Que faire pour la fin des massacres de civils en Syrie ?

Posted August 1, 2011 no picture Rodrigue Koffi

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Ce lundi 1er août 2011, le monde musulman a débuté le Ramadan, le neuvième mois du calendrier islamique tout au long du quel les fidèles, en bonne santé, sont appelés à observer un Jeûne (du lever au coucher du soleil) et sont soumis à un certain nombre de privations. Cette période de communion de toute la communauté musulmane dans le monde entier ne sera visiblement pas une opportunité d’espérer l’arrêt de la violente répression qu’oppose le régime syrien face aux manifestations de civils dans le pays depuis la mi-mars 2011.

Le dimanche 31 juillet 2011, veille du début de ce mois sacré, reste certainement l’une, sinon la journée la plus sanglante depuis le début des manifestations de civils demandant la fin du régime autoritaire du Parti Baas, l’instauration de la démocratie et le respect des Droits de l’homme dans le pays. Ce sont plus d’une centaine de tués, la chaîne de télévision française France24 parle de 140 morts dont 100 dans la seule ville "rebelle" de Hama.

Depuis quelques jours, les chars de l’armée on encerclés certaine villes, dont celle de Hama qui fait office de fief de la contestation, pour tenter de mâter la contestation et toujours à l’aide de tirs à balles réelles sur des populations civiles non armées.

A combien de tués sommes-nous après quatre mois de revendication et de massacre ? Personne ne saurait vraiment avancer des données nettes car le pays est verrouillé. Les quelques images que nous réussissons à voir sont des vidéos et photographies d’amateurs réalisées par les populations et postées sur les sites de réseaux sociaux. Mais certaines sources estiment à au moins 2000 personnes tuées depuis la mi-mars 2011, début des manifestations de protestations.

Depuis ce dimanche 31 juillet et surtout ce lundi 1er août, des réactions ont fusé de la plupart des gouvernements occidentaux pour exprimer leur émotion et condamner cet autre massacre des populations. Le Président américain, Barack OBAMA, affirme la détermination des Etats-Unis à continuer la collaboration avec ses partenaires afin de maintenir la pression sur les autorités syriennes. C’est dans cette même dynamique que s’inscrit la réaction de Londres, pour ce qui est de la Grande-Bretagne. Même la Turquie, traditionnel allié de la Syrie dans la région, exprime sa "profonde déception". L’Union Européenne estime quant à elle sa volonté de renforcer les sanctions contre ces autorités avant de demander, avec la France, l’Allemagne et l’Italie en tête, une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

En face de ceux-ci, tout un contraste : nous avons des "félicitations" aux militaires et autres "forces de sécurité" pour leur patriotisme et leur action de défense et de protection des syriens. Tel est la réaction de Bachar Al-Assad, Président, disons plutôt l’autoproclamé "Dieu" de la Syrie.

Mais que faut-il faire face à la situation des populations en Syrie ? Nous ne savons quoi vous répondre. Cette réunion d’urgence des Nations Unies qui est demandée par les européens, si elle se tenait, risque de ne rien donner. Depuis des semaines, du fait de la menace d’usage de leur véto, la Chine et la Russie empêchent le vote d’une résolution condamnant la violente répression et le massacre actuellement réalisé par les troupes du "Dieu Al-Assad". Les fameuses sanctions (interdiction de voyager, gel des avoirs en Europe et aux Etats-Unis) contre les plus hautes autorités syriennes, Al-Assad et son clan, ne produisent pas les effets sur le régime. Mieux, la répression continue. La preuve, au moins 2 autres morts sont annoncés ce 1er août à Hama.

Que reste-t-il ? Une intervention militaire dans le pays ? Ni à l’ordre du jour, ni envisagée, enfin officiellement. De toute façon la difficulté pour obtenir une simple résolution de condamnation permet de mettre de côté et même très loin une telle initiative.

Même ceux qui soutiennent silencieusement ou pas ouvertement l’idée d’une intervention militaire, autorisée ou pas par le Conseil de sécurité, ont suffisamment de raisons de rester discrets : laquelle des grandes puissances s’engagerait dans une telle aventure ? L’intervention de l’OTAN en Lybie, pour "protéger les civils et veiller au respect de la zone d’interdiction aérienne", votée par le Conseil de sécurité, semble s’enliser et coûtera très cher aux contribuables. L’exemple de la Grande-Bretagne où la note atteindrait les plus de 400 millions de Dollars en septembre prochain est là pour l’illustrer. En plus, avec l’intervention en Irak en 2003 et l’instabilité qui mine encore ce pays, la "guerre contre le terrorisme" en Afghanistan qui n’en finit pas et qui est de plus en plus meurtrière pour les troupes françaises ces derniers mois, les tensions avec l’Iran sur son programme nucléaire, la proximité du Hezbollah au Liban juste de l’autre côté de la frontière, …, une intervention en Syrie pourrait enflammer toute une région. Le monde arabe pourrait valablement se sentir viser par l’impérialisme occidental.

Pour boucler la boucle, avec les différents plans de rigueur auxquelles elles sont soumises et surtout la faible compréhension de l’engagement de leurs pays respectifs dans des guerres pas toujours claires et légitimes, les populations ne sont visiblement pas prêtes à soutenir une action dans ce sens. Les plus locaux non plus ne sont pas prêts à défier leurs mandataires.

Alors que faire de plus pour épargner des vies de pauvres civils massacrés par le "Dieu Al-Assad" et qui semble déterminer à continuer tout au long de ce mois sacré de Ramadan ? Pour ces enfants qui sont frappés de plein fouet par cette situation ? Pour ces femmes touchées dans leur dignité suite aux différentes agressions sexuelles dont elles sont victimes et qui vivent au quotidien le deuil de leurs enfants et maris ? Pour ces hommes qui sont obligés de prendre de risque de se faire descendre comme des gibiers en tentant de passer de l’autre côté de la frontière (Liban, mais surtout Turquie) avec leurs familles ?

Comme j’aimerais comme vous avoir une réponse mais…, enfin, je ne sais plus si l’espoir n’est pas devenue une sorte de rideau pour cacher cette réalité. Je ne sais plus trop.

© UNICEF/NYHQ2008-0533/Kate Brooks – République Arabe de Syrie, 2008 /// des jeunes garçons arrêtés dans un couloir de l’école Qalqiliya pour garçons, dans un quartier au sud-est de damas, la Capitale.




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