Sauvons les enfants talibés!

Publié 7 mars 2012 no picture Rodrigue Koffi

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Selon l’UNICEF, le Sénégal est le premier pays de l’Afrique de l’Ouest à avoir mis en place une institution indépendante avec médiateur chargée de promouvoir les droits des enfants. Il pourrait également devenir le premier pays d’Afrique à réussir à éradiquer cette pratique néfaste que sont les mutilations génitales féminines. Malgré ces progrès, le Sénégal a encore du chemin à faire en matière de protection de l'enfant.

Lors de quelques brefs séjours effectués à Dakar, capitale du "Pays du Lion de la Teranga", j’ai chaque fois été intrigué (et suis sûr de n’être pas le seul dans ce cas) par le phénomène dit des « enfants talibés ». Mais qui sont au juste les talibés ?

Signifiant « disciple » ou « élève apprenant le coran », les talibés sont des enfants, bien souvent âgés d’à peine 3 ans, issus de familles pauvres, qui sont envoyés chez des marabouts afin de suivre une éducation coranique. "Education" accompagnée d'une initiation pratique à la vie communautaire et de l'acquisition du sens de l'humilité, et de l'endurance à toutes sortes d'épreuves. En contrepartie, les marabouts reçoivent des biens matériels, des prestations de services et aussi de l'aide potentielle de leurs élèves à leur profit, comme les travaux domestiques. Mais cette théorie s’exprime autrement dans la pratique.

Accompagné d’un diaporama commenté sur leur site, Human Rights Watch note que qu’«au moins 50 000 enfants fréquentant des centaines d’internats coraniques (daaras) au Sénégal sont soumis à des conditions qui s’apparentent à de l’esclavage. Leurs professeurs (marabouts), qui font office de tuteurs de facto, les soumettent à des formes souvent extrêmes de maltraitance, de négligence et d’exploitation. Transférés de leurs villages du Sénégal et de Guinée-Bissau, les enfants, appelés talibés, sont forcés à mendier parfois jusqu’à 10 heures par jour ».

En plus des conditions de vie inacceptables dans lesquelles ils sont exploités et survivent, ces enfants sont bien souvent soumis à des traitements inhumains.

Dans l’article "La détresse des enfants talibés" publié sur le site de Sentinelles, une organisation internationale « au secours de l’innocence meurtrie », l’histoire du petit Modou nous est exposé en guise d'illustration. Il a été recueilli par des femmes de retour d’un marché dans la ville de Kaolack qui ont été attirées par ses grimaces de douleur. « Elles l’ont interpellé et lui ont enlevé ses vêtements: ce fut l’horreur!, note l’article. Son dos était couvert de blessures pleines de pus et complètement infectées. Sa cuisse gauche était très enflée et son ventre présentait des lésions sévères. Pressé de questions, Modou, 7 ans, avoue avoir été battu par son marabout et son adjoint pour avoir utilisé une partie de sa recette de la mendicité, l'équivalent de 20 centimes suisses, afin de se payer à manger. Il ne savait pas que cela était interdit et l'a donc appris à ses dépens ».

Si pour Morou, l’affaire a été portée devant le Tribunal de Kaolack qui a condamné le Marabout à une peine de prison ferme et au paiement d’indemnités, et a permis à Morou de prendre le chemin de l’école publique, cela reste encore une exception. Face à la réelle pratique du concept de talibé, nous ne saurons et ne devons nous taire. Notre silence serait peu compréhensible.

© UNICEF/ITAL2010-0009/Alessandro Longobardi - Sénégal, 2010




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