Ma solidarité impuissante avec le peuple égyptien après la tragédie terroriste

no picture Ngnaoussi Elongue Christianovich
Inscrit le 7 septembre 2017
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Mon cœur ne peut s’empêcher de saigner. Mes pensées ne peuvent s’empêcher de se tourner vers ces nombreuses vies innocentes, ôtées si brutalement du monde. Nous ne pouvons et ne pourrons jamais remplacer ces disparus : ces hommes, ces pères, ces cousins, ces maris, ces enfants qui ont été arrachés à la vie.

Mon cœur ne peut s’empêcher de saigner. Mes pensées ne peuvent s’empêcher de se tourner vers ces nombreuses vies innocentes, ôtées si brutalement du monde. Nous ne pouvons et ne pourrons jamais remplacer ces disparus : ces hommes, ces pères, ces cousins, ces maris, ces enfants qui ont été arrachés à la vie.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize… quatorze, quinze. cent-vingt… cent trente, … cent-quarante… cent cinquante,… 200, 201, 230, 231.232.233.234,235…305…

Attention !

Il ne s’agit point d’un jeu mathématique comme ceux que nous pratiquions lorsque nous apprenions à compter à l’école primaire. Si chacun d’entre nous essaie de compter de 0 à 305, cela lui prendra au moins 4 minutes s’il est très rapide. Cet exercice de dénombrement est exaspérant et je sais que très peu le feront jusqu’au bout. Cet exercice, simple mais long, permet cependant de mesurer l’étendue des pertes en vies humaines, de comprendre l’étendue du désarroi du peuple égyptien, frappé, une fois de plus, par la folie meurtrière du terrorisme.

Mon cœur ne peut s’empêcher de saigner. Mes pensées ne peuvent s’empêcher de se tourner vers ces nombreuses vies innocentes, ôtées si brutalement du monde. Nous ne pouvons et ne pourrons jamais remplacer ces disparus : ces hommes, ces pères, ces cousins, ces maris, ces enfants qui ont été arrachés à la vie. Que deviendront ces femmes, désormais veuves, qui n’auront plus l’affection et la chaleur de leur mari ? Que deviendront ces enfants dont les parents ont été fatalement arraché à la vie ? Quelle douleur doivent ressentir les parents de ces 27 enfants emportés par les balles ?

Nora, âgée de trois ans, s’est difficilement endormie la nuit du vendredi 24 novembre, son père lui contait toujours une histoire pour qu’elle s’endorme. En journée, elle avait perçu que quelque chose n’allait pas en voyant sa mère pleurer. Deux amies de sa mère étaient présentes, tentant tant bien que mal de consoler sa mère qui ne pouvait empêcher les larmes de ruisseler. Nora ignore tout du terrorisme. Elle n’en a jamais entendue parler.

Khaled, cinq ans, attend toujours le retour de son frère ainé Khaled, avec qui il joue au ballon, chaque samedi, dans la rue. Ce matin, il n’est point allé jouer car Khaled, plus qu’un frère, était aussi son protecteur en le défendant toujours lors des querelles avec les enfants du voisin. Il ignore encore la nouvelle. Il ignore encore que son frère protecteur n’est plus là, mais désormais avec Le Protecteur. Il ignore qu’il devra apprendre à jouer et se rendre à l’école seul. Il ignore qu’il n’aura plus jamais à rire des farces et blagues de son frère. Qu’il n’aura plus personne vers qui se plaindre. Il ignore qu’il devra apprendre à se défendre ou à éviter les querelles. Il ignore que rien ne sera plus comme avant…

