Non à l'excision

Publié 22 juillet 2014 no picture ouattara sandrine

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Notre propos débutera aujourd'hui par l'histoire de cette jeune fille, cette petite Sabine...

Cette jeune fille qui, prise dans le tourbillon d'informations erronées a pensé un jour que se faire exciser était une fierté, un honneur, un acte de bravoure.Écoutons la nous compter son histoire.

(sabine)

Je me revois encore ce jour, petite Sabine, si empressée… La démarche altière, le port fier, drapée de la dignité de ma lignée.

Si je savais….

Oh oui j’étais fière et décidée. Décidée à couvrir d’honneur ma mère et toutes les femmes de ma famille.

Si je savais…

Elle était arrêtée là, le couperet à la main. La lame affûtée et luisante, le regard inquisiteur. Et moi j’avançais, une pointe de peur dans le cœur, mais l’âme toujours vaillante.

Arriva mon tour, les jambes écartées volontairement, prouvant ainsi ma grande bravoure, je la voyais s’avancer et d’un mouvement de la main elle me l’incisa.

Si je savais…

Aucun cri ne s’échappa de ma bouche. Malgré cette douleur atroce je ne pleurais pas et supportais vaillamment les soins : un morceau de tissu trempé dans de l’huile de karité chaude et mis sur la plaie béante et douloureuse.

Toujours aucun son…

Si je savais que ce jour, ce fameux jour de fierté et de bravoure, marquait le début d’une existence hypothéquée. Si je savais que ce jour que j’avais tant attendu car pour moi jour de gloire, ouvrait la porte à des conséquences tant morales que physiques dont je n’avais conscience.

Si je savais…

Cette phrase ne cesse d’envahir mon esprit quand je repense à tous ces événements. Mais eux, mes parents pourquoi ont-ils laissé faire ?

Mon père si aimant qui me répondit bien plus tard que c’était une affaire de femme et n’avait pas son mot à dire.

Ma mère qui se justifiait par le désir de protéger mon existence de femme, mon futur mariage. Car non excisée aucun homme n’aurait voulu de moi.

Ne savent-ils pas que par leur faute ils ont hypothéqué ma vie de couple. En effet, les soirs sont pour moi une angoisse sans nom. L’absence de plaisir rend les rapports avec mon tendre époux si douloureux. Que ne donnerais-je pour ressentir le bonheur d’être aimé comme toutes ces autres femmes ? Ne suis-je pas moi aussi femme ?

S’ils savaient que par la faute de cette pratique ma première grossesse, cette petite Ella que j’attendais je l’ai perdu après un travail de 5 jours, des douleurs atroces.

Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Saviez vous que selon un rapport de l’Unicef chaque jour ce sont 6000 filles qui sont excisées, qu’environ 125 millions de femmes ont subi une excision et que 2 millions de fillettes sont susceptibles de subir une telle mutilation tous les ans.

Si je savais...

Refermons la parenthèse de la vie de cette chère Sabine et abordons ensemble aujourd’hui le thème de l’excision. Mais comment parler d’un sujet si sensible sans vous indisposer ? Comment aborder un thème que vous pensez connaitre sans vous ennuyer ?

Je me propose de vous présenter brièvement ce qu’est l’excision.

Je tenterai de brosser par la suite un tableau non exhaustif des différentes raisons qui pourraient expliquer cette pratique. Avant de terminer par quelques conséquences de l’excision sur la vie de ces fillettes et de ces femmes.

Savez-vous ce que c’est que l’excision ou mutilation génitale féminine ?

Le terme excision ou mutilation génitale féminine est plus communément utilisé pour désigner l'ablation du capuchon clitoridien voire du clitoris en entier.

Il existe différents types d’excision. Pour certains il s’agit d’inciser le clitoris sur sa partie supérieure. D’autres enlèvent partiellement ou totalement le clitoris ainsi que les petites lèvres. La forme la plus extrême est l’ablation totale du clitoris ainsi que des petites et des grandes lèvres. L’incision est ensuite recousue pour ne laisser qu’un minuscule orifice pour les menstruations. L’excision peut aussi s’accompagner de l’introduction de substances censées provoquer le resserrement du vagin.

Pourquoi exciser ?

Cette pratique serait le garant de la préservation de la virginité des femmes. Elle participerait également à l’amélioration du plaisir sexuel masculin par le rétrécissement de l’orifice vaginal. Ou encore elle interdirait l’accès à l’orgasme féminin qui est considéré comme malsain. Il s’agit pour beaucoup d’un patrimoine culturel et traditionnel qui s’explique par des raisons esthétiques ou des croyances. En effet pour certains le clitoris pourrait empoisonner le mari ou l’enfant lors de sa naissance.

Mais, ces adeptes de cette pratique savent-ils à quoi ils exposent ces millions de femmes et de fillettes : choc psychologique, hémorragie pouvant entraîner la mort, infections pouvant entraîner la mort ou la stérilité, contamination au tétanos au VIH ou aux hépatites.

Constatez le vous-même :

Voici Awa qui à la suite de son excision a dévelopé des chéloides si douloureuses et inesthétiques,

Safiatou qui vit avec des abcès si inconfortables tant au quotidien que lors des accouchements,

Rokiatou qui est sujette à des infections urinaires et de l’appareil reproducteur à répétition.

Ne sont-ils pas au courant de ces milliers de femmes qui à la suite d’accouchements difficiles et longs causés par leurs excisions vivent avec des fistules obstétricales. Ces incontinences des urines ou des matières fécales qui entraînent leur rejet de cette même société qui les avait jadis excisées.

S’ils pouvaient avoir conscience et épargner mes sœurs, mes filles, mes nièces.

29 pays de l’Afrique et du Moyen Orient pratiquent l’excision.

Au Burkina 25 à 85% des femmes sont excisées.

Nous vivons avec ce phénomène au point de le banaliser parfois. Il ne nous touche pas forcément directement. Et pourtant n’avons-nous pas un rôle à jouer, dans nos communautés, dans nos milieux de vie. Ne devons nous pas prendre part à cette lutte pour le respect du droit de ces femmes sur leur propre corps.

Ces millions de femmes excisées, n’avaient-elles pas le droit de vivre pleinement ?

Ces millions de fillettes menacées par l’excision ne méritent-elles pas d’échapper à cet avenir risqué ?

Je vous invite aujourd’hui à agir. Que ce soit par une voix lors d’un sondage, un avis lors d’un débat, un acte concret posé, je vous supplie d’agir et de refuser la banalisation de ce phénomène.

Tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines.







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