Un effet cathartique du sport sur les individus du monde moderne ?

Publié 12 juillet 2014 no picture Hajji Layla

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Le sport est une activité qui existe depuis des millénaires et qui consiste à faire un effort physique durant un exercice individuel ou collectif. Il existe de multiples types de sports et de nouveaux sports naissent et se développent régulièrement. Le sport peut donner lieu à des compétitions qui permettent d’évaluer les sportifs et de récompenser les meilleurs d’entre eux et c’est d’ailleurs cet aspect compétitif du sport qui plaît aux sportifs puisqu’il leur permet de se dépasser et de tester leurs limites.

Une maxime byzantine disait : « les peuples sans sport sont des peuples tristes. » Est-ce à dire que le sport rendrait un peuple heureux ?

Aujourd’hui, l’exhortation à une pratique modérée du sport est partout, des articles de presse, aux conseils d’amis chevronnés en passant par les messages sanitaires sur les publicités (françaises notamment). Personne n’ignore les bienfaits du sport sur la santé : en effet, après seulement quinze minutes d’efforts soutenus, le corps libère des hormones qui permettent de ressentir un sentiment de plénitude. Pour avoir bon moral et meilleure humeur, il faut donc pratiquer du sport régulièrement. Cette hormone si précieuse pour la bonne humeur, la sérotonine, que l’on vend dans des comprimés appelés antidépresseurs, est libérée en grande quantité pendant et après l’effort sportif. Ainsi, on pourrait qualifier le sport d’antidépresseur naturel. Mais qu’en est-il du sport en tant que spectacle ? Lorsque le sport n’est pas une pratique mais qu’on en est plutôt le spectateur, celui-ci produit-il toujours le même effet antidépresseur ?

Avec la Coupe du Monde de Football de cette année, des centaines de millions de gens sont rivés sur leur écran pour suivre le spectacle de ces gladiateurs des temps modernes courant après un ballon avec pour but ultime de le faire entrer dans un filet. Peut-on se faire du bien en étant assis à regarder passivement un match ? Peut-on être heureux lorsque nous sommes mis au courant des sommes astronomiques dépensées pour financer cette coupe du Monde et que l’on croupit dans des favelas ? Des milliards d’euros qui viennent des impôts payés par les brésiliens qui plus est ? Pendant ce temps, ces athlètes de haut niveau certes, mais qui rappelons le, ont pour principale activité de courir derrière un ballon, gagnent des dizaines de millions d’euros chaque année et sont déjà millionnaires en euros à vingt cinq ans. Sans parler du prix trop élevé des tickets pour assister aux matchs pouvant s’élever à près de 700 euros, près de trois fois le salaire minimum au Brésil. C’est à se demander si le football mérite vraiment le qualificatif de « sport populaire »… Dans ce cas précis, le football usurperait l’argent qui devrait aller normalement à l’éducation, à la santé ou à la culture, ces domaines si précieux pour que le monde se porte bien !

Aussi, le football longtemps lié à une idéologie du libre-échange, exacerbe les sentiments nationalistes et semble constituer pour des pays en voie de développement l’ultime voie de secours pour rayonner. Il est ce divertissement au sens pascalien qui permet de se détourner de la vanité de la condition humaine mais aussi d’oublier sa souffrance.

Mais la vie n’est elle pas finalement une fuite constante face à une réalité douloureuse, et le sport n’est-il pas au moins un remède sain, une échappatoire moins dangereuse que les drogues ou l’abrutissement au téléphone portable et autres technologies ?

Mieux vaut déverser ses tendances agressives dans un jeu divertissant, que l’on en soit acteur ou spectateur, parce qu’au moins cela reste un jeu. Et c’est précisément dans le jeu que peuvent se confondre les principes de plaisir et de réalité. C’est aussi dans le jeu que peut se faire un oubli et un dépassement de soi qui ne soient pas si condamnables et si vains que le dit Blaise Pascal dans ses Pensées.

René Maheu, philosophe français du XXème siècle et directeur de l’UNESCO dans les années 60, dira dans un discours sur les Jeux Olympiques et le sport en 1963 : « Une des fonctions -et des plus saines, de ce spectacle est la même, à un degré plus élevé d’intensité, que celle qu’Aristote assignait à tout théâtre : la fameuse purge des passions et des instincts. »

Bien sûr, on pourra objecter à cette thèse, qu’il existe une violence sur les terrains de football, dans les gradins et même dans les villes avec, poussé à son extrême, le hooliganisme qui est un vandalisme de groupe chez les supporters du football. La théorie de Norbert Elias d’une « pacification des mœurs » par le sport a ses limites.

Cependant, est-ce le sport en lui-même qui génère la violence ? N’y a-t-il pas plutôt des causes sociales plus profondes qui créent une violence cristallisée sur le sport ? Tout sport, même le plus pacifique, peut comporter un risque de blessure, est-ce pour autant que son impact doit être jugé comme négatif ? La violence s’exprime dans bien d’autres domaines que le sport dans la société humaine : aucune scène de la vie sociale, privée ou publique n’y échappe.

Ainsi, le sport en soi, bien qu’il comporte des risques, est un moyen de socialisation et de purge de la violence. Le spectacle du sport, lui, assure une certaine importance sociale aux compétiteurs. Le sport est devenu un spectacle et un phénomène mondial dans cette société qui a tant besoin de vibrer et de s’identifier à ces héros des temps modernes. Tandis que le spectateur se crispe, crie, pleure, pousse des cris de joie et fête la victoire de celui qu’il soutient, l’athlète lui se surpasse en permanence et brave la mort. Il y a dans le sport, comme pratique ou comme spectacle, une célébration des capacités prodigieuses du corps humain, des prouesses merveilleuses de ce corps qui pourtant n’est pas immortel. Comme si chacun avait besoin de croire à une puissance spectaculaire du corps et du mental humain pour mieux se consoler de la souffrance induite par sa finitude. En ce sens, le sport exalte, stimule et galvanise le monde.

Le sport, intégré dans une société qui a un véritable programme de mise à niveau de la jeunesse, serait un véritable bienfait pour tous les peuples. Il n’est pas question de financer des constructions de stade avec les impôts du peuple, mais bien d’utiliser l’argent de ce peuple pour le revaloriser en lui offrant l’accès à l’éducation, à la culture, aux soins et au sport. Comme cela seulement, le sport aura toutes les chances d’être un des meilleurs divertissements de peuples éclairés et non un simple opium destiné à détourner les individus de leurs malheurs quotidiens. Mais n’est-ce pas une utopie au vu de la réalité cynique d’aujourd’hui ?

Sources :

http://debats.terrafemina.com/sport/football/4187/59253-bresil-la-meme-exigence-de-qualite-pour-les-hopitaux-et-les-ecoles-que-pour-les-stades

http://www.revue-pouvoirs.fr/Football-cosmopolitisme-et.html

http://www.marianne.net/pericolegasse/Non-au-nationalisme-sportif_a31.html

http://www.lereservoir.eu/MALLE%20DU%20PROF/BIBLIOTHEQUE/PSYCHOLOGIE/CATHARSIS.pdf

http://revuesshs.u-bourgogne.fr/societe_francaise/docannexe.php?id=1824

http://eduka.free.fr/eps/capeps/ecrit1/spectaclesportif.pdf


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