Marwa, qui s’est mariée il y a deux semaines à peine, a cuisiné avec amour du Kochari, le plat préféré de son jeune époux Mustapha. Il était toujours heureux et joyeux quand il en mangeait. Elle espérait lui faire une agréable surprise à son retour de la mosquée. Une rumeur diffuse signalait l’explosion d’une mosquée mais elle n’avait point fait le rapprochement. Elle espérait bien qu’il ne s’agisse pas de celle où son amour Mustapha s’était rendue. Elle se refusait même à penser qu’il puisse s’agir de la même mosquée. Son esprit ne pouvait envisager que son époux puisse être l’une des victimes. Elle se refusait de paniquer, sachant qu’Allah, ne pouvait permettre que cela arrive, elle qui s’était mariée tout récemment. Elle prit son calme, et pria longuement, souhaitant de tout son cœur, de tout son être, qu’un incident ait empêché son époux de son rendre à la mosquée. Rassurée après avoir prié, elle décida d’attendre patiemment son époux et se mit à faire du thé afin de s’occuper l’esprit. Oui ! Elle désirait plus que tout empêcher son esprit d’imaginer le pire. Sinon, que deviendrait-elle ? Quel avenir pour une veuve de 28 ans ? Son bonheur, elle ne le percevait qu’avec Mustapha : ils se connaissaient depuis l’enfance et elle était follement amoureuse de lui. Vers 17h, on sonna à sa porte. Elle ouvrit. C’était sa voisine Rania, dont la mine ne la rassurait guère. Sans ambages, la nouvelle tomba telle une guillotine. Son monde s’effondrait ! Elle s’évanouit…

Basma Fawzi est une sexagénaire très respectée du village de Bir el-Abed, au nord du Sinaï. Sa fierté, elle la tient de ses fils Hussein et Moctar. Le premier est l’un des rares Docteur du village à avoir séjourné pendant deux ans dans des pays occidentaux. Il est donc craint, respecté et respectable. Le second était l’unique boucher de la communauté. Toutes les femmes du coin s’approvisionnent en viande chez lui. Tous les jours, elle remercie Allah de l’avoir béni avec ses deux fils. Sa raison de vivre depuis la disparition soudaine de son mari il y a une trentaine d’année. Elle avait lutté pour parvenir à les envoyer à l’école et faire d’eux des musulmans croyants et craignant Allah. Lorsque son fils ainé, Hussein était allé en Europe, elle craignit qu’il n’oublie de respecter les principes du Coran en s’adonnant à l’alcool. Mais ce dernier était resté fidèle aux recommandations de l’Islam qu’il s’efforçait de mettre en pratique dans sa vie. La prière à la mosquée était donc pour eux une pratique rituelle et cultuelle de première importance.

Après l’appel de l’Iman, ils s’étaient plongés entièrement dans la prière. Hussein exprimait son vœu de trouver une femme convenable afin de pouvoir se marier, et ainsi satisfaire sa mère Basma qui ne cessait de le harceler depuis qu’il avait 30 ans. Elle était impatiente de voir le premier enfant de ses fils. Moctar, lui, ne se préoccupait point de mariage. Dans sa prière, il demandait la bénédiction d’Allah pour son commerce. Leur méditation fut troublée par une déflagration fulgurante qui secoua toute la mosquée. Quand Moctar ouvrit les yeux pour voir et comprendre ce qui se passait, il ne put que constater les corps déchiquetés tout autour de lui. Son regard tomba sur l’un des terroristes cagoulés qui avec un sourire sadique aux lèvres, rafalait tous ceux qui tentaient de s’échapper. Une des balles le frappa en pleine poitrine. En s’évanouissant, il ne pensait qu’à une chose : sa mère Basma ! Oui ! Après la perte de son mari, Basma allait-elle tenir le coup, si jamais ses deux fils disparaissaient ?

La petite Nora, le jeune Khaled, la jeune mariée Marwa et la sexagénaire Basma ne sont qu’un échantillon infime des dommages collatéraux laissés par cet acte terroriste dans les familles égyptiennes. Le terrorisme n’a point de visage. Le terrorisme n’a point de religion. Ensemble, disons NON à cet acte de cynisme, de lâcheté et de sadisme perpétré par ce groupuscule armé qui se revendique comme islamiste . Je ne suis point Musulman. Mais pour avoir vécu en Egypte, je sais que l’Islam prône l’amour, la paix, la solidarité et surtout le respect de la vie humaine. Ensemble, soutenons le peuple Egyptien, aujourd’hui en deuil. Ensemble, œuvrons pour l’avènement de la paix dans le monde.

ANA MASRI !





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