Sur internet, un pseudo peut cacher n’importe qui !

Publié 23 juin 2011 no picture Rodrigue Koffi

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Nous le notions dans un précédent article, les enfants sont aujourd’hui nombreux à être sur internet. Au même moment que leur nombre va croissant d’une année à une autre, l’âge moyen d’accès à cet outil de communication se réduit aussi progressivement selon différentes études et enquêtes. Ces "internautes" rivalisent en innovation et en créativité dans la définition de leurs pseudos qui remplacent généralement leurs prénoms sur leurs différentes pages et profils. Une nécessité pour être tendance et pour entrer dans la dynamique même des réseaux sociaux, ce qui est logique et indiscutablement vrai : soyons sérieux, pensez-vous faire remarquer le jeune que vous êtes sur la toile en affichant "Gertrude", ou même "Lucien" (je n’ai absolument rien contre ces prénoms et les personnes qui les portent ne doivent pas se sentir frustrés pas mes écrits, ce ne sont que des exemples) sur votre page, pendant que les autres internautes se font appeler "le Baron Blanc", "Starlette Bleue", "Joe la joie" ou encore "La fille d’à côté" (ce ne sont là encore que de simples exemples, et toute ressemblance avec de vrais profils serait pure coïncidence. Maintenant, si un lecteur souhaite s’en inspirer, de grâce, qu’il n’oublie pas de penser à me payer des droits d’auteur)...

Les pseudos sont donc incontournables aujourd’hui et un simple détour sur ces différents réseaux sociaux vous donnent une belle illustration de cette réalité. Mais, qui sait vraiment l’identité réelle de celui ou celle qui se cache derrière un profil ? Personne.

Oui, autant les enfants de moins de 13 ans, ne pouvant normalement pas s’inscrire sur la plupart de ces plateformes comme Facebook, réussissent à le faire en changeant tout simplement leur âge, autant d’autres utilisateurs peuvent valablement créer des profils qui n’ont rien à voir avec la personne qu’ils sont en réalité. Par exemple, je peux m’inscrire en me présentant comme une jeune fille (que je ne suis pas), avec pour pseudo "Fleur du Jour" (je rappelle là encore mes droits d’auteurs éventuels), âgée de 18 ans (ce qui n'est pas mon cas, … je n’en suis pas trop loin non plus), clair et ayant de beau cheveux (je suis "un peu" noir et serai certainement chauve), résidant à Lyon en France (je vis en réalité sous le brûlant soleil africain), mince et mesurant 1 mètre 75 (bon ça c’est perso, je ne vais quand même pas vous dire tout de moi d’un seul coup !). Et pour les photos me diriez-vous ? Du moment que vous ne me connaissez pas, je pourrais très bien mettre des images d’inconnus. En plus, beaucoup sont ceux qui inondent leur page d’images d’idoles, de paysages et autres photos insolites. Je pourrais en faire partie.

Comme nous le constatons tous, beaucoup de choses peuvent se cacher derrière ces profils de personnes avec qui nous devenons "amis" sur ces réseaux, avec qui nous échangeons sur les différents sites d’échanges et autres. Cette possibilité de cacher sa vraie identité et d’avoir la possibilité de communiquer avec des enfants est une porte ouverte pour beaucoup de personnes mal intentionnées dont les pédophiles font partie.

La course vers l’inscription et l’animation d’un profil, mais surtout celle consistant à avoir un nombre souvent impressionnant d’"amis" exposent beaucoup d’enfants aux griffes de ces adultes qui éprouvent une attirance sexuelle pour les enfants et qui sont nombreux à utiliser internet pour trouver de nouvelles "proies". En réussissant facilement à se créer des profils sur mesure (enfants ou jeunes), les pédophiles ont accès à des enfants qui n’ont pas conscience du danger auxquels ils s’exposent en échangeant avec des inconnus qu’ils estiment être devenus leurs "amis". Ils facilitent même la tâche de ces prédateurs en divulguant des données personnelles (nom et prénoms, adresse, école, voire même numéro de téléphone, lieu de vacances, etc).

Conscients des dangers auxquels s’exposent les enfants et les jeunes sur internet, beaucoup de pays, essentiellement occidentaux, ont mis en place des structures pour assurer la sécurité des internautes les plus jeunes, car confrontés aux pédophiles et autres dangers. C’est le cas du Royaume-Uni qui a mis en place en 1996 le "Child Exploitation and Online Protection Centre" - CEOP- chargé d’arrêter les pédophiles exerçant sur internet et de les traduire devant les tribunaux.

Fin mai 2011, un article paru sur le site de la BBC donnait quelques informations clés du dernier rapport annuel du CEOP. Il ressort que ce centre a aidé 414 enfants et que 513 personnes ont été arrêtées et 132 sites internet non conformes ont été fermés l’année d’avant (2010). Ces chiffres constituent des données record en termes d’enfants aidés et de personnes arrêtées par le centre depuis sa création. Ne serait-ce que pour les cinq dernières années, cette agence affirme avoir aidé au démantèlement de plus 394 sites internet à hauts risques de présence de délinquants sexuels et arrêté 1644 personnes suspectées d’être des pédophiles. L’action de cette structure consiste à « utiliser internet pour identifier les personnes qui constituent un risque pour les enfants et pour identifier les enfants qui sont à risque, voire qui garderaient leur souffrance en silence », note le Directeur Exécutif. Toutefois, la situation reste inquiétante car ce dernier constate aussi que la "plus grande tragédie" est qu’un grand nombre d’enfants ayant été abusés ne sont pas identifiés et qu'ils sont dans l’anonymat. Certainement enfermés dans un silence qui les détruit progressivement.

Dans ces pays, l’action des autorités est accompagnée d’un fort engagement des associations et organisations non gouvernementales qui travaillent au quotidien à informer les parents et leurs enfants sur les dangers auxquels ces derniers s’exposent sur internet, produisent des supports et autres outils pour aider les parents dans l’encadrement de ceux-ci, participent à l’action de recherche de ces pédophiles et autres personnes représentants des dangers pour les enfants sur le net.

La situation semble être plus préoccupante dans les pays pauvres et en voie de développement. L’absence de réelle politique nationale sur la question semble être la règle et les organisations de la société civile, lorsqu’elles s’intéressent et s’engagent dans une telle action, sont bien souvent limitées par un cadre juridique pas toujours adapté et par le manque de moyens d’action. Et pourtant, au-delà de la pédophilie, ces pays, du fait par exemple de la pauvreté qui touche de plein fouet une grande majorité de la population, sont des terrains fertiles pour d’autres dangers tels que le trafic humain, surtout d’organe, ou encore la prostitution infantile.

© UNICEF/NYHQ2001-0671/Alejandro Balaguer - Peru, 2001 ; In 2001 in Peru, Gerardo, a young man from the Ashaninka indigenous group, teaches members of his family to use a laptop computer, near the remote village of Marankiari Bajo in the district of Perene in the central Amazon Basin.




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