Quand les Gates tordent le coup aux mythes de l’aide au développement

Publié 23 janvier 2014 no picture Rodrigue Koffi

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Cette semaine, la Fondation Bill & Melinda Gates a publié sa Lettre annuelle 2014. Et cette année, ces fondateurs ont décidé de tordre le coup à des mythes qui ralentissent leurs efforts car « penser que le monde ne peut résoudre les problèmes de la pauvreté extrême et de la maladie est non seulement faux : c’est une notion dangereuse. »

Dans cet article, nous vous proposons des grands axes de cette lettre, avec de très larges extraits, qui traite trois grands mythes, traités par pour les deux premiers par Monsieur Bill Gates, et la troisième par Madame Melinda Gates

MYTHE 1 : LES PAYS PAUVRES SONT CONDAMNÉS À RESTER PAUVRES

Aujourd’hui, Monsieur Gates remarque que « l'image mondiale de la pauvreté a été complètement redéfinie au cours de ma vie. Le revenu par habitant en Turquie et au Chili atteint aujourd’hui celui des États-Unis en 1960. La Malaisie s’en rapproche, le Gabon aussi. Et ce no man's land entre pays riches et pays pauvres est désormais occupé par la Chine, l'Inde, le Brésil, et d'autres États. Depuis 1960, le revenu réel par habitant en Chine a été multiplié par huit. Il a quadruplé en Inde, quintuplé au Brésil. Il a été multiplié par trente dans ce petit pays qu'est le Botswana, grâce à la gestion avisée de ses ressources minérales. Aujourd'hui, toute une série de pays occupe ce milieu qui existait à peine il y a 50 ans, et qui rassemble aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale. » Certes, « il reste toutefois plus d'un milliard de personnes vivant des conditions de pauvreté extrême. Il n'y a donc pas de quoi se réjouir. Mais il serait juste d'affirmer que le monde a tellement changé que les termes « pays en développement » et « pays développés » n'ont plus raison d'être », et les termes « d'États à revenus faibles, moyens ou élevés » seraient plus adaptés.

Et la situation de l’Afrique d’aujourd’hui n’est pas comparable à celle qu’il ya 50 ans. « Sur les ces cinq dernières années, sept des dix économies au développement le plus rapide se situent en Afrique. »

« Ce continent a également fait de grandes avancées en matière de santé et d'éducation. Depuis 1960, l'espérance de vie des femmes en Afrique subsaharienne est passée de 41 à 57 ans, malgré l'épidémie du VIH. Sans ce fléau, elle serait de 61 ans. Le pourcentage d'enfants scolarisés est passé d'environ 40 % à plus de 75 % depuis 1970. Il y a moins de personnes qui souffrent de la faim, et plus de personnes qui ont accès à une bonne alimentation. Si avoir suffisamment à manger, aller à l'école et vivre plus longtemps sont des mesures d'une bonne qualité de vie, alors la vie est définitivement en train de s'améliorer sur le continent africain. Mais ces améliorations ne constituent pas l'épilogue de cette histoire : elles représentent la base d'un progrès plus avant. »

Alors que retenir ? Monsieur Gates constate que « les pays pauvres ne sont pas condamnés à rester pauvres. Certains des pays dits en développement se sont déjà développés. Un grand nombre d'autres les rejoindra bientôt. Les pays qui cherchent encore la voie à suivre n'essaient pas d'accomplir quelque chose d'inédit. Ils ont de bons exemples à suivre. »

MYTHE 2 : L’AIDE ÉTRANGÈRE EST UNE GROSSE PERTE D’ARGENT

« Dans l’ensemble, l’aide est un investissement fantastique, et nous devrions en faire davantage. Elle sauve des vies et en améliore les conditions avec grande efficacité, jetant les bases pour le type de progrès économique à long terme que j’ai décrit dans le mythe no1 (qui en retour aide les pays à se sevrer de leur dépendance de l’aide) »

Relativement au volume de l’aide au développement, Monsieur Gates informe qu’elle représente moins de 3% en Norvège, le pays le plus généreux au monde, et de moins de 1 % dans les cas des États-Unis. Alors que « le gouvernement des États-Unis dépense plus de deux fois son budget d’aide à la santé en subventions à l’agriculture. Ses dépenses militaires représentent plus de 60 fois ce montant. »

