Mère-enfant et grossesse chez l’adolescente : aperçu général du rapport 2013 de l’UNFPA

Publié 8 novembre 2013 no picture Rodrigue Koffi

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La semaine dernière le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a publié son rapport sur l’état de la population mondiale en 2013. Intitulé "La mère-enfant, face aux défis de la grossesse chez l’adolescente", le rapport de cette agence des Nations Unies décrit une situation préoccupante dans la thématique « adolescente et grossesse » : chaque jour, 20 000 filles de moins de 18 ans donnent naissance à leur premier enfant dans les pays en développement. 9 sur 10 parmi ces naissances se ont lieu dans le cadre d’un mariage ou d’une union. Les filles de moins de 15 ans représentent 2 millions des 7,3 millions d’adolescentes qui deviennent mères pour la première fois chaque année. Ainsi, alerte l’UNFPA, si cette tendance reste inchangée, le nombre d’enfants a qui des filles de moins de 15 ans donnent naissance risque d’atteindre 3 millions l’an en 2030.

L’UNFPA précise que l’impact des grossesses chez les adolescentes va bien au-delà du seul aspect santé. Il concerne également l’éducation et la productivité. « Les adolescentes qui tombent enceintes appartiennent généralement aux ménages à bas revenu et leur état nutritionnel laisse généralement à désirer. Par ailleurs, les problèmes de santé sont plus fréquents si la grossesse survient trop tôt après la puberté. Les filles qui restent scolarisées plus longtemps risquent moins de tomber enceintes. L’éducation les prépare à l’emploi et à l’obtention de moyens d’existence, accroît leur estime de soi, relève leur statut au sein de leur ménage et de leur communauté et leur permet d’exprimer plus facilement leur opinion sur les questions qui affectent leur existence. »

« L’éducation réduit également la probabilité de mariage précoce et retarde la procréation, ce qui se traduit par une meilleure issue des grossesses. L’abandon des études, pour cause de grossesse ou pour toute autre raison, peut porter atteinte aux perspectives économiques de la jeune fille et lui fermer la porte à d’autres possibilités dans la vie. »

Dans l’avant-propos qu’il a réalisé, Dr Babatunde Osotimehin, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif de l'UNFPA, constate entre autre que « les initiatives de prévention des grossesses, campagnes de publicité ou programme de distribution de préservatifs, manquent de pertinence à l’égard des filles qui n’ont aucun pouvoir de décision en la matière. »

Ainsi, ce rapport met en évidence « une multitude de contraintes qui se conjuguent contre l’adolescente et qui accroissent la probabilité de la grossesse. Ces nombreuses contraintes agissent à divers niveaux et ont toutes pour effet d’interférer, d’une manière ou d’une autre, avec l’aptitude de l’adolescente à bénéficier de ses droits ou à décider de son avenir ». Ce sont notamment des « forces situées au niveau national, telles que les politiques relatives à l’accès des adolescentes à la contraception ou la non-application des lois interdisant les mariages d’enfants, jusqu’à celles qui interviennent au niveau individuel, telles que la socialisation des filles et la façon dont celle-ci façonne leurs croyances sur la grossesse. »

Le rapport rajoute que « les grossesses précoces reflètent l'impuissance, la pauvreté et les pressions des partenaires, des pairs, des familles et des collectivités. Et, dans de trop nombreux cas, elles sont le résultat de violences sexuelles ou de coercition. Les filles qui ont peu d'autonomie, surtout dans les mariages forcés, ont peu à dire dans les décisions relatives à la procréation. »

Dans ce contexte, l’UNFPA appelle à un véritable travail intersectoriel dans une approche holistique impliquant également les adolescentes elles-mêmes car c’est ensemble et dans la collaboration qu’on pourra lever les obstacles qui s’opposent au progrès des filles. « Ces programmes multisectoriels sont nécessaires pour renforcer les avantages des filles, en matière de santé, d’éducation et de moyens d’existence, ainsi que pour autonomiser celles-ci par le biais de réseaux d’appui sociaux et pour promouvoir leur statut chez elles, au sein de la famille, dans la communauté et dans leurs relations. »

En termes de perspectives, au-delà des mesures et actions visant uniquement au changement de comportement chez les adolescentes, ce rapport demandent de tenir de plus en plus compte d’autres facteurs comme « l’inégalité des sexes, la pauvreté, la violence et la contrainte sexuelles, le mariage d’enfants, les pressions sociales, le déni des possibilités d’éducation et d’emploi et les stéréotypes et les attitudes négatives à l’égard des adolescentes » ; sans négliger le rôle des garçons et des hommes. De plus, « il faut déployer des efforts supplémentaires pour atteindre les filles de moins de 15 ans, dont les vulnérabilités et les besoins sont particulièrement grands. Les initiatives de prévention des grossesses chez les adolescentes de plus de 15 ans ou les appuis en faveur de celles de ce groupe d’âge qui tombent enceintes et ont des enfants risquent d’être peu adaptées aux adolescentes très jeunes ou de manquer de pertinence pour elles. Les adolescentes très jeunes ont des vulnérabilités particulières, et l’on a fait trop peu pour comprendre les immenses défis auxquels elles sont confrontées et pour les aider à y faire face. »

Si nous voulons « un monde où toutes les grossesses sont désirées, où tous les accouchements sont sans danger et où tous les jeunes peuvent réaliser leur plein potentiel », comme l’indique le slogan de cette agence des Nations Unies, le Rapport 2013 de l’UNFPA sur l’état de la population mondiale doit nous pousser tous à l’action pour un meilleur avenir des 580 millions d’adolescentes que compte notre planète, dont quatre sur cinq vivent dans les pays en développement.

© UNICEF/SLRA2013-0013/Asselin - SIERRA LEONE, 2013


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