Paix et cohésion sociale par le sport : des jeunes et la Banque Mondiale nous montrent la voie.

Publié 21 mai 2013 no picture Rodrigue Koffi

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Il est des films et reportages qui vous bousculent de l’intérieur après les avoir regardés. Et assurément « Scoring for peace » (Marquer des buts pour la paix) fait partie de cette catégorie là.

Ce documentaire présente le résultat de la Coupe de la Paix des Grands lacs, organisée par la Banque Mondiale en 2012 et qui a vu la participation de 500 joueurs originaires du Burundi, de la République démocratique du Congo (RDC), du Rwanda et de l’Ouganda. Cette compétition s’est proposée d'aider d’anciens jeunes combattants à rebâtir des liens avec leur communauté. En filigrane de ce documentaire nous est présenté l’histoire d’Ismaël, Safari et Okello, acteurs de ce tournoi de football.

Après avoir été confrontés à des tensions entre l’influente minorité Tutsi et la majorité Hutu depuis l’indépendance en 1962, le Burundi a basculé dans une guerre civile au milieu des années 1990s. Ismaël a fait partie de ces milliers d’enfants ayant combattu comme soldat. Engagé à 12 ans pour fuir la faim, il déserta deux ans après et a dû se résoudre à vivre dans la clandestinité un moment de peur des représailles.

Quant à Safari, il a rejoint l’Armée patriotique rwandaise dans le sillage du génocide. En 1994 en effet, en l’espace de 100 jours, le génocide au Rwanda a fait perdre la vie à 800 000 personnes, issues des groupes ethniques Tutsi, Twa et Hutu. La grande partie de cette importante série de meurtres a été perpétrée par des voisins sur d’autres voisins. Après avoir échappé à ce massacre en tant que civil, mais y avoir laissé certains de ses frères qui ont perdu la vie, il affirme avoir décidé de s’engager dans l‘armée afin d’aider à mettre fin à ce massacre. Il y resta jusqu’en 2005 avant de revenir à une vie civile.

Enfin Okello, qui est resté un civil durant la guerre qu’a connu l’Ouganda, demeure encore très marqué par cette page de leur histoire commune. L’émotion est perceptible quand il explique ces scènes où, lors de leurs passages dans les villages, les rebelles obligeaient les membres des familles qui n’avaient pu fuir de se donner la mort à tour de rôle. Rappelons qu’entre 1996 et 2006, le Nord de l’Ouganda a souffert d’une terrible guerre civile, opposant plusieurs groupes rebelles contre le gouvernement. Le plus célèbre de ces groupes, la LRA (Lord’s Resistance Army - l’Armé de résistance des seigneurs, en français) a enlevé plus de 20 000 enfants, les obligeant à devenir des enfants soldats et des esclaves sexuels.

Tout au long de ces 50 minutes, ce documentaire nous montre à quel point le sport peut jouer et joue un rôle prépondérant dans la réconciliation de communautés touchées par des conflits, comme le note le blogueur de la Banque Mondiale. Et l’entraineur de l’équipe du Burundi qui l’exprime au mieux en partageant la réponse que lui ont donné les joueurs pour lui expliquer pourquoi et comment ils sont devenus des amis : « nous sommes tous réunis autour d’un ballon rond et on doit partager pour arriver de l’autre côté, dans le camp adverse. Un seul joueur ne peut pas quitter son camp et arriver dans l’autre sans faire la passe aux autres membres de son équipe. Et en partageant la balle ici, ils partagent le soda hors du terrain. J’en fus vraiment impressionné », affirme t-il.

Nous avons jusqu’au 24 mai 2013 pour regarder cette vidéo en ligne. Une histoire de vie comme il en manque et qui mérite d’être largement diffusée. Bravo à la Banque Mondiale pour cette initiative qui doit être consolidée dans cette partie du monde, mais aussi déployée ailleurs.

@Capture d’écran du documentaire. Image d'Ismaël, importée du site de la Banque Mondiale




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