Face aux questions récurrentes de corruption, tout en reconnaissant que « lorsque l’aide à la santé est dérobée ou gaspillée, cela coûte des vies humaines », Monsieur Bill Gates reste convaincu que « la technologie va permettre de plus en plus de lutter contre la corruption. Grâce à l’Internet, les citoyens peuvent plus facilement savoir ce que leur gouvernement est censé faire — par exemple les sommes que doivent recevoir les dispensaires — ce qui leur permet de tenir les autorités responsables. Au fur et à mesure qu’augmentent les connaissances publiques, la corruption diminue et davantage d’argent arrive à sa destination prévue. »

« Ensuite, l’argument selon lequel « l’aide engendre la dépendance » oublie tous les pays qui ont cessé d’avoir besoin d’aide, et se concentre exclusivement sur les cas non résolus les plus difficiles. » Le Botswana, le Brésil et le Costa Rica sont des exemples.

Sur ce mythe, il retient que « l’aide dans le domaine de la santé représente un investissement extraordinaire. Lorsque je vois la réduction du nombre d’enfants qui meurent aujourd’hui par rapport à il y a trente ans, et le nombre de personnes qui vivent plus longtemps et en meilleure santé, j’ai vraiment confiance en l’avenir. »


MYTHE 3 : SAUVER DES VIES PROVOQUE LA SURPOPULATION

D’entrée, Madame Melinda Gates est certaine qu’il existe une forte corrélation entre taux de mortalité infantile et taux de natalité ; et que les taux de mortalité élevés n’entravent pas la croissance démographique. En effet « lorsque les enfants survivent en grand nombre, les parents décident d’avoir des familles moins nombreuses. » C’est le phénomène que les démographes ont baptisé la "transition démographique" et qui s’est manifesté dans divers pays comme le Brésil, la France et la Thaïlande.

Par conséquent, « ma vision d’un avenir durable est nettement plus optimiste que celle des Malthusiens. Notre planète s’épanouit non pas lorsque nous laissons périr les plus malades, mais plutôt lorsqu’ils peuvent améliorer les conditions de leur existence. Les êtres humains ne sont pas des machines. Nous ne nous reproduisons pas de manière irresponsable. Nous prenons des décisions en fonction des circonstances auxquelles nous sommes confrontés », écrit-elle.

« Les taux de décès ne sont que l’un des nombreux facteurs affectant les taux de natalité. L’autonomisation des femmes, par exemple, mesurée par l’âge au mariage et le niveau d’éducation, est d’une grande importance. Les jeunes filles qui se marient vers leur quinzième anniversaire ont tendance à tomber enceintes plus tôt et donc à avoir davantage d’enfants. Elles abandonnent généralement leurs études, ce qui limite leurs opportunités de s’informer sur leurs corps, les relations sexuelles et la reproduction — et d’acquérir d’autres formes de connaissances qui pourraient les aider à améliorer leurs conditions de vie. »

Ainsi, « au fur et à mesure que la mortalité infantile et la natalité baissent, la pyramide des âges de la population change progressivement, comme le montre le graphe ci-dessous. Finalement, on arrive à une saillie de personnes en âge d'activité professionnelle maximale, ce qui veut dire qu'une part plus importante de la population est active et participe à la croissance économique. En parallèle, le nombre de jeunes enfants étant relativement réduit, l'État et les parents peuvent investir davantage dans l'éducation et la santé de chaque enfant, ce qui conduit à une croissance économique plus importante à long terme. »

Pour conclure, Madame Gates écrit que « Sauver des vies ne provoque pas la surpopulation. C'est même tout le contraire. La création de sociétés où la population jouit de soins de santé de base, d'une prospérité relative, d'une égalité fondamentale et d'un accès à la contraception est la seule manière d'assurer un avenir durable. C'est en donnant aux gens la liberté et le pouvoir de construire un avenir meilleur pour eux-mêmes et pour leur famille que nous construirons un avenir meilleur pour tous. »


© UNICEF/NYHQ2002-0170/Markisz


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