Venus chercher l'exil, ils se retrouvent comme exilés

no picture Etudiante en école de commerce et faculté de droit, passionnée et engagée
Razan Kanaan
Inscrit le 15 août 2017
  • 5 Articles
  • Age 22

L'exil, une notion si compliquée à aborder...

L'exil, une notion si compliquée à aborder...

Je n’ai, je pense, pas besoin de vous raconter l’histoire d’Ahmed, de Sara, de Mehdi, de Yasser ou encore de tous ces autres, car on en entend parler de plus en plus, et qu’ils se font eux mêmes toujours plus nombreux à les raconter de leur propre initiative… Je me propose de vous en dépeindre quelques éléments, pour mémoire, ou peut être juste vous rappeler qu’ils sont là, ces vies qu’il ne faut pas oublier, en essayant d’apporter un regard neuf, celui d’une binationale qui a pu être le témoin de situations au Moyen Orient et en Europe.

Ils viennent d’horizons différents, de pays différents, mais ont tous un point commun, ce sont des enfants de la guerre. Des enfants des conflits, des enfants de la fuite, des enfants réfugiés. Ils viennent d’ici et là: du Yémen, de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak ou du Soudan, ou pourquoi pas d’ailleurs, la guerre ne connaît pas les frontières.

Pourtant eux si...

Ces enfants nés dans un monde pourtant multilatéral, pourtant multinational, pourtant mondialisé, pourtant globalisé, pourtant relié grâce aux réseaux d’informations et aux réseaux sociaux. Ce monde si ouvert qu’il se ferme. On s’ouvre aux échanges, aux informations, aux voyages, aux collaborations, mais on se ferme à ceux qui auraient besoin de ces mêmes éléments. Les frontières sont autant de camps, de désert, de mers qu’ils ont dû parcourir, pour au final, souvent, se retrouver dans une situation critique.

Ils partent, souvent jeunes, souvent seuls (ou en tout cas lorsqu’ils partent en groupe se retrouvent souvent vite esseulés) et traversent mille et une péripéties. La mer, les bateaux, les cachettes dans les soutes pour certains; la route, les voitures, les planques dans les coffres pour d’autres; ou bien les papiers, les avions et les aéroports pour les plus chanceux. Quelque soit la situation, quelque soit leur chemin, ils arrivent, dans ces pays d’accueil, plutôt pays d’exil.

Je ne dis pas qu’ils sont mal accueillis ou que tous se retrouvent dans les pires situations, au contraire et fort heureusement, certains sont aidés et arrivent à se réinsérer très vite, on peut le constater. D’autres sont eux même débrouillards et arrivent à reformer une vie, pas tout à fait vie d’avant, ni tout à fait vie nouvelle, mais une vie malgré tout. Mais les autres? Ceux qui se retrouvent déscolarisés, ceux qui sont coupés de leur famille, ceux qui ne parlent pas un mot des langues des pays dans lesquels ils arrivent, ceux qui se retrouvent dans des camps surchargés… Ceux qui restent dans les camps car arrivés illégalement et sur qui la menace de retour pèse. Mais un retour vers où? Vers lequel des pays de ce si long chemin qui les a mené jusqu’ici? Vers les pays alentours du lieu qu’ils ont fui, qui tentent d’accueillir au mieux et avec peu de moyens ces flux presques ingérables? Vers ce pays qu’ils ont quitté et où tout est détruit? Ou vers ces terres de conflits?


Dites-moi quelle est leur situation, et quel avenir pour eux?


En fonction du pays, ils seront plus ou moins bien lotis. Mais vous trouvez ça normal? Normal que les pays alentours, ces pays du Moyen Orient, doivent supporter un très lourd poids en terme de nombres de réfugiés, sans pouvoir toujours leur offrir le nécessaire? Certes, ils reçoivent des fonds, mais tient-on compte des superficies, des situations économiques et géopolitiques des pays de la zone, qui nous le savons sont relativement complexes?

Normal qu’on n’arrive pas, dans les pays dits développés, dans ces terres d’accueil, à se mettre d’accord ensemble sur une solution durable? Je ne parlerai pas de politique migratoire, parce que plus qu’une politique, il faut une solution, il faut prendre en compte ces êtres, en tant qu’êtres et non pas uniquement comme des chiffres sur l’ampleur catastrophique des guerres ou en les réduisant à leurs faits.

Je sais bien que ces même pays subissent la crise, la crise économique avec une stagnation de la croissance, la crise financière avec ses conséquences sur la dette, la crise politique même avec les menaces des populismes, des extrêmes et des divisions. Mais c’est un fait, ils sont là et plutôt que de dialoguer dans le vide des heures sur des nombres à accueillir, tentons de voir quoi leur offrir, mais surtout quoi construire AVEC eux.

Vous savez, le multiculturalisme a toujours été un atout lorsqu’il est utilisé à bon escient, et les grandes entreprises mondiales ne vous diront pas le contraire, les économies d’échelle, les différents prix nationaux, les délocalisations qu’elles réalisent vous le prouveront par eux même. Pourquoi ne pas l’appliquer dans ce cas? Ou faut-il uniquement l’évoquer quand ça nous arrange?

Mais là c’est dommage, ça ne nous arrange pas, on a déjà bien assez de soucis pour se soucier des leurs d’abord. Mais à quoi bon régler nos problèmes de financiarisation et de numérisation du monde si nous ne pouvons pas essayer d’aider tout ce petit monde? Au nom de quel principe supérieur agit-on dans ces cas là si on sauve l’Etat mais pas l’état de ces jeunes gens?


Je ne veux plus entendre parler de quotas, de projets, de discussions, de réunions. Je veux du concret, moi qui me fait, je l’espère au plus proche, porte parole autoproclamée de leur cause. A vous, femmes et hommes de pouvoir, à vous femmes et hommes d’Etat, à vous citoyens d’ici et citoyens du monde, je vous demande de prêter, pendant au moins quelques minutes, attention pour contempler la misère de ces enfants, jeunes adultes ou même personne âgées venus chercher l’exil mais qui se retrouvent comme exilés. Je vous demande de vous mettre à leur place et de vous demander ce que vous auriez voulu qui se passe ou ce que votre situation aurait nécessité. Je vous demande de les considérer comme des femmes, des maris, des enfants et des parents. Je vous demande d’abandonner les clichés, les stéréotypes pour avancer. Avancer à construire un monde meilleur, ensemble.





comments powered by Disqus