourhood southeast of Damascus.




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