Faux médicaments ou médicaments contrefaits : la situation est plus qu’inquiétante !
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82 millions de médicaments contrefaits, pour une valeur de 40 millions de dollars saisie en trois jours dans 16 villes portuaires de 16 pays africains. Telle est l’effrayante information, et le mot n’est absolument pas de trop, qui a été diffusée ces derniers jours par divers médias. Selon RFI, l’Angola, le Cameroun, le Ghana et le Togo forment le quatuor record de saisies provenant majoritairement d'Asie de l'Est et du Sud, ainsi que du Moyen-Orient.
Mais qu’entend-t-on par "faux médicaments" ou "médicaments contrefaits" ? Qui est concerné et quelle est l’ampleur du phénomène ? L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) nous aide à comprendre la situation.
Par faux médicaments ou médicaments contrefaits il faut voir des médicaments délibérément et frauduleusement étiquetés pour tromper sur leur identité et/ou sur leur origine, qui sont soit des mélanges aléatoires de produits toxiques, soit des préparations inactives et inefficaces. « Les contrefaçons et falsifications de médicaments représentent un risque pour la santé publique en raison de leur contenu, qui peut être dangereux, ou de l’absence de principes actifs. Leur utilisation peut aboutir à des échecs thérapeutiques et contribuer à une augmentation des résistances (comme dans le cas des antipaludiques qui ne contiennent pas suffisamment de principes actifs), voire à la mort », précise l’organisation.
Il faut dire que s’il est vrai que ce phénomène est mondial, l’OMS note cependant que « le problème de la contrefaçon est plus aigu dans les régions où les systèmes de réglementation pharmaceutique et de contrôle de son application sont les plus faibles. » Tel est le cas dans de nombreux pays africains, dans certaines régions d’Asie, d’Amérique latine et dans les pays en économie de transition où la situation est plus préoccupante. Au-delà de la situation introductive présentée en début de cet article, les ventes de "médicaments" à ciel ouvert, dans des bassines ou autres paniers, tant sous le soleil qu’en bordure de routes poussiéreuses, de jour comme de nuit, par des "pharmaciens" bien souvent a peine demi-alphabétisés dans nos villes africaines, aux yeux et à la barbe des autorités, est là pour certifier cette réalité.
Si des données précises manquent, l’OMS cependant notait en 2006 qu’on peut estimer que ces contrefaçons représenteraient 10% du commerce mondial des médicaments. Raison pour laquelle l’organisation parle d’une épidémie silencieuse.
Face à cette situation, des initiatives ont été lancées ces dernières années. Ainsi, dans le but de protéger la santé publique dans une dynamique de lutte contre la contrefaçon des produits médicaux et les infractions similaires, le Conseil de l’Europe a adopté en décembre 2010 la Convention Médicrime. Selon le site de la Fondation Chirac, « *la convention MÉDICRIME est le premier instrument international dans le domaine du droit pénal faisant obligation aux Etats parties d’ériger en infraction pénale :
• la fabrication de produits médicaux contrefaits ; • la fourniture, l’offre de fourniture et le trafic de produits médicaux contrefaits ; • la falsification de documents ; • la fabrication ou la fourniture non autorisée de produits médicaux et la mise sur le marché de dispositifs médicaux ne remplissant pas les exigences de conformité.*»
Ouverte à la signature des Etats membres du Conseil Européen, mais aussi aux autres Etats non membres, depuis novembre 2011, la Convention Médicrime a, à ce jour, été signée par 16 Etats et ratifiés par un seul, l’Ukraine. Espérons que cet outil connaisse non seulement un regain d’attention auprès les autres Etats, mais complète efficacement les différents programmes et autres outils initiés ici et là pour mieux juguler cette préoccupante question des médicaments contrefaits ou faux médicaments.
© UNICEF/NYHQ2011-0561/Olivier Asselin - Cote d'Ivoire, 2011
Rodrigue Koffi
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