Un camp de joie pour les enfants de Jacmel (Haiti)

Publié 6 juillet 2014 Avatar Nephtaly Andoney Pierre-Louis

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La semaine dernière j’étais à Jacmel, très belle ville côtière et touristique dans le sud-est d’Haïti. Elle est connue pour ses belles plages, comme « Ti mouillage », avec des vagues puissantes; un carnaval attrayant avec des défilés des plus beaux masques artisanaux du pays. Cependant, au verso de cette beauté on retrouve, comme c’est souvent le cas en Haïti, différents aspects de la pauvreté. En fait, je n’y étais pas pour faire le touriste. Je me suis plutôt engagé en tant que volontaire dans un camp d’été organisé pour environ 400 enfants démunis dans la zone. Pendant quatre jours ils pouvaient venir s’amuser et apprendre des nouvelles choses.

Ce fut ma deuxième fois dans ce camp et souvent, là-bas, j’ai rencontré des gens qui me demandaient la raison pour laquelle je suis revenu. Je devais donc m’arrêter à chaque fois pour expliquer comment ma première expérience a eu un impact positif dans ma vie. Je savais qu’en posant cette question un doute régnait dans leurs pensées à propos de ma bonne volonté. Je devais ainsi prendre aussi le soin d'expliquer que j’étais volontaire et le profit que je tirerai de cette semaine était purement spirituel.

HTF (Haitian Timoun foundation), l’organisateur de ce camp est une ONG étrangère créée par plusieurs congrégations de l’Église Luthérienne aux États-Unis. Il y a trois ans de cela, je ne m’aurais jamais imaginé aussi proche d’une organisation comme celle-ci. Mon point de vue sur les étrangers en Haïti a toujours été mauvais. Surtout à partir de 2004 avec le débarquement de la MINUSTAH (Mission des nations unies pour la stabilisation Haïti) que les Haïtiens surnomment ironiquement « TOURISTAH ». Ce déploiement militaire sur notre territoire est devenu jusqu’à nos jours le symbole de la domination de la communauté internationale sur notre société et sur nos vies politiques comme dans nos élections. Mon opinion était devenue plus radicale après le tremblement de terre de 12 janvier 2010 qui a dévasté notre pays. Les haïtiens entendaient parler des sommes colossales qui étaient débloquées pour les aider et qui ne sont jamais arrivées à eux sous aucune forme. Ils voyaient débarquer pour la première fois dans leur pays des ONGs venus profiter de cette situation et partir après.

Ce qui est différent avec HTF c’est qu’il s’est engagé depuis longtemps en Haïti dans une mission d’apporter de l’espoir, de la durabilité et de la dignité en Haïti. Il travaille pour cette raison exclusivement en partenariat avec des programmes dirigés par des Haïtiens. Ce camp a pris naissance dans cette même vision après le tremblement de terre de 2010. Durant cette année de terreur, il était nécessaire de fournir aux enfants un moyen de surmonter les traumatismes que pouvait laisser cet événement. Surtout à Jacmel où HTF avait le plus de partenaires. La première édition fut un véritable succès et depuis lors ce camp d’été est resté un rendez-vous à ne pas rater pour beaucoup d’enfants de cette zone pendant ces quatre dernières années. Par ailleurs, il n’existe plus de moyen de divertissement décent et accessible à tout le monde pendant les vacances en Haïti, comme des parcs d’attractions ou encore moins une salle de cinéma. Ainsi cette semaine constituait aussi un moment de répit pour beaucoup de parents par rapport aux idées que leurs enfants puissent se causer des problèmes à tout moment à cause des mauvaises fréquentations.

J’ai participé à ce camp l’année dernière parce que j’aime faire du volontariat et que surtout je voulais améliorer mon anglais en tant que traducteur. Il devait y avoir, selon l’affiche, environ une cinquantaine de jeunes enfants et adultes américains qui allaient aussi venir participer au camp avec les jeunes Haïtiens afin de bâtir des relations. Avec mon esprit encore borné, je ne m’attendais à ne tirer rien d’autre de cette expérience. Pourtant, j’allais être totalement impressionné par tout ce qui se faisait dans ce camp; les retrouvailles des jeunes haïtiens avec les jeunes américains qu’ils avaient rencontré dans les éditions précédentes, les câlins, les rires... J’ai compris dès le premier jour que l’amour et l’amitié peut aller au-delà de la barrière des langues et bien d’autres encore. J’ai compris que les jeunes américains ou quel que soit la nationalité ne sont pas si différents des jeunes haïtiens, et qu’ils ont eux aussi beaucoup de choses à apprendre de nous.

Pour cette 5eme édition, quand les organisateurs m’ont appelé pour faire à nouveau partie de cette aventure, j’étais excité a l’idée de revivre des grands moments. J’ai été émerveillé par le simple fait que les enfants se sont rappelés de mon nom à mon arrivée. L’année dernière j’étais responsable avec deux autres amis américains de la section des jeux, cette fois encore je ne voulais pas manquer leurs cris de joie à chaque partie. Par rotation de groupe, ils prenaient part tous les jours aux activités dans les différentes stations comme Science, Langue, Histoire, Travaux manuels. Un programme divertissant a été défini quotidiennement sous des thèmes différents pour apprendre à ces enfants d’utiliser leur tête, leurs mains et leur cœur pour prendre des initiatives durables. Le dernier jour a été spécial. Un groupe de participants (haïtiens et américains) ont marché à travers les rues de Jacmel avec des plantules à la main jusqu’à un endroit appelé « Demontrey ». Ces plusieurs centaines d’arbres fruitiers plantés là-bas constituent un message que les enfants ont lancé à la population jacmelienne afin de protéger leur environnement. Je suis sûr qu’ils sont au courant à présent de la déforestation qui ravage notre pays surtout dans la commercialisation du charbon de bois (première ressource combustible d’Haïti). Dans une semaine ils reviendront avec leurs parents pour une rencontre avec les organisateurs afin de recevoir des réchauds améliorés. Ils auront droit aussi de rencontrer les créateurs de ces réchauds qui profiteront pour faire une présentation sur leur mode d’utilisation.

En définitif, j’ai été encore une fois fasciné par l’implication de nos amis venus de six états différents des États-Unis dans toutes les activités du camp. En dépit du soleil brûlant, des risques de déshydratation et de maladies ils étaient toujours là pour soutenir et travailler avec les enfants haïtiens. Leur participation ont rendu ces jeunes conscients qu’il y a des gens dans le Nebraska, Colorado, Georgia, Texas, Arizona, Ohio qui pensent à eux et qu’ils ne sont pas abandonnés. A leur retour dans leur pays j’espère qu’ils continueront à être des ambassadeurs spéciaux d’Haïti. Je suis particulièrement reconnaissant de beaucoup d’entre eux qui après une première participation sont revenus avec leurs parents, familles et amis. Dans leur grande complicité avec ces enfants jacmeliens ils ont encore fait de ce camp d’été le meilleur jamais organisé dans la région.


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