Quand une loi sur les loyers s'impose au Bénin

no picture Médecin, journaliste
Isaac Houngnigbe
Inscrit le 12 février 2017
  • 6 Articles

Pancarte d'un démarcheur exposant ses offres de chambres avec les coûts correspondants (Cotonou)
Crédit Photo : Isaac HOUNGNIGBE

Pancarte d'un démarcheur exposant ses offres de chambres avec les coûts correspondants (Cotonou) Crédit Photo : Isaac HOUNGNIGBE

Se loger est un droit fondamental de l’Homme. Se loger est aussi l’une des choses les plus stressantes pour les béninois. Le béninois est connu pour son rapport particulier avec le ‘‘chez’’. Le rêve de tout béninois est d’être propriétaire. Une cabane ou une tente perdue dans une brousse, il en est fier. Une baraque ou une chaumière flottant sur un marécage, il s’en contente. L’essentiel est qu’il l’ait construite par ses propres moyens.

Les prières et les vœux vont souvent dans ce sens : ‘‘Mon frère, cette année, tu quitteras la location pour ta propre maison’’. Bref, avoir sa propre maison est l’un des souhaits les plus importants des béninois. Mais avant de passer au statut très convoité de ‘‘propriétaire’’, bon nombre passent par le titre moins envié de ‘‘locataire’’. Et c’est là que les choses se compliquent, que commence le calvaire et que le stress et l’anxiété s’accroissent.

Le secteur de la location est un no man lands où fleurissent des acteurs qui profitent d’une surprenante absence de régulation. Du locataire au propriétaire, en passant par les intermédiaires, voici 5 choses que vous vivez peut-être, ou que vous ignorez et qui devraient motiver l’adoption d’une loi sur les loyers au Bénin.

1. Des démarcheurs mythomanes

Qui n’a pas encore été victime de la supercherie de ces messieurs (apparemment, c’est un métier pour les hommes) ? On a l’impression que le gain est leur seule obsession. Même si vous leur donnez les caractéristiques exactes de la chambre que vous souhaitez louer, ils vous emmèneront d’abord dans celle que vous apprécierez le moins. Mais eux, ils ont déjà empoché leur argent. En effet, à chaque visite de chambre, ils empochent 2000 francs CFA. ‘‘C’est propre’’ est leur phrase fétiche. Pour eux, toutes les chambres sont ‘‘propres’’. Une manière de vous rassurer qu’elles seront à votre goût. Cette phase obligée des démarcheurs dans certaines grandes villes comme Cotonou est sans doute l’une des plus stressantes dans l’aventure du locataire. C’est un parcours de combattant. Vous rencontrerez des démarcheurs de toute sorte, avec des propositions de maison de toute nature. Être démarcheur est certainement un métier rentable mais basé sur beaucoup de mensonge et de mirages. Y a-t-il des démarcheurs en qui on peut avoir confiance ? Je vous laisse répondre. Dans tous les cas, il faut être chanceux pour tomber sur un démarcheur qui comble entièrement vos attentes. Attendez-vous chaque fois au pire et armez-vous en conséquence !

2. Des avances vertigineuses

Le nombre de mois d’avance est variable. Il peut être de 6 mois, de 1 an, voire plus. Le tout dépend de l ‘humeur ou des envies du propriétaire. En fonction du prix mensuel de la location, vous pouvez débourser plusieurs centaines de milliers de francs CFA. Chaque propriétaire fait ce qu’il veut. C’est à prendre ou à laisser. De toute façons, ‘‘une chambre, quelles que soient ses caractéristiques, ne reste pas vide à Cotonou’’. Elle trouvera très vite un preneur. Après le paiement de l’avance, viennent ensuite les cautions pour l’électricité et l’eau. Chaque propriétaire décide du coût des différentes cautions. Lorsque vous devez changer de chambre, la première chose qui vous fait réfléchir est ce cocktail d’avances et de cautions. De plus, quand vient le jour de quitter la maison, rentrer en possession des avances et des cautions est calvaire.

3. Des propriétaires ‘‘rois’’

Une fois la chambre acquise, c’est maintenant que le plus dur commence. La situation est plus critique quand le propriétaire habite dans la même maison que vous. Il fixe le nombre de personnes qui doivent habiter dans la chambre. Il détermine qui peut vous rendre visite. Il est fréquent que certains locataires ‘‘don juan’’ reçoivent des préavis. Quand trop de filles défilent dans votre chambre, ça peut ne pas plaire au propriétaire. Le propriétaire a tous les droits sur vous mais vous n’avez aucun droit sur lui. C’est lui qui décide du moment où vous pouvez jouer la musique. C’est lui qui détermine les heures d’ouverture et de fermeture du portail. C’est encore lui qui détermine quand vider les puisards et les fosses septiques. En l’absence de régulation, c’est ‘‘ tout pour le propriétaire, rien pour vous’’. La femme et les enfants du propriétaire peuvent vous en faire voir de toutes les couleurs aussi.

Florence, une locataire à Abomey-Calavi témoigne : ‘‘Ce soir-là, le propriétaire a toqué à ma porte comme si c’était la gendarmerie qui étaient venue m’embarquer. Il voulait juste convoquer une réunion à la maison. Ma colère était à son paroxysme’’. Elle continue : ‘‘Pour m’obliger à payer le loyer, mon propriétaire me met une pression psychologique. Il menace chaque jour de me sortir de la chambre si je ne paie pas à temps’’.

4. Des prix qui grimpent

Le prix du loyer n’est pas fixe. Il varie et oscille. Mais une chose est sûre : la tendance est toujours à la hausse. Chaque jour, certains propriétaires redoublent d’ingéniosité pour augmenter le prix du loyer. Les raisons de l’augmentation sont variables : la hausse du prix de la tonne de ciment ou du paquet de tôle, l’inscription de l’enfant du propriétaire à l’université nécessitant plus d’argent…Chose révoltante, les prix avancés ne correspondent pas souvent à la qualité des chambres louées. Le toit qui coule, la maison inondée à chaque pluie, les puisards non fonctionnels, …, le propriétaire s’en moque.

Par ailleurs, c’est le propriétaire qui fixe le prix du Kilowattheure d’énergie et du mètre cube d’eau. Les compteurs, parfois trafiqués, vont à une vitesse anormale. Soit vous obtempérez aux règles, soit vous vivez sans eau et sans électricité. Rose, une étudiante en location à Cotonou n’a pas hésité à me livrer son désarroi : ‘‘Mon Dieu ! Je consomme une eau de forage que je pompe avec mes unités mais pourtant, je paye l’eau et l’électricité. Je traite l’eau avant de boire. Et je charge les unités chaque semaine. On demande de l’aide au propriétaire mais ce qui lui importe, c’est son argent. Il ne pense même pas à notre santé.’’

5. Des locataires insupportables

Certains propriétaires, malgré leur bonne foi et leur bon sens, font souvent face à des locataires indélicats. Claude, un propriétaire, jure ne plus vouloir de locataire dans sa maison : ‘‘Nous avons eu des locataires impolis et ingrats. Il y en a qui ne balaient pas la maison. Vraiment, c’est inadmissible. Ils ne paient même pas le loyer pendant plus de 5 mois. Je ne veux plus aucun locataire dans la maison.’’

Avec toutes ces raisons, il est curieux de constater qu’il n’y a pas encore une loi qui encadre les loyers au Bénin. Or, il s’agit d’une loi sociale essentielle. Elle permettra de mettre un terme au désordre observé dans le secteur. Quelques propositions de loi ont été évoquées ces dernières années mais sans suite.

J’ai, en ce moment, une pensée spéciale pour ces nombreux étudiants sans moyens, obligés, pour ne pas dormir dans la rue, de supplier leurs camarades pour passer une ou deux nuits chez eux. Ces étudiants, sans domicile fixe, migrent de camarades en camarades, et ce, pendant parfois plusieurs années. D’autres dorment dans la rue et sont obligés de se doucher à l’air libre avant le lever du soleil. Pour faire leurs besoins, en l’absence de WC, ils se contentent de sachets plastiques.

La loi sur les loyers doit être une priorité de la législature actuelle au Bénin.





comments powered by Disqus