Quand le sport se positionne en un acteur de paix et du vivre ensemble

Publié 13 juillet 2014 no picture

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En cette fin d’après-midi de ce dimanche 3 juin 2007, nous étions certainement près de 30 000 personnes, tous débout dans ce stade, qui acclamions longuement les joueurs de l’équipe de football de Côte d’Ivoire (les Eléphants) durant le tour d’honneur qu’ils effectuaient pour nous remercier d’avoir répondu à ce rendez-vous. Grand était en effet le rendez-vous car Didier Drogba, capitaine de l’équipe ivoirienne, a réussi à "imposer" à la Fédération ivoirienne de football (FIF) et à la FIFA que le match Côte d’Ivoire - Madagascar, comptant pour les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2008 au Ghana, se tienne à Bouaké, centre du pays et au cœur de la « zone de guerre ».

Depuis le 19 septembre 2002, le pays était divisé en deux par une rébellion qui occupait la partie Centre Nord et Ouest du pays. Plus qu’un symbole de décrispation entre le Sud loyaliste et le Nord rebelle comme l’a écrit notamment la FIFA sur son site, ce match à Bouaké, voulu par un homme, soutenu par ses coéquipiers, a montré que le sport peut impacter positivement sur le monde.

Oui, le sport a cette capacité de faire bouger les lignes de la méfiance, du rejet systématique de l’autre qui pourrait penser autrement que nous, en offrant une opportunité au dialogue, à la tolérance et à cette nécessité pour une communauté, un pays de se dire qu’il y a peut-être plus de choses à partager et à construire ensemble. Pour nous autres qui étions restés à Bouaké depuis 2002, c’était impressionnant de voir ces convois de jeunes, femmes et hommes venus d’Abidjan et du sud ; beaucoup la veille et qui ont passé la nuit à la belle étoile autour du stade ou dans les maquis (des restaurants locaux) pour profiter des animations et de la convivialité. Qui pour la première fois de leur vie ou comme en pèlerins sur des terres qu’ils n’avaient pas eu le courage de fouler depuis cinq ans au moins, tous voulaient participer au rendez-vous de cette fête sportive, avec les autres de Bouaké et venus du nord. La peur de l’inconnu avait disparue, sinon momentanément mise en camisole.

Qui étaient ces autres spectateurs à mes côtés dans les gradins, avec qui j’ai échangé entre deux actions et eu des accolades ou tapes fraternelles après chaque but ? Venaient-ils d’Abidjan ou d’ailleurs ? Ces questions n’ont eu aucune place sur le moment, et ne revêtent aucune importance aujourd’hui encore.

Ce fut aussi le grand message lancé, via le sport, à tout un peuple, mais aussi au monde, le 24 juin 1995 par le premier président sud-africain de l’ère post-apartheid, Nelson Mandela, et les spectateurs venus suivre la finale de la Coupe du monde de rugby ayant sacré vainqueurs les Springboks (Sud-africains) devant les All Blacks (le quinze néo-Zélandais). En effet, Madiba, premier président noir depuis 1994, alors considéré comme un terroriste par la grande majorité des sud-africains blancs, vertu du maillot vert des Springboks et de la casquette qui va avec, se présente dans ce stade d’Ellis Park de Johannesburg, largement remplis de blancs venus suivre la finale d’un sport longtemps considéré comme le symbole de l’Afrique du Sud blanche et du régime ségrégationniste de l’apartheid. A la vue de leur "Président", tout le stade de 62 000 personnes s’est mis à crier d’une seule voix « Nelson ! Nelson ! », rappelle un article publie par Le Point sur son site le 7 décembre 2013, après le décès de Madiba. « Leur pays était finalement uni après des années de déchirement (…) Ce jour là, ils se sont tous rassemblés », propos de Jonah Lomu, qui conduisait les All Blacks, et que rapporte ce dit article.

C’est cela la magie du sport, contribuer au vivre ensemble dans nos différences, de quoi nos pays et notre monde a aussi et beaucoup besoin.

Article de Koffi Rodrigue